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L’inflation : “le résultat d’un conflit de répartition entre les entreprises, les travailleurs et les contribuables”

Voici un thread que nous avons vu passer sur le compte Twitter d’Olivier Blanchard et que nous avons souhaité partager dans nos pages (avec son accord). Il y est question de conflits de répartition et de stabilisation de l’inflation. Un thread tout à fait éclairant pour aller plus loin dans la compréhension des mécanismes de l’inflation. Pour lire le thread original (en anglais) cliquez ici.

Un point qui est souvent perdu dans les discussions sur l’inflation et la politique des banques centrales. L’inflation est fondamentalement le résultat d’un conflit de répartition entre les entreprises, les travailleurs et les contribuables. Elle ne s’arrête que lorsque les différents acteurs sont contraints d’accepter le résultat.

La source du conflit peut être une économie trop chaude : sur le marché du travail, les travailleurs peuvent être dans une position plus forte pour négocier des salaires plus élevés compte tenu des prix. Mais, sur le marché des biens, les entreprises peuvent également être mieux placées pour augmenter les prix compte tenu des salaires.
Et, ça continue.

La source du conflit peut être dans les prix trop élevés des matières premières, telles que l’énergie. Les entreprises veulent augmenter les prix compte tenu des salaires, afin de refléter le coût plus élevé des intrants intermédiaires. Les travailleurs veulent résister à la baisse du salaire réel et demandent des salaires plus élevés.
Et ça continue.

L’État peut jouer divers rôles. Grâce à la politique budgétaire, il peut ralentir l’économie et éliminer la surchauffe. Il peut subventionner le coût de l’énergie, limiter la baisse du salaire réel et la pression sur les salaires nominaux.

Il peut financer les subventions en augmentant les impôts sur certains contribuables actuels, disons des impôts sur les bénéfices exceptionnels, ou par des déficits et des impôts éventuels sur les futurs contribuables (qui ont peu à dire dans le processus…).

Mais, en fin de compte, forcer les acteurs à accepter le résultat, et donc stabiliser l’inflation, est généralement laissé à la banque centrale. En ralentissant l’économie, cela peut forcer les entreprises à accepter des prix plus bas compte tenu des salaires, et les travailleurs à accepter des salaires plus bas compte tenu des prix.

C’est un moyen très inefficace de gérer les conflits de distribution. On peut/doit rêver d’une négociation entre les travailleurs, les entreprises et l’État, dans laquelle le résultat est obtenu sans déclencher d’inflation et nécessitant un ralentissement douloureux.

Mais, malheureusement, cela nécessite plus de confiance qu’on ne peut l’espérer et cela ne se produit tout simplement pas. Pourtant, cette façon de penser l’inflation montre quel est le problème et comment penser à la solution la moins douloureuse.

Olivier Blanchard, le 31.12.2022

Nous vous invitons également à lire la réaction de Paul Krugman à ce thread (https://twitter.com/paulkrugman/status/1609536858039652353?s=20&t=r5LUcJAvvEtI3x0DY1KwZg) ainsi que la suite des réflexion d’Olivier Blanchard sur cet autre thread : https://twitter.com/ojblanchard1/status/1609283037568679938?s=20&t=r5LUcJAvvEtI3x0DY1KwZg

A propos d’Olivier Blanchard

Olivier Blanchard est professeur émérite d’économie Robert Solow au MIT et Fred Bergsten Senior Fellow au Peterson Institute of International Economics. Il a été économiste en chef du Fonds monétaire international de 2008 à 2015.

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