Give me a one-handed Economist

“Give me a one-handed Economist. All my economists say ‘on the one hand…’, then ‘but on the other…”

Cette citation, nous la devons à Mr Harry Truman, 33ème président des Etats-Unis, notamment en poste lors des bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki en 1945. Deux autres faits marquants (parmi tant) : il supervisera le pont aérien au-dessus de Berlin en pleine guerre froide et contribuera à la mise en place de l’OTAN. Un sacré personnage. 

Pour en revenir à la partie qui nous intéresse ici, cette citation est intéressante car elle met en avant le caractère divaguant, peu convaincant et même parfois “artistique” propre au métier d’économiste : il vaut mieux garder un avis assez neutre pour quiconque souhaite y réaliser une carrière digne de ce nom. 

Tout le monde en parle suffisamment pour que je rajoute ma petite pierre à l’édifice : ce qui anime les bourses mondiales en ce moment est le très chaud sujet de l’inflation. Chacun y va de son analyse : a-t-on passé le pic? Le pic est-il triangulaire? Bref, autant de questionnements passionnants. 

Néanmoins, parmi tous ces débats, le plus palpitant est certainement celui entre deux des plus grands pontes en matière d’économie. J’ai nommé Paul Krugman (Nobel en 2008) et Lawrence Summers(secrétaire au trésor sous Clinton).

Le premier est (était ?) partisan du fait que le sommet de l’inflation est loin derrière nous. Le second estime plutôt que nous sommes loin d’avoir vaincu la bête et que la Fed va devoir continuer à jouer les trouble-fête. 

Et c’est ici (à cette ligne même), que tout le charabia ci-dessus prend sens : beaucoup de statistiques sont sorties ces dernières semaines. Faisons les comptes : 

10/11 : inflation US à +7.7% vs +8% attendus, 1-0 Krugman

15/11 : prix à la production US à +8% vs +8.3% attendus, 2-0 Krugman

2/12 : croissance des salaires US à +5.1% vs +4.6% attendus, 2-2 Summers

Ne vous y trompez pas, je sais compter : la dernière statistique remet nos deux protagonistes à égalité car si l’inflation semble montrer des signes de faiblesse (ce qui est cohérent aussi bien du côté de la consommation que de celui de la production), la robustesse de la croissance des salaires est LE point clé à surveiller. 

En effet, dans la théorie économique l’inflation devient incontrôlable lorsqu’elle s’ancre dans la tête des agents qui se mettent à demander des hausses de salaire dans l’anticipation de prix qui augmenteraient, générant un phénomène auto-entretenu (la fameuse boucle salaires-prix). 

Et si on regarde cette métrique précisément, elle accélère beaucoup plus rapidement qu’anticipé, ce qui pourrait inciter la Fed à une rigueur maintenue pour plus longtemps que prévu. Ce qui a poussé Paul Krugman à reconnaître vendredi dernier que nous n’étions finalement pas tant sortis de l’auberge que ce qu’il espérait : 

Quoiqu’il en soit, vu les CVs cités plus haut, nous ne faisons surtout pas de plans sur la comète chez Monocle et vous conseillons de maintenir votre vigilance sur “alerte élevée”. 

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