Le mot inflation tapé avec une machine à écrire.

Il ne faut pas vendre la peau de l’inflation avant de l’avoir tuée…

C’est aussi parce qu’il était docteur qu’au travers de ses œuvres Tchekhov dansait aussi prodigieusement sur le fil. Avec la délicatesse acérée d’un chirurgien de l’âme, le plus drôle des tragédiens russes peut ainsi basculer d’une réplique à l’autre de l’optimisme candide du malade qui tousse un peu moins que la veille au fatalisme des frustrations de la rechute : “Il fait bon aujourd’hui, pas trop chaud” remarque Eléna Andréevna ; “Un temps magnifique pour se pendre” objecte Oncle Vania dans la pièce éponyme.

Avec le retour du mantra “bad news is good news” (les mauvaises nouvelles sont bonnes) qui anime depuis quelques jours les commentaires macroéconomiques, il y a de quoi, pour les investisseurs aussi, sombrer dans la même inconstance d’esprit que les personnages torturés du dramaturge guérisseur.

Car d’un côté, les publications des indicateurs des directeurs d’achats (PMI) en France, en Allemagne et aux Etats-Unis les exhortent à trembler comme des feuilles devant l’apocalyptique récession qui s’annonce en 2023… Mais de l’autre, les perspectives d’un ralentissement économique augurent d’un attiédissement de la surchauffe inflationniste des derniers trimestres. Ainsi, quand bien même le recrutement reste difficile, voir les créations de postes progresser à leur rythme le plus faible depuis février aux Etats-Unis apparaît comme une bataille gagnée par la FED quelque part sur le front qui l’oppose à l’inflation. Et tout ce qui est pris à l’ennemi par Jay Powell l’éloigne du sentier abrupt balisé par Volcker dans les années 1980…  Passage qui conduisit en 1981 au douloureux planté de drapeau des taux d’intérêt à 20%.

Ainsi, alors même que la récession n’a pas encore commencé, les marchés anticipent une première baisse des taux par la FED dès le premier trimestre 2023. Elle présuppose ainsi que la banque centrale aura d’ici là vaincu l’inflation. Alors, à peine entrevoient-ils la possibilité d’une fin de la répression financière que leur positionnement bascule : les positions sur matières premières (pétrole, métaux industriels) sont réduites ; face à l’imminence d’un repli économique, les valeurs cycliques et value rendent une partie de leur surperformance au profit des valeurs technologiques, à la faveur d’un repli marqué des taux (contre près de 2,50% le 16 juin, l’OAT traite désormais sous les 2% de taux de rendement actuariel, alors que Bercy s’apprête à refondre le calcul du taux d’usure…). Aux Etats-Unis, les breakevens d’inflation à 5 ans cédaient cette semaine jusqu’à 48 centimes depuis leur dernier pic de la mi-juin.

Sur la route des vacances d’été qui s’approchent, les consommateurs ne feront pas l’expérience de la récession désinflationniste douce dont se languissent à présent les marchés. Au contraire. Ceux qui prendront l’avion subiront la transmission des effets de congestion de l’industrie vers les services, notamment le transport aérien.  Faute de personnel, Lufthansa annule 2200 vols en juillet et août. Ryanair et British Airways font face aux revendications salariales de leurs employés qui se mettent en grève. Le patron d’Easyjet, aux premières loges des perturbations du hub londonien s’attend désormais à une saison estivale compliquée tandis que les aéroports de Paris, Amsterdam et Frankfurt accumulent les retards. Quant à ceux qui prendront la voiture, l’essence restera chère. Même en prenant l’hypothèse d’une Chine tournant au ralenti et d’une croissance économique de 0% dans le monde, le pétrole ne devrait pas coter moins de 90$ dans les trimestres à venir selon Goldman Sachs.

De quoi nourrir l’écart de perception de l’inflation entre les investisseurs et les consommateurs. A un an, l’inflation attendue par le panel de citoyens sondés par la FED de New York s’établit à 6,6% en mai, bien au-delà de la vue des marchés dont les mouvements, parfois euphoriques, doivent inciter à la prudence. Le sentiment que la FED semble reprendre le dessus sur la hausse des prix peut rassurer à court terme. Mais il ne faut pas vendre la peau de l’inflation avant de l’avoir tuée. Si Jay Powell a bel et bien tiré ses premières cartouches, la bête n’est pas encore au sol…

Texte achevé de rédiger le 24 juin 2022 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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