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Gestion d’actifs : l’ascension des fonds à impact

Apparu outre-Atlantique en 2007, le concept de finance à impact connait depuis deux ans un développement extrêmement soutenu en France. Alors que près de la moitié des sociétés de gestion françaises déclarent disposer d’ores et déjà d’au moins un fonds de ce type dans leur gamme, la tendance est appelée à s’accélérer.

Malakoff Humanis en tandem avec Sienna Investment Managers, Mirova, Palatine Asset Management, Argos Wityu, Esfin Gestion, Arkéa Capital, MGEN… Ces dernières semaines, les annonces relatives au lancement de nouveaux fonds d’investissement à impact se sont multipliées en France. Une tendance qui s’inscrit dans la lignée des deux années écoulées. Selon l’enquête annuelle sur la gestion Investissement Responsable publiée cet été par l’Association française de la gestion financière (AFG), l’encours global de ce type de véhicules a en effet bondi à 60 milliards d’euros fin 2021, contre 24,3 milliards d’euros un an plus tôt. Illustrant également l’ampleur du phénomène, 46 % des sociétés de gestion déclaraient l’an dernier en gérer au moins.

3 % seulement des encours d’investissement responsable

De l’ordre de 3 % des encours, le poids cumulé des fonds à impact demeure certes epsilonesque dans l’univers de l’investissement responsable, lequel est par ailleurs devenu majoritaire au sein de la gestion d’actifs hexagonale (2 108,1 milliards d’euros en 2021, soit 54 % des encours). Pour autant, d’aucuns parmi les professionnels de cette industrie s’attendent à ce que son développement soit exponentiel. De fait, l’intérêt pour l’investissement à impact ne cesse de croître parmi les investisseurs finaux, tant institutionnels que particuliers, qui voient notamment dans celui-ci un meilleur rempart contre le risque de green– ou de social-washing. Car à la différence des fonds ISR, qui vont chercher à se positionner sur des entreprises aux pratiques ESG vertueuses, la finance à impact a vocation à aller plus loin. Sa promesse : accélérer la transformation des sociétés, avec en ligne de mire l’atteinte d’objectifs environnementaux et sociaux précis en matière par exemple de lutte contre le réchauffement climatique, de préservation de la biodiversité ou encore de mise en œuvre d’actions participant au bien-être de la population. 

La difficile mesure de l’impact

Pour démontrer l’impact de leurs placements dans ces domaines, ces fonds doivent s’appuyer sur trois piliers : l’intentionnalité, qui exprime la volonté du gérant de générer un bénéfice social et/ou environnemental ; l’additionnalité, qui vise à démontrer que ce bénéfice n’aurait pas été aussi important sans le financement apporté ; et enfin la mesure, qui consiste à évaluer les bienfaits environnementaux et/ou sociaux de l’investissement. Mais c’est là que, le plus souvent, le bât blesse. Depuis mars 2021, le règlement européen sur la publication d’informations en matière de durabilité (« règlement SFDR ») impose en effet des obligations de transparence aux gérants des fonds estampillés durables. Dans ce cadre, ces derniers sont dorénavant classés dans deux catégories : les véhicules « article 8 », qui promeuvent des caractéristiques environnementales et/ou sociales, et les véhicules « article 9 », plus ambitieux, qui visent l’investissement durable. Si les fonds à impact ne sont pas forcément classés « article 9 » au sens du règlement SFDR, ils le sont en revanche généralement presque tous dans les faits. 

Or, dans sa dernière analyse Market Data portant sur les fonds « article 9 » commercialisés en Europe, Novethic constate que leurs méthodes de reporting ne semblent pas encore au niveau des attentes portées par la réglementation européenne. Selon la filiale de la Caisse des dépôts, les objectifs d’investissement durable et la manière de les atteindre manquent d’abord encore de clarté. Plus surprenant, 43 % seulement des fonds du périmètre étudié communiquent des indicateurs d’impact, une caractéristique pourtant fondamentale. Enfin, alors que 279 fonds mentionnent la taxonomie verte européenne dans leurs documentations pré-contractuelles, ils ne sont que 132 à déclarer suivre un ou plusieurs des six objectifs de ce texte !

Conscientes de ces écueils, plusieurs sociétés de gestion travaillent au renforcement de leur cadre méthodologique. Surtout, toutes attendent avec impatience l’application de la directive communautaire sur la publication d’informations en matière de durabilité (CSRD). A compter de 2024, les entreprises employant plus de 250 employés et dégageant au moins 40 millions d’euros de chiffre d’affaires devront rendre publiques les informations sur la façon dont elles exercent leurs activités et gèrent les risques sociaux et environnementaux. Un exercice de transparence qui, aux yeux des gérants, facilitera la mesure de l’impact de leurs investissements.

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