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Inflation : « big in Japan » ?

Le Japon fait face depuis des décennies à la succession de périodes de faible inflation et de déflation, qui ont notamment donné naissance à plusieurs innovations en matière de politique monétaire. La Banque centrale japonaise est par ailleurs une des seules à maintenir un ton accommodant, alors même que l’archipel subit désormais le phénomène mondial d’accélération des prix.

Gravitant autour de zéro depuis une vingtaine d’années, avec même plusieurs périodes bien en deçà, l’inflation japonaise commence à accélérer nettement. En données préliminaires, l’inflation « totale » (incluant énergie et alimentation) s’établit ainsi à +3,7 % sur un an en novembre, et l’inflation cœur à +2,5 % sur la même période. Cette progression est encore éloignée de celle des autres pays développés, mais pour le Japon, il s’agit d’une petite révolution.

Les ingrédients de cette hausse semblent néanmoins provenir (pour le moment) essentiellement des matières premières énergétiques et agricoles, dont les prix s’accroissent notamment en raison de l’appréciation du dollar. Autre fait marquant, les salaires augmentent, dans le sillage d’un marché de l’emploi tendu. Un indice mesurant la compensation totale pour un salarié a ainsi progressé de +2,1 % sur un an en septembre (du jamais vu depuis 2018).

Du côté de l’activité économique, la dynamique liée à la réouverture post-covid commence à s’essouffler. Le PIB réel du Japon s’est contracté de -0,3 % au troisième trimestre. Le principal détracteur provient de la balance commerciale, pénalisée par la dépréciation du yen. Les indicateurs avancés de l’activité sont également mal orientés. La confiance des entreprises (mesurée par les enquêtes PMI) vient d’entrer en territoire de contraction (PMI<50), ce qui laisse augurer une poursuite du ralentissement, combiné à celui de l’économie mondiale.

Pour relancer la machine, un plan de soutien a récemment été annoncé. Avec un budget équivalent à ~5 % du PIB, le gouvernement de Fumio Kishida ambitionne d’aider les entreprises, et soulager les ménages du poids de l’inflation. A court-terme, ces mesures devraient soutenir la croissance.

A moyen terme, d’autres défis et investissements attendent le pays, à l’instar du vieillissement de la population et de la productivité du travail. A la différence des autres pays développés, politique monétaire et budgétaire agissent aujourd’hui de concert. La Banque du Japon (BoJ) a ainsi récemment décidé de maintenir une rémunération de -0,10 % sur les dépôts des banques, de même que le contrôle strict du rendement du taux souverain à 10 ans. Comme mentionné plus haut, le Japon doit le retour de son inflation à la hausse des prix des matières premières. Il s’agit là d’une « aubaine » afin de retrouver un semblant de tendance vers la cible des 2 % à long terme, d’autant plus si celle-ci s’accompagne d’une dynamique salariale positive. D’une manière détournée, le concept économique de « passager clandestin » – qui traduit l’intérêt qu’un seul individu retire d’un comportement collectif – caractérise la position actuelle de la BoJ, peut-être malgré elle. Le resserrement monétaire mondial couplé à l’apaisement des prix de l’énergie et de l’alimentation finira par se répercuter sur les statistiques japonaises. A l’aide de programmes d’assouplissement quantitatif dès 2001 (différents de ceux que nous connaîtrons par la suite), du contrôle de la courbe des taux d’intérêt et même de l’achat d’actions domestiques portées à son bilan, la Banque centrale japonaise n’a cessé d’innover pour invoquer le retour de l’inflation. Si l’hypothèse d’un cycle structurellement plus inflationniste se met en place, il s’agira probablement d’une nouvelle phase dans l’histoire du Japon. Notons enfin que le mandat du gouverneur actuel de la BoJ prendra fin en avril, et qu’aucun infléchissement de la politique n’est à attendre d’ici là.

Du fait de son poids dans l’économie mondiale, sa place stratégique au sein de l’Asie-Pacifique, ainsi que de son décalage en termes de politique monétaire, le Japon est définitivement un pays à surveiller en 2023. Source : Ecofi, au 25 novembre 2022 – Les performances passées ne sont pas un indicateur fiable des perfor- mances futures.

Document non contractuel. Le présent document contient des éléments d’information, des opinions et des données chiffrées qu’Ecofi considère comme exacts ou fondés au jour de leur établissement en fonction du contexte économique, financier ou boursier du moment. Il est produit à titre d’information unique- ment et ne constitue pas une recommandation d’investissement personnalisée.

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