Dans cette lecture des derniers indicateurs américains, Omar Dibo (Finneko) met en évidence une situation typique des moments charnières : tout va encore bien en surface… mais les signaux avancés commencent à clignoter.
Alors que la guerre en Iran continue de dégrader l’économie mondiale, les derniers chiffres ISM viennent de tomber aux États-Unis. Je les trouve extrêmement intéressants car derrière des apparences plutôt solides, ils envoient un message beaucoup moins rassurant pour les marchés.
Si on s’arrête au headline, difficile d’y voir un problème immédiat. Le secteur des services ressort à 54.0 et l’industriel à 52.7. Les deux restent au-dessus de 50, donc en zone d’expansion. En clair, l’économie américaine continue de tourner et le scénario de récession brutale semble encore loin car la demande tient, en particulier dans les services où les nouvelles commandes explosent à 60.6. Mais le vrai signal n’est pas dans le chiffre principal.
D’une part, l’inflation. Les composantes prix payés repartent très fortement à la hausse, à 70.7 dans les services et surtout 78.3 dans l’industrie. Ce sont des niveaux historiquement élevés qui traduisent une hausse marquée des coûts pour les entreprises. Avec les tensions géopolitiques autour de l’Iran, le marché commence à intégrer un choc énergétique et des perturbations de la chaîne logistique. On n’est pas face à une inflation tirée par la demande mais à une inflation de coût. C’est toujours la plus problématique parce qu’elle comprime les marges sans forcément s’accompagner d’une croissance forte.
D’autre part, l’emploi. Le sous-indice emploi chute à 45.2 dans les services et reste en contraction à 48.7 dans l’industrie. Cela signifie que les entreprises continuent de produire et de répondre à la demande mais qu’elles commencent à réduire leurs embauches, voire à couper. Même si les États-Unis voient un boom de leurs gains de productivité, on est typiquement face à un signal avancé de ralentissement. Les entreprises anticipent une dégradation à venir même si elle n’est pas encore visible dans l’activité.
Ainsi, on obtient une configuration très particulière : une économie qui tient encore, une demande qui reste solide, mais une inflation qui repart et un marché du travail qui se fragilise. On s’approche d’une forme de stagflation soft, un environnement de plus en plus inconfortable. Le marché est en train de pricer un choc externe avec la hausse des prix de l’énergie, des tensions logistiques et une incertitude accrue sur les chaînes d’approvisionnement. Tout cela alimente l’inflation sans soutenir la croissance, le pire cocktail à gérer pour la Fed.
Pour la Fed, la situation devient délicate. Jusqu’ici, on nous vendait un soft landing avec une inflation en baisse et des baisses de taux à venir. Avec des prix qui repartent à la hausse et une activité qui tient encore, il devient difficile de justifier un assouplissement rapide. La Fed risque de devoir rester restrictive plus longtemps que prévu. Ce changement de trajectoire est suffisant pour modifier profondément l’équilibre des marchés.
Historiquement, le terrain qui s’offre à nous est de loin le plus défavorable pour les marchés.
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