Kondratiev : entre génie scientifique et supplice soviétique

Bruno Colmant brosse un portrait poignant de Kondratiev, économiste russe du début du 20e siècle, dont la vie s’inscrit dans l’ombre des goulags soviétiques. Inspiré des romans de Gogol et Soljenitsyne, Colmant décrit la Russie comme un lieu d’inatteignable, où la pire torture n’est pas la mort, mais la vie suspendue dans la souffrance. Kondratiev, pionnier de la théorie des cycles longs d’une trentaine à soixante ans, illustre la résilience du capitalisme face aux crises, contredisant le fatalisme marxiste.
Photo d'un homme qui épargne pour son futur
©Fibee

Bruno Colmant brosse un portrait poignant de Kondratiev, économiste russe du début du 20e siècle, dont la vie s’inscrit dans l’ombre des goulags soviétiques. Inspiré des romans de Gogol et Soljenitsyne, Colmant décrit la Russie comme un lieu d’inatteignable, où la pire torture n’est pas la mort, mais la vie suspendue dans la souffrance. Kondratiev, pionnier de la théorie des cycles longs d’une trentaine à soixante ans, illustre la résilience du capitalisme face aux crises, contredisant le fatalisme marxiste.

Pour comprendre la vie de Kondratiev, il faut s’isoler dans le vide noir de Les Âmes mortes de Gogol et dans une journée d’Ivan Denissovitch d’Alexandre Soljenitsyne. Dans ces romans, on comprend que la Russie, c’est très loin, dans la pénombre des terres pauvres et éloignées. Mais on comprend surtout qu’au-delà des territoires lointains, il y a l’inatteignable et l’inconcevable. Et l’impossible à penser, ce sont les goulags.

C’est le cri muet infini. Les voix sont éteintes et les regards sont tus. L’homme est réduit à sa propre horreur. Le présent flotte, comme une souffrance qui n’aboutit jamais. La pire torture de ces camps, ce n’est pas la peur de mourir à chaque instant. Ce n’est pas non plus la certitude de ne jamais en sortir vivant. Le véritable supplice de ces camps, le martyre, c’est la vie, dont on empêche la libération. Et où, paradoxalement, le seul moment important, c’est le moment passé, parce que survécu.

En septembre 1938, Kondratiev sera libéré de cette vie translucide. Le 17 de ce mois, il est fusillé. Les purges de Staline lui auront épargné l’épouvante de la Seconde Guerre mondiale.

Kondratiev appartient à cette race de scientifiques qui, parce qu’ils vont trop loin, sont happés par la médiocrité des hommes. Comme pour Copernic, le moine Bruno ou Calvin, tout commence bien pour les jeunes prodiges que les systèmes éducatifs repèrent et encouragent. Mais, à un moment, la révélation scientifique des esprits libres n’est plus conforme au système qui l’a encouragée. Et, à ce moment, les explorateurs de la science sont forcés à l’exil ou écartés.

C’est le cas de Kondratiev, économiste russe né à la fin du 19e siècle dans la Russie tsariste. Au moment de la révolution, il met ses compétences au service du bolchevisme et devient directeur de l’Institut des conjonctures économiques au commissariat du peuple aux finances. C’est à ce moment qu’il émet la thèse des cycles longs, selon laquelle l’économie alterne des périodes de croissance et de dépression, d’une durée de trente à soixante ans. En fait, Kondratiev est le premier économiste qui visualise la croissance comme une longue sinusoïde. Au sein de ces larges inflexions de l’économie, on constate, bien sûr, des chocs plus abrupts, mais ils ne contrarient pas la thèse des cycles récurrents.

En renfort de ces thèses, Kondratiev identifie plusieurs cycles, d’une durée de trente à soixante ans.

Mais il y a un message plus profond dans les thèses de l’économiste russe : c’est la résilience de l’économie de marché. Selon Kondratiev, le capitalisme poursuit son expansion après chaque crise, ce qui est contraire aux postulats marxistes qui évoquent la finitude du capitalisme et la chute de ses moyens de production. Kondratiev est alors pourchassé par le régime. C’est l’un des accusés-vedettes du procès du « Parti industriel » en 1930, orchestré par Staline. Kondratiev en est l’une des victimes. Condamné à la déportation, il finira fusillé au goulag.

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