Dans cette analyse, Emmanuel Auboyneau (Amplegest) adopte une lecture assez lucide — et presque pragmatique — de la situation actuelle : oui, le choc est réel… mais tout dépendra de sa durée.
La crise énergétiquegénérée par le conflit en Iran a conduit les cours du Brent au-dessus de 115 dollars. On peut donc parler de choc pétrolier même si nous restons loin pour le moment du choc déclenché par la guerre en Ukraine. Les prix du gaz ont flambé également, mais là aussi dans une moindre mesure. L’effet inflationniste est déjà démontré par la publication des dernières statistiques et il incite les Banques Centrales à tenir un discours de grande vigilance. Même en cas de conflit court l’inflation mondiale sera sur une trajectoire haussière lors des prochains mois, avant probablement de retomber.
L’autre victime de la guerre en Iran est l’activité mondiale. On constate déjà un effritement de la croissance du fait d’une consommation plus faible et d’un moral des agents économiques en repli. Là aussi, un conflit de courte durée n’impacterait que provisoirement la croissance mondiale. C’est pourquoi la durée de cette crise est si essentielle.
Un scénario de stagflation est bien évidemment redouté. Il mettrait les Banques Centrales en face d’un dilemme insoluble : comment lutter contre l’inflation sans peser sur une activité déjà en berne ?
Face à toutes ces incertitudes nous restons convaincus que le conflit restera contraint dans le temps. Donald Trump sait qu’une récession aux Etats-Unis et une inflation en hausse sont le meilleur moyen pour perdre les élections mid terms de novembre. Il est également très soucieux de l’évolution des marchés financiers et fait son possible pour limiter les baisses quitte parfois à faire des déclarations optimistes qui surprennent de moins en moins.
Nous pouvons toutefois être rassurés par le fait que l’économie mondiale est beaucoup plus solide qu’au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine. L’inflation était pratiquement circonscrite même si elle restait légèrement au-dessus des objectifs aux Etats-Unis. La croissance faisait preuve de résilience et était même en passe de rebondir sur le continent européen. Une guerre courte ne menacerait donc pas les grands équilibres même si certains effets sont inévitables.
Nous vivons dans un monde où les risques sont nombreux et se matérialisent de plus en plus souvent (Ukraine, droits de douane, Iran). La personnalité de Donald Trump est en soi un facteur de risque identifié. Il force les autres pays, notamment les pays européens, à se réinventer et à se ressouder. Cela se fait trop lentement mais la tendance est indéniable.
Dans ce type de configuration les baisses de marchés sont souvent de belles opportunités d’achat. Une annonce de fin de guerre entrainerait un rebond rapide. Le pire est donc de vendre après la baisse et de ne pas profiter des hausses quand elles arrivent. D’où la nécessité de faire le dos rond, ce qui ne nous exonère pas d’une grande vigilance.
Nous n’avons pas modifié sensiblement nos portefeuilles en respectant plus que jamais les équilibres géographiques et sectoriels. La légère remontée du dollar contre l’euro compense en partie la baisse des valeurs américaines. Nous avons profité de la hausse des rendements obligataires pour nous repositionner sur des fonds à échéance plus longue.
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