Omar Dibo dresse un constat sans fard de la situation française : pas de crise, pas de récession, mais plus aucune dynamique. Inflation basse par faiblesse de la demande, emploi qui cesse de s’améliorer, investissement frileux et finances publiques sans trajectoire crédible composent une zone grise dangereuse. Le risque n’est pas un choc brutal, mais une érosion progressive de la crédibilité, avec des spreads plus larges et une défiance rampante. À force de gérer sans transformer, chaque année de statu quo rend l’ajustement futur plus coûteux.
C’est le moment de faire le bilan macro de la France et, en 2025, on peut le résumer simplement : ça tient, mais ça n’avance plus.
On n’est ni en récession ni en crise ouverte, mais on est sorti de toute dynamique positive. La croissance est trop faible pour régler quoi que ce soit : trop faible pour faire baisser durablement le chômage, stabiliser la dette ou financer une montée en gamme de l’économie. On gère, on ne transforme pas.
Le point trompeur, c’est l’inflation. Elle est basse, parfois présentée comme une bonne nouvelle, mais ce n’est pas une inflation saine issue de gains de productivité. C’est surtout le symptôme d’une demande molle, d’une consommation prudente et d’un investissement privé hésitant. Les prix ne montent pas parce que l’économie ne pousse pas.
Le marché du travail tient encore, mais là aussi l’essoufflement est visible. Les créations d’emplois ralentissent, le chômage cesse de reculer et, sans croissance plus forte, il n’y a aucune raison structurelle d’amélioration. L’équilibre français classique : pas de choc social, mais pas de plein emploi.
Le vrai point de fragilité reste les finances publiques. Dette élevée, déficit massif, et surtout absence de trajectoire crédible. Tant que les taux étaient nuls, le problème restait invisible. Aujourd’hui, le coût de la dette remonte sans provoquer de crise immédiate, mais il grignote progressivement la crédibilité du pays.
À l’approche de 2027, le blocage est autant politique que économique. Personne ne veut assumer le coût des arbitrages. Tout le monde promet plus, presque personne ne parle de priorisation, de renoncements ou de ce qu’il faudrait arrêter de financer pour investir ailleurs.
Le débat public se déconnecte des contraintes macro réelles. Le risque n’est pas un krach brutal, mais une érosion lente : spreads qui s’écartent, investisseurs plus méfiants, agences de notation plus exigeantes, marges de manœuvre qui se réduisent sans être assumées.
Le scénario le plus risqué n’est pas avant l’élection, mais après. Si les promesses se heurtent à la réalité budgétaire, un moment “italien” devient possible : revirement forcé, perte de confiance, choc de crédibilité.
La France est dans une zone grise : assez solide pour éviter la crise, trop rigide pour rebondir. On protège l’existant, on sécurise à court terme, mais on investit trop peu dans des paris productifs et offensifs. Le temps joue contre nous : chaque année de statu quo rend l’ajustement plus douloureux.
Bref, 2025 est un mauvais millésime.