Géopolitique apaisée, marchés portés… mais encore vigilants

Photo des marchés actions
©Fibee

En juin, les marchés ont navigué entre accalmies géopolitiques et espoirs commerciaux. Le cessez-le-feu entre l’Iran et Israël a soulagé les places financières, tandis que les négociations commerciales entre les États-Unis, la Chine, l’Inde et l’UE laissent espérer un dégel progressif. Pourtant, la défiance envers le dollar persiste, alimentée par l’incertitude autour de l’article 899 et la pression sur la Fed. Les Bourses américaines ont brillé – surtout leurs géants technologiques – mais les valorisations tendues appellent à la prudence. En Europe, le potentiel semble plus équilibré, avec des PME en regain de forme. Cholet Dupont Oudart ajuste prudemment sa stratégie : actions surpondérées à moyen terme, taux sous surveillance. Le mot d’ordre ? Attendre les replis pour renforcer.

En juin, des avancées positives sont intervenues sur le plan commercial et géopolitique, améliorant le climat d’investissement malgré le maintien de certaines incertitudes. Sur la question douanière, les discussions entre les États-Unis et leurs partenaires progressent. Des accords sont en préparation, notamment avec la Chine et l’Inde, tandis que les négociations avec l’Union européenne et le Japon avancent mais lentement. Côté géopolitique, un cessez-le-feu a interrompu le conflit entre l’Iran et Israël. Cette désescalade a fait chuter les prix du pétrole, qui avaient brièvement grimpé au début des affrontements. Ce contexte a permis aux Bourses de reprendre leur tendance haussière et même, pour certaines, de marquer de nouveaux plus hauts historiques. Le mois de juin a confirmé une forme de résilience des bourses occidentales face à des incertitudes renouvelées. Mais les principaux événements économiques et géopolitiques ont contribué à maintenir une volatilité significative sur les marchés financiers sans pour autant renverser les tendances de fond. Les valorisations des actions sont revenues sur les niveaux d’avant le « liberation day », soit un niveau inconfortablement élevé aux Etats-Unis ce qui les rend sensibles à tout retournement conjoncturel alors que la consommation et l’investissement montrent des signes de ralentissement. En Europe, les valorisations sont plus raisonnables, alors que le point bas économique a probablement été atteint et que la zone bénéficie d’un stimulus budgétaire important. Les anticipations de détente monétaire au second semestre se sont renforcées aux États-Unis si la désinflation se confirmait. Aux cours actuels, les actions nous semblent peu attractives à court terme mais elles ont retrouvé globalement des tendances plus favorables qu’il faut exploiter lors des moments de doutes. Il nous semble toujours judicieux d’attendre de nouveaux replis (entre 3 et 5 %) pour continuer à augmenter le poids des actions dans les portefeuilles. Par ailleurs, nous avons relevé nos prévisions sur les indices américains et japonais pour intégrer leurs tendances plus positives. Mais, compte tenu de leurs niveaux actuels, le potentiel de hausse de ces indices est faible d’ici fin décembre et d’environ 5 % pour les indices européens. A 12 mois, il est d’environ 5 % supplémentaires. Nous conservons encore une opinion Neutre sur les actions à court terme mais nous la relevons à Surpondérer à moyen terme, y compris sur les actions américaines et européennes. Sur les produits de taux, nous restons Neutres à court et moyen terme. En Europe, nous adoptons une opinion Surpondérer à court terme sur les emprunts d’Etat et le Crédit à haut rendement. Nous passons à Sous-pondérer à court terme sur les emprunts d’Etat américains et les obligations émergentes et maintenons le crédit européen à Surpondérer à moyen terme.

Les performances des indices boursiers mondiaux, exprimées en euros, ont été disparates en juin. Les marchés émergents ont réalisé la meilleure performance sur le mois (+2.2 %). Les marchés américains ont poursuivi leur rebond amorcé à la mi-avril (+1.6 % en euros), surperformant les marchés européens (-1.4 % en moyenne). En dollar, les indices américains ont même franchi leurs sommets de début d’année, en progressant de 5 % au cours du mois de juin. Les marchés obligataires ont été légèrement négatifs sur le mois, sauf pour les emprunts d’Etat américains exprimés en dollar qui résistent mieux.

