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Indécision face au risque de récession mondiale

Alors que les craintes de ralentissement de l’économie mondiale se font toujours plus pressantes, les marchés d’actifs risqués se sont redressés cette semaine.

Néanmoins, la volatilité sur les taux reste élevée et les mouvements de marché ont été significatifs, avec une remontée des rendements en deuxième partie de semaine. En Europe, le taux à 10 ans en Allemagne s’établit à 1,35 % mais reste très en deçà du maximum constaté de 1,93 % en juin (respectivement 1,88 % et 2,48 % en France). Le taux anglais à 10 ans progresse également, alors que le premier ministre Boris Johnson a été poussé vers la sortie par sa majorité.

Aux Etats-Unis, à l’inverse, la remontée des rendements nous ramène au-dessus des 3 % (10 ans à 3,08 %, en hausse de 20 points de base – pbs), la courbe marquant cependant une inversion sur la partie 2-10 ans (-2 pbs). Les différentiels de taux sur les courbes fragilisent la parité euro/dollar. La parité de change euro/franc suisse est passée en dessous de 1 (elle était de 1,59 en 1999).

Les marchés des matières premières reflètent sensiblement ces craintes de ralentissement, avec des baisses sur les métaux industriels, sur le pétrole et même sur certaines matières agricoles. En revanche, en Europe, les prix du gaz et de l’énergie reprennent une tendance haussière sur des considérations de rupture d’approvisionnement de gaz russe et de tensions sur la production électrique. La question énergétique en Europe continentale est majeure pour les perspectives économiques, notamment celles de l’Allemagne, et les risques de stagnation pour les prochains trimestres augmentent dramatiquement.

Côté actions, les pays développés ont eu de bonnes performances (MSCI World +1,7 %, CAC40 +1,7 %), alors que les pays émergents ont eu des performances plus mitigées (MSCI EM +0,7 %). On notera la bonne performance des valeurs dites growth au regard des valeurs dites value – monde +3,6 % vs. -0,1% ; Union économique et monétaire +3,0 % vs. +0,7 % – ainsi que le rebond significatif du Nasdaq (+4,6 %).

La semaine économique a été marquée par le rapport d’emploi de juin aux Etats-Unis qui a confirmé la solidité du marché du travail (+372 000 créations nettes d’emplois). Ce niveau d’emploi est remarquable puisqu’il nous ramène à celui de février 2020 (soit avant la pandémie de Covid), avec de surcroît un taux de participation toujours faible (autour de 62,2 % vs. 63,4 % pré-pandémie). Il s’accompagne toujours de hausses salariales et alimente le biais “hawkish” de la Fed, avec très certainement un mouvement à la hausse de 75 points de base de la politique monétaire le 27 juillet : le taux des Fed funds passerait alors de 1,5-1,75 % à 2,25-2,5 %.

En dépit de ces bons chiffres, le modèle d’estimation du PIB américain pour le 2ème trimestre publié par la Fed d’Atlanta, même s’il se redresse, reste en territoire négatif. Les craintes de récession technique sont donc bien présentes.

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