Japon : un changement structurel de vue sur l’inflation

En 2024, le Japon devrait connaître une amélioration notable de sa croissance économique, soutenue par une combinaison favorable d’inflation et une reprise dans le secteur manufacturier. Nous anticipons que la Banque du Japon mettra fin à sa politique de Contrôle de la Courbe des Rendements (YCC[3]) et sortira de la Politique des Taux d’Intérêt Négatifs (NIRP[4]) au premier trimestre de l’année. Après des années marquées par des anticipations déflationnistes, le Japon se trouve à un moment crucial, avec des variables nominales se comportant de manière plus normale.

Taux 1 an, 5 ans et 10 ans Japonais

Sources :  Bloomberg, Groupe Richelieu

La croissance économique s’est montrée résiliente malgré une faible demande extérieure et les anticipations d’inflation sont désormais ancrées à des niveaux positifs. La BoJ, répondant à la hausse des pressions inflationnistes internes et la baisse de sa devise, a commencé à assouplir son YCC. Néanmoins, elle reste prudente, attendant des preuves supplémentaires d’une inflation motivée par des facteurs internes plutôt que par la pression des coûts importés. La confiance dans les perspectives salariales est un indicateur clé pour la BoJ dans son évaluation de la durabilité de l’inflation. Alors que d’autres économies avancées ont resserré leur politique monétaire, la BoJ espère profiter des pressions sur les prix et relancer l’économie. Il y a des signes que cela fonctionne : les salaires réels japonais augmentent et le marché du travail est serré. Compte tenu de l’historique déflationniste du Japon, l’inflation est bienvenue et, jusqu’à présent, elle semble saine. Les négociations salariales de printemps de 2024 seront déterminantes pour l’avenir de la politique monétaire japonaise. Compte tenu de l’inflation élevée actuelle, des bénéfices solides des entreprises et de la pression publique croissante, nous anticipons le fait que les résultats de ces[5] négociations seront au moins aussi robustes que ceux de 2023. La BoJ devrait conclure au printemps 2024 par un objectif d’inflation stable avec 2 % en vue. Sur cette base, nous nous attendons à la fin de la NIRP et du YCC, probablement dès janvier 2024, ou au plus tard en avril. Ces mesures ne signifieront pas un resserrement de la politique car les taux d’intérêt réels resteront extrêmement bas. Nous ne prévoyons pas de cycle rapide de hausse des taux et nous ne nous attendons pas à ce que le Quantitative Tightening[1] (QT) commence avant 2025. Des hausses supplémentaires de 25 points de base sont attendues au 4ème trimestre 2024 et au 2ème trimestre 2025, portant le taux directeur du Japon à 0,5 % d’ici mi-2025. La politique budgétaire du Japon soutient cette inflation durable. Depuis 2020, les dépenses publiques ont augmenté considérablement, remplaçant les dépenses d’urgence de la pandémie par des subventions énergétiques et des transferts de revenus aux ménages à faible revenu et aux retraités. Avec les élections à venir et peu d’appétit parmi les décideurs politiques pour réduire les dépenses, cette tendance devrait se poursuivre, stimulant la croissance à court terme.

Le Japon reste le bon élève au sein des pays développés. Il constitue la seule grande économie dont la croissance va dépasser son potentiel en 2024. Les dépenses de consommation sont solides, tandis que les réformes de gouvernance adoptées par le monde des entreprises dans son ensemble contribuent à attirer des capitaux étrangers.

Ce scénario de croissance faible de décélération de l’inflation est globalement positif pour les actifs mais le chemin comporte de nombreux risques.  Pour les prochains mois, nous avons la conviction que le marché peut croire à un état « Goldilocks[2]». L’accès au crédit pourrait devenir de plus en plus restreint. Les défis persistants sur le marché de l’immobilier commercial et l’augmentation du coût de financement pour les banques sont susceptibles d’entraîner un accès restreint et un financement plus coûteux pour les consommateurs et les entreprises qui peuvent encore obtenir du crédit. 

