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Inflation, PME, relance : notre interview d’Olivia Grégoire, Ministre déléguée chargée des PME

Mme la ministre, l’inflation est actuellement au centre de toutes les préoccupations, qu’en est-il pour les PME-ETI ? De quelles façons sont-elles impactées ?

Les PME sont en première ligne face à l’inflation. Pourquoi ? Parce que les PME sont moins armées pour négocier les prix de leurs matières premières. Les PME ont par ailleurs moins accès aux mécanismes de couverture, et subissent donc directement les hausses des intrants, qu’elles doivent répercuter dans leurs prix. Le gouvernement très mobilisé. J’ai d’ailleurs réuni jeudi 8 décembre l’ensemble des enseignes de la grande distribution et deux fédérations qui représentent de nombreuses PME pour conclure un pacte de solidarité commerciale inédit par lequel les distributeurs s’engagent à ne pas négocier les hausses liées à l’augmentation des prix de l’énergie des PME qui jouent la carte de la transparence sur ces hausses. 

Vous êtes très régulièrement sur le terrain à la rencontre de chefs d’entreprise, se sentent-ils assez confiants et épaulés pour traverser cette nouvelle période de difficultés ?

Je dis souvent que le premier moteur de l’économie, ce n’est ni l’offre ou la demande, ni le capital ou le travail, mais la confiance. C’est donc le première richesse que nous essayons de cultiver, même s’il est vrai que c’est toujours difficile dans le contexte que nous connaissons, avec une tendance à se faire peur que ce soit sur l’inflation ou les pénuries d’énergie. Mon travail c’est donc de donner de la lisibilité aux entrepreneurs sur ce qu’on fait afin qu’ils aient de la visibilité sur ce qu’ils peuvent faire. C’est pourquoi par exemple je me suis efforcée de simplifier au maximum les aides énergie pour les PME : aujourd’hui, un guichet d’aides qui fonctionne sur la seule base de factures ; demain, un amortisseur qui viendra prendre une part des factures à la source, avec quasiment rien à faire. Mais, comme disait Sartre, « la confiance se gagne en gouttes et se perd en litres », il ne faut donc jamais la considérer comme un acquis.

Le label “Relance” a permis d’orienter l’épargne vers le financement à long terme des entreprises au sortir de la crise du COVID. Permet-il également de consolider leur trésorerie face à l’inflation ?

Le label Relance avait pour objectif de distinguer les fonds d’investissement qui investissaient auprès d’entreprises françaises, dont des TPE, PME et ETI qui sont par construction destinataires d’une partie de ces financements, afin de renforcer leurs capitaux propres ou de leur apporter un soutien en trésorerie sous forme d’obligations ou de prêts participatifs. Le label a été un succès : 232 fonds ont été labellisés, représentant plus de 22Mds€ d’encours. Ce succès démontre qu’il y a un réel intérêt des investisseurs et des particuliers pour investir leur épargne au service du financement de nos entreprises de proximité. L’idée d’investir dans des entreprises françaises ancrées dans nos territoires est importante pour les épargnants et les investisseurs. En tant que ministre de l’économie de proximité, je m’en réjouis. Je suis aussi attachée au fait que les critères de durabilité aient aussi été pris en compte comme condition pour que les fonds soient labellisés « Relance ». En plus d’aider à consolider la trésorerie des entreprises dans une période d’inflation, les capitaux investis par les fonds Relance ont donc aussi contribué à accompagner les entreprises dans leur transition environnementale, qui est aujourd’hui une nécessité.

Les Obligations Relance ont été lancées récemment, quel est l’objectif de ces nouveaux véhicules d’investissement ?

Comme les prêts participatifs Relance (PPR) qui les ont précédés, les obligations Relance (OR) visent à renforcer la situation financière des PME et ETI, pour soutenir leur capacité d’investissement. Lancées quelques mois après les PPR, en fin d’année 2021, les OR s’adressent aux PME et ETI françaises qui souhaitent investir et se développer malgré un bilan dégradé par la crise sanitaire, et qui ne souhaitent pas ou ne sont pas en position d’ouvrir leur capital à des investisseurs extérieurs. Elles prennent la forme d’obligations remboursables à échéance, d’une durée de 8 ans. Les obligations ont été construites pour qu’elles bénéficient en partie d’une garantie de l’Etat, qui couvrira les premières pertes à hauteur de 30% de l’encours initial. Elles connaissent  un réel succès : fin novembre 2022, environ 1,4 Md€ d’OR avaient déjà été décaissées ou étaient en cours d’instruction. Je me félicite de cette dynamique qui témoigne de la pertinence de ce produit pour répondre aux besoins de financement des PME et ETI françaises. 

Les sociétés de gestion sont au cœur de l’investissement dans les entreprises côtés et non-côtés, quel message souhaiteriez-vous leur adresser ?

Les sociétés de gestion jouent en effet un rôle fondamental dans le financement de nos entreprises. Il convient d’abord de rappeler que la gestion française est leader en Europe continentale, avec plus de 4 800 Md€ d’actifs sous gestion. Cette situation est un atout clé pour le financement de nos entreprises, qui doivent pouvoir mobiliser cette épargne pour croître sur le long terme. Dans le contexte économique particulièrement difficile que nous connaissons, nos entreprises ont plus que jamais besoin de la confiance des gérants. A cet égard, nous mettons tout en œuvre au niveau européen et national pour favoriser l’investissement dans l’économie réelle, y compris par des fonds ouverts au public : c’est l’objectif du règlement ELTIF sur les fonds d’investissement de long terme, qui a été une priorité de la présidence française de l’UE et qui est en cours de finalisation.

Dans ce contexte, mon message aux sociétés de gestion est simple : soyez des acteurs de la transformation des entreprises françaises ! Aidez-les à prendre le virage des transitions indispensables ! Sur le plan environnemental en particulier, la France est pleinement mobilisée pour clarifier les règles en matière de finance durable et donner ainsi les moyens aux gestionnaires d’orienter l’épargne en faveur de la transition écologique. Il revient aussi aux sociétés de gestion d’engager le dialogue avec les émetteurs pour les accompagner dans leur transition. C’est ensemble que nous y arriverons !

Photo © Gezelin Gree

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