La BCE n’a pas baissé la garde

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La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi dernier de rehausser ses taux directeurs de 0,50 %, et ce en dépit du maelström engendré par la faillite de la Silicon Valley Bank (SVB) et les déboires du Credit Suisse. Le taux de facilité de dépôt franchit ainsi le seuil symbolique des 3 % pour la première fois depuis près de 15 ans. Que peut-on dès lors anticiper pour la suite ?

Le discours de la BCE était probablement ficelé depuis plusieurs jours, avant que ne se produise la faillite de la SVB, puis la déroute boursière du Credit Suisse. L’institution n’a cependant pas dévié de sa trajectoire, consistant à lutter contre les pressions inflationnistes persistantes. En restant sur un pas de 0,50 %, la BCE tente d’asseoir sa crédibilité, afin d’éviter l’embrasement et la perte de confiance envers les établissements bancaires de la zone Euro. Face au nouveau dilemme posé aux banques centrales, à savoir la lutte contre l’inflation et le maintien de la stabilité financière, la BCE n’en a véritablement privilégié aucun des deux, rassurant par ailleurs sur la solidité du système bancaire. Elle a en outre révisé à la baisse sa prévision d’inflation « totale », qui passe à 5,3 % en moyenne sur l’année 2023 (contre 6,3 % en décembre dernier), tandis que celle dite « cœur » (hors énergie et alimentation) est revue en hausse à 4,6 % sur la même période (4,2 %). La cible de 2 % n’est pas prévue pour être atteinte avant 2025. Elle se veut également plus optimiste qu’auparavant sur la croissance du PIB, avec une projection de +1 % pour 2023 (+0,5 % précédemment).

La BCE est plus que jamais dépendante des données d’inflation, de croissance et désormais de stress financier. Ce dernier élément l’incite ainsi à introduire davantage d’optionalité pour les réunions suivantes, laissant la porte ouverte tant à une poursuite du resserrement monétaire qu’à une pause accompagnée d’actions visant à stabiliser le système financier en cas d’aggravation de la situation.

La principale menace n’a évidemment pas disparu. Une décomposition de l’inflation totale, qui s’élevait à 8,50 % sur un an en février, montre que la catégorie de l’énergie décélère depuis son point haut d’octobre 2022, tout en y contribuant toujours pour 1,6 %. Dans le même temps, d’autres pressions s’accentuent. Toujours selon la même décomposition, les prix alimentaires participent à hauteur de 3,1 % sur les 8,50 %, tandis que les services en expliquent 1,9 %. En outre, 92 % des items composant ce panier de biens et services accélèrent toujours à plus de 2 %. Quant aux indicateurs d’activité, ils s’essoufflent depuis quelques mois maintenant, en particulier ceux concernant la consommation des ménages, preuve de l’évanescence du choc de demande post-crise sanitaire.

Dans ce contexte, la BCE en a-t-elle fini avec les hausses de taux ?

Plusieurs éléments subsidiaires s’imbriquent pour pouvoir trancher.

Le niveau actuel des taux directeurs est-il entré en territoire restrictif ? Oui, a priori, puisque nous évaluons ce dernier (en nominal) entre 1,5 % et 2,5 %. Est- il suffisamment restrictif pour juguler l’inflation ? La réponse à cette question est conditionnée au délai de transmission de la politique monétaire au sein de l’économie. L’effet flux se constate bel et bien par le canal du crédit (immobilier, aux entreprises et aux ménages…), dont le coût a fortement augmenté. Toutefois, les emprunts « anciens » contractés à taux fixe sur de longues maturités et la bonne santé financière des agents économiques augmentent la viscosité des actions menées par la BCE. La conduite de la politique monétaire relève donc aujourd’hui plus d’un art que d’une science.

Poussée notamment par la doctrine des pays du Nord (Allemagne…), la BCE pourrait poursuivre son resserrement monétaire, en avançant néanmoins à plus petit pas (0,25 % sur les deux prochaines réunions a minima). Rappelons à cet effet que la BCE est outillée pour assurer des rehaussements de taux, tout en fournissant au système bancaire la liquidité nécessaire.

La prochaine réunion de la BCE se tiendra le 4 mai prochain. D’ici là, l’action et le discours des autorités monétaires pourraient s’avérer caduques en cas de crise systémique avérée. L’inflation demeurera malgré tout un irritant…

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Par Thibault Le Flanchec, PhD

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