IA et croissance américaine : mirage statistique ou véritable moteur ?

François-Xavier Chauchat (Dorval AM) souligne ici que le boom de l’intelligence artificielle aux États-Unis contribue déjà à la croissance, mais de façon bien moindre qu’on ne l’imagine. Selon Goldman Sachs, l’IA n’aurait ajouté que 0,7 % au PIB depuis 2022, un chiffre ramené à 0,1 % seulement dans les statistiques officielles. Un décalage qui rappelle l’époque de Robert Solow et des ordinateurs invisibles dans la productivité. Si l’investissement massif n’alourdit pas encore la dette des entreprises américaines, il pourrait bien être un moteur sous-estimé de l’économie mondiale.
Un gérant travaillant sur les marchés actions
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François-Xavier Chauchat (Dorval AM) souligne ici que le boom de l’intelligence artificielle aux États-Unis contribue déjà à la croissance, mais de façon bien moindre qu’on ne l’imagine. Selon Goldman Sachs, l’IA n’aurait ajouté que 0,7 % au PIB depuis 2022, un chiffre ramené à 0,1 % seulement dans les statistiques officielles. Un décalage qui rappelle l’époque de Robert Solow et des ordinateurs invisibles dans la productivité. Si l’investissement massif n’alourdit pas encore la dette des entreprises américaines, il pourrait bien être un moteur sous-estimé de l’économie mondiale.

Le boom des dépenses en intelligence artificielle aux États-Unis prend une ampleur considérable. Mais contribue-t-il déjà de manière significative au PIB américain ? Et existe-t-il un risque de surinvestissement susceptible de fragiliser « Corporate America » ?

Les revenus des entreprises américaines fournissant l’infrastructure de l’IA ont augmenté d’environ 400 milliards de dollars depuis 2022. Ce chiffre représentant presque 10% de la hausse du PIB américain sur la période, on pourrait donc penser que l’impact de l’IA sur la croissance américaine est déjà considérable.

Ce n’est cependant pas la bonne manière de présenter les choses. Comme le soulignent les experts de Goldman Sachs dans une récente étude, il faut corriger ce chiffre des revenus des entités qui vendent et produisent hors des Etats-Unis (150 Mrds), et tenir compte de l’inflation et des importations d’entrants. Il reste alors 160 Mrds d’impact sur le PIB en volume, soit une contribution de 0,7% à la croissance américaine depuis 2022 (+0,3% par an).

Cependant, seule une partie de cet impact apparaît dans les statistiques officielles. En effet, le Bureau of Economic Analysis (BEA) considère encore les semi-conducteurs (y compris les puces Nvidia) comme de simples entrants intermédiaires, et non comme des investissements. De même, de nouveaux postes d’investissement – comme le cloud computing dédié à l’entraînement des modèles d’IA – ne sont pas comptabilisés comme tels. Résultat : le PIB américain officiel n’aurait été stimulé que de 45 Mrds $, soit +0,1 % par an depuis 2022 (graphique 1).

Cette situation rappelle la célèbre remarque de l’économiste Robert Solow dans les années 1980 : « On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité. » Si les chiffres de Goldman Sachs sont exacts, un décalage similaire entre l’effet économique réel de l’IA et sa mesure statistique pourrait être en train de se produire.

Une chose semble certaine : les investissements en IA vont continuer de croître dans les prochains trimestres, portés par des annonces spectaculaires des grands acteurs du secteur. La comparaison avec le boom d’Internet et de la téléphonie mobile de la fin des années 1990 est tentante. À l’époque, la frénésie d’investissement avait provoqué une forte hausse du déficit de financement de Corporate America : les entreprises avaient dû lever massivement des fonds via emprunts et émissions obligataires.

Aujourd’hui, la situation est différente. Les dépenses d’IA sont principalement financées par les cash-flows colossaux des hyperscalers (Microsoft, Google, Amazon…), dont les profits sont plus que confortables. Les données publiées au deuxième trimestre montrent qu’en agrégé, les entreprises américaines continuent d’investir moins qu’elles n’épargnent, et que leur taux de profit reste élevé (graphique 2). En d’autres termes, si le risque de surinvestissement existe peut-être à moyen terme, il ne semble pas encore un danger immédiat.

Dans nos fonds globaux, l’IA reste en bonne place dans nos investissements, avec un panier équipondéré (dit « new capex ») de 40 sociétés mondiales – dont 20 américaines – intégrées de près ou de loin à la chaine de valeur de l’intelligence artificielle.

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