Prêts bancaires accordés aux entreprises et aux banques

Les risques d’un dérapage sont nombreux qu’il soit politique, géopolitique, économique, inflationniste ou financier.

Risque politique : en 2024, nous avons des élections dans plus de 20 pays, dont les États-Unis, représentant plus de 60% du PIB mondial. Avec la montée du populisme et de la polarisation, nous prévoyons une volatilité liée au cycle politique. La géopolitique devient plus complexe, ce qui fait peser des risques à la hausse sur les prix du pétrole, l’Europe étant particulièrement exposée.

Un deuxième risque majeur pour l’économie américaine est le dysfonctionnement politique permanent. Si le Congrès a évité une fermeture du gouvernement et, plus important encore, un défaut de paiement en relevant le plafond de la dette jusqu’en janvier 2025, la stagnation économique persistante, combinée à une immigration élevée, motivée par les guerres dans les régions voisines, pourrait entraîner une hausse du soutien aux partis politiques extrémistes. Enfin, les élections américaines de 2024 pourraient constituer un tournant géopolitique, car l’aide supplémentaire à l’Ukraine est en jeu, tout comme la prévisibilité de la politique étrangère et l’État de droit. 

Risque Géopolitique : trois points chauds devraient rester au centre des préoccupations jusqu’en 2024 : la Russie-Ukraine, Israël-Hamas et la Chine-Taiwan. Le conflit entre la Russie et l’Ukraine a déjà montré qu’il peut perturber les marchés mondiaux, et il devrait se prolonger jusqu’en 2024, car la contre-offensive ukrainienne semble proche de son terme, en raison de l’hiver qui approche et des préoccupations concernant la fiabilité du financement et de l’artillerie des occidentaux. Le conflit entre Israël et le Hamas est déjà une tragédie humaine mais à ce jour, le conflit ne s’est pas généralisé au-delà. Une expansion incluant des États comme l’Iran pourrait dégénérer en un conflit régional aux implications économiques et militaires mondiales.  Les tensions géopolitiques les plus importantes sur le plan économique sont celles liées à la Chine.

Sondage sur le statut de Taiwan (université de Chengchi)

Source : Université de Chengchi

Les frictions entre la Chine et l’Occident sont multiformes, Taïwan étant un point focal à court terme. Les élections taïwanaises du début de 2024 seront une boussole dans la mer de Chine pour l’ensemble de l’année.

Risque économique : une surchauffe de l’économie américaine peut encore entraîner un resserrement des conditions financières mondiales, conduisant à un atterrissage brutal aux États-Unis. Les excès budgétaires dans les pays développés constituent un risque à la hausse pour les taux d’intérêt réels mondiaux. Les décideurs chinois pourraient ne pas réussir à stabiliser les attentes.

Le bilan le plus fragile est entre les mains du secteur public. L’augmentation massive de la dette publique et le déficit budgétaire résilient font pression sur les taux d’intérêt réels et évincent les investissements privés. Les dynamiques de la dette ne sont pas durables avec le niveau actuel des taux d’intérêt, à moins qu’une consolidation budgétaire significative ne soit mise en œuvre à l’avenir.

Risque inflationniste : à court terme, une désinflation programmée pour quelques mois, un nouveau choc, une politique monétaire accommodante prématurée, pourraient mettre en place les conditions d’une autre vague inflationniste. De manière générale, le travail le plus facile est en train d’être fait : ramener l’inflation de 8% à 9% vers 3% à 4%, car les effets de base sont en action. Le passage de 3 % à 4% vers 1,5% à 2% sera certainement plus délicat. C’est aussi la crainte d’entrer dans une spirale de stop-and-go des années 70 qui a été un échec avant l’arrivée de Paul Volcker. La conclusion de ces deux expériences nous apparaît évidente : les banques centrales doivent monter leur taux d’intérêt à un niveau assez restrictif et en même temps à un niveau qui ne les oblige pas à les baisser en cas de crise. L’épisode des banques régionales et la faillite des SVB et de quelques consœurs se sont révélés être un bon test. La Fed peut agir rapidement et fermement mais ne modifiera pas sa stratégie.