La faiblesse de la devise américaine reflète toujours une certaine défiance des investisseurs mondiaux malgré la forte progression des indices boursiers américains en juin et une détente des craintes concernant les tensions commerciales.
Plusieurs facteurs ont pesé sur la devise américaine, notamment la pression politique continue exercée sur la Réserve fédérale. Les marchés ont intégré la possibilité d’un recul des taux directeurs de la Fed avant la fin de l’année, alors que la BCE a signalé une pause à venir dans son cycle d’assouplissement, réduisant le différentiel de taux favorable au dollar. La perte de confiance envers les États-Unis a été quelque peu renforcée par les craintes liées à l’article 899, projet de loi qui pourrait fortement pénaliser les investissements des non-résidents. La section 899 du projet de budget « One Big Beautiful Bill », défendu par Donald Trump, prévoit en effet une taxation accrue des dividendes versés à des investisseurs domiciliés dans des pays considérés comme hostiles ou injustes à l’égard des États-Unis. Néanmoins, l’article 899 pourrait être abandonné en échange de l’exemption des entreprises américaines de l’impôt minimal mondial par les pays du G7, ce qui dissiperait certaines incertitudes. Cet article a également été amendé et la date d’entrée en vigueur de cette potentielle version amendée a été repoussée en 2027 au lieu de 2026. Une autre explication possible serait une perte de confiance des investisseurs étrangers, qui réduisent leur exposition au marché américain. En revanche, les investisseurs américains semblent plus confiants et continuent d’acheter les actions de leur propre marché, ce qui crée un déséquilibre dans la demande de dollar.
Le mois de juin a été marqué par plusieurs évolutions positives, tant sur le plan commercial que géopolitique, qui ont contribué à améliorer le climat d’investissement sans pour autant lever tous les facteurs d’incertitude.

Sur le front des relations commerciales internationales, les accords obtenus entre les États-Unis et leurs principaux partenaires vont clairement dans le bon sens. La trêve commerciale pourrait être reportée pour les partenaires négociant « de bonne foi ». Le décalage de la date limite initialement fixée au 9 juillet pour l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane n’a pas été confirmé mais cette perspective traduit une volonté d’apaisement et laisserait un temps précieux à la poursuite des négociations. Cependant, cela rallongerait l’incertitude sur le taux global effectif final, ce qui pourrait continuer de peser sur la confiance des entreprises et des consommateurs. Quoi qu’il arrive, les récents signaux de la part de l’administration américaine ont été bien accueillis par les marchés qui y ont vu la possibilité d’un compromis progressif, atténuant les craintes de guerre commerciale systémique. De plus, le Secrétaire d’État, M. Lutnick, a dévoilé la signature prochaine d’une dizaine d’accords, avec des progrès du côté de la Chine, matérialisés par un texte reconnaissant les compromis en cours. Concernant la zone euro, les négociations se poursuivent mais le flou reste entier.

Par ailleurs, les tensions géopolitiques entre l’Iran et Israël, qui avaient déclenché une vive inquiétude à la mi-juin, se sont rapidement apaisées sans créer de perturbations majeures. Le conflit engagé le 13 juin par des frappes israéliennes ciblant des installations nucléaires et militaires iraniennes, ont donné lieu à des ripostes par missiles balistiques et drones. Les ripostes iraniennes sont restées peu efficaces et ont montré les limites du régime et de son appareil militaire. Le scénario du pire pour l’économie mondiale, celui d’un blocage du détroit d’Ormuz, a rapidement été considéré comme peu crédible par les marchés. Après douze jours d’échanges militaires intenses, un cessez-le-feu fragile a été rendu officiel autour du 23–24 juin après un bombardement américain sur les sites nucléaires sensibles de l’Iran. Le pays a confirmé qu’il respecterait la trêve à condition que les frappes israéliennes cessent, et Israël a accepté une pause immédiate sous pression diplomatique américaine.
Cette désescalade a eu un effet immédiat sur les marchés pétroliers. Après un pic de plus de 12 % pour le Brent à la suite des frappes début juin, les prix ont ensuite reculé sous la barre des 70 $ par baril en quelques jours, les investisseurs ayant constaté que le risque de perturbation du détroit d’Ormuz était faible et que la perturbation des flux énergétiques restait limitée. Cette accalmie a ainsi contenu l’impact du choc géopolitique sur les actifs risqués, permettant aux Bourses, notamment européennes, d’absorber l’événement sereinement.
A l’inverse, concernant l’Ukraine, les négociations semblent actuellement dans l’impasse, et Vladimir Poutine ne paraît pas disposé à mettre fin aux combats. Le soutien européen à l’Ukraine reste acquis alors que celui des Etats-Unis est plus fragile.

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