Bilan et taux de la Fed

Sources : Bloomberg, Groupe Richelieu

Il faudra donc attendre un certain temps avant d’être certains que l’inflation est maîtrisée, voire même attendre que les risques de déflation reviennent sur le devant de la scène.

Nous abordons le début d’année, avec plus de confiance sur le fait économique. Profitons donc d’un moment où les étoiles sont alignées et que le marché y croit mais restons attentifs et vigilants aux changements de paradigmes provoqués par des surprises qui, nous en sommes certains, se présenteront cette année 2024. 

Termes et définitions
1. Quantitative Tightening. Le “Quantitative Tightening” (QT), ou resserrement quantitatif, est le processus inverse du “Quantitative Easing” (QE). Il s’agit d’une…
2. Goldilocks. L'expression "Goldilocks" en économie est utilisée pour décrire une situation économique qui est considérée comme étant "ni trop chaude, ni trop froide", c'est-à-dire une période de croissance économique modérée et stable, avec un équilibre entre la croissance et l'inflation, sans excès ni contractions sévères.
3. Yield Curve Control ( YCC ) Le “Yield Curve Control” (YCC), ou contrôle de la courbe des rendements, est une politique monétaire où une…
4. NIRP. La NIRP, ou Negative Interest Rate Policy (Politique de Taux d’Intérêt Négatif), est une mesure monétaire non conventionnelle…
5. Consumer Expectations Survey ( ces ) Le Consumer Expectations Survey (Enquête sur les Attentes des Consommateurs) est une enquête périodique qui vise à mesurer les attentes et les perceptions des ménages concernant différents aspects économiques, tels que l'inflation, les dépenses de consommation, le revenu disponible, le crédit, l'épargne et l'emploi.
Commentaires 1
  1. Je suis ravi de constater les perspectives positives pour l’économie japonaise en 2024, avec une croissance résiliente et des signes d’inflation ancrée. Ces évolutions offrent une toile de fond optimiste pour les voyageurs. En anticipant la fin du Contrôle de la Courbe des Rendements et la sortie de la Politique des Taux d’Intérêt Négatifs, le Japon se présente comme une destination économiquement dynamique. Cette période charnière pourrait inspirer une exploration approfondie de la riche culture, des paysages variés et des expériences uniques du pays. En tant que planificateur de voyages, je suis prêt à concevoir des itinéraires sur mesure pour profiter au mieux de cette conjoncture favorable.
    http://Www.evasionsrebelles.com

    Termes et définitions
    1. Quantitative Tightening. Le “Quantitative Tightening” (QT), ou resserrement quantitatif, est le processus inverse du “Quantitative Easing” (QE). Il s’agit d’une…
    2. Goldilocks. L'expression "Goldilocks" en économie est utilisée pour décrire une situation économique qui est considérée comme étant "ni trop chaude, ni trop froide", c'est-à-dire une période de croissance économique modérée et stable, avec un équilibre entre la croissance et l'inflation, sans excès ni contractions sévères.
    3. Yield Curve Control ( YCC ) Le “Yield Curve Control” (YCC), ou contrôle de la courbe des rendements, est une politique monétaire où une…
    4. NIRP. La NIRP, ou Negative Interest Rate Policy (Politique de Taux d’Intérêt Négatif), est une mesure monétaire non conventionnelle…
    5. Consumer Expectations Survey ( ces ) Le Consumer Expectations Survey (Enquête sur les Attentes des Consommateurs) est une enquête périodique qui vise à mesurer les attentes et les perceptions des ménages concernant différents aspects économiques, tels que l'inflation, les dépenses de consommation, le revenu disponible, le crédit, l'épargne et l'emploi.
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