La course aux matières premières s’accélère avec de nombreuses conséquences…

La course aux matières premières ne fait que commencer. Les conséquences économiques et géopolitiques sont incalculables. Ces dernières semaines confirment cette accélération.

Quelques illustrations de cette course : la ruée pour le lithium en Afrique tout d’abord. Certains considèrent qu’il s’agit même des prémices d’une nouvelle guerre froide. Après des années de tension au Moyen-Orient, il faut désormais imaginer un déplacement des conflits en Afrique pour maîtriser les métaux rares indispensables à la transition énergétique. Garantir un approvisionnement fiable en lithium est ainsi l’un des plus grands défis auxquels sont confrontés les constructeurs automobiles qui s’efforcent de produire davantage de véhicules électriques.

La Chine pose ses pions en Namibie et au Zimbabwe, par exemple, pour s’assurer entre autres un accès pérenne au Lithium mais aussi à l’étain ou le cobalt par exemple.  C’est toute une infrastructure qui est mise en place : mines, usines, ports…

Ces mouvements récents confortent la position dominante de la Chine dans de nombreux minéraux essentiels à la transition énergétique. Il faudra à l’occident dépenser des milliards pour rattraper son retard car les Chinois ont pris des positions depuis bien longtemps.

L’Afrique sera à n’en pas douter au centre des préoccupations américaines ou européennes en particulier pour le lithium dont la demande devrait entraîner une multiplication par 5 de la demande d’ici 2030.

Les Chinois pour financer les nombreux projets de mines en Afrique n’hésitent pas à prendre des risques en agissant beaucoup plus vite que ne peuvent le faire les acteurs financiers ou bancaires occidentaux.

De plus la volatilité des prix du lithium a un effet négatif pour les occidentaux : les prix de l’hydroxyde de lithium ont grimpé en flèche tout au long de l’année 2022 et ont atteint un pic de 80 000 $ la tonne en décembre, mais sont retombés depuis à 55 000 $ environ. Bien que cela représente encore près de quatre fois la moyenne à long terme d’environ 15 000 $, cette baisse a conduit certaines entreprises minières occidentales à subir la pression des investisseurs pour qu’elles modèrent leurs plans d’investissement, alors même que les entreprises chinoises vont de l’avant.

L’enjeu pour les pays Africain consiste à ce que la valeur ajoutée aux richesses minérales de leur pays soit produite sur place, plutôt qu’exportée à l’étranger pour que d’autres en profitent, là aussi les Chinois ont des propositions plus concrètes et plus rapides que les occidentaux.

Autres exemples plus classiques et plus visibles : les fusions acquisitions dans l’industrie minière se multiplient.

Dernier exemple en date : Le conseil d’administration de la société australienne Newcrest Mining a soutenu à l’unanimité une offre de rachat de $19Mds par son rival américain Newmont, ouvrant ainsi la voie au plus grand exploitant de mines d’or du monde pour renforcer son emprise sur le secteur.

Il s’agit du dernier exemple en date de consolidation au sein de l’industrie minière mondiale, les grandes entreprises cherchant à acheter des exploitations prometteuses afin d’augmenter leur taille et leur exposition aux minéraux essentiels nécessaires à la transition énergétique.

L’opération de Newmont augmente considérablement son exposition au cuivre et fait suite au rachat par BHP de son rival Oz Minerals, au rachat par Rio Tinto de Turquoise Hill et à la fusion d’Allkem avec Livent pour créer un acteur plus important dans le secteur du lithium. Cette opération donnera naissance à une entreprise qui devrait être le troisième producteur de l’industrie d’ici 2027.

L’offre non sollicitée de Glencore sur Teck Resources, avait ces dernières semaines ravivé les esprits dans le secteur des ressources.

Ces dernières opérations ont un point commun : le cuivre. Les besoins mondiaux en cuivre suscitent un regain d’intérêt de la part des entreprises minières qui prévoient une pénurie dans le courant de la décennie et qui ont beaucoup de liquidités à dépenser après des années de bénéfices élevés.

 Selon les estimations de S&P Global, la demande de cuivre devrait atteindre 40 millions de tonnes par an d’ici à 2030, contre 25 millions de tonnes par an en 2021.

Étant donné qu’il faut jusqu’à dix ans pour ouvrir une mine de cuivre, cette pénurie pourrait tout aussi bien se produire demain, à l’échelle de l’exploitation minière.

Cependant, la plupart des gisements de cuivre à haute teneur les plus accessibles au monde ont déjà été exploités, ce qui laisse relativement peu de ressources de cuivre de haute qualité encore disponibles.

La transition énergétique aura de nombreuses conséquences :

  • Le paysage des acteurs miniers va être totalement bousculé : les OPA et les refontes capitalistiques vont se multiplier et redessiner la carte des principaux acteurs mondiaux, avec toutes les conséquences que cela peut avoir sur les prix s’il y a moins d’acteurs.
  • Les schémas d’installation sont également en train d’évoluer : les pays producteurs tentent désormais de contrôler l’ensemble de la chaîne et en font une condition.
  • Enfin, et c’est peut-être le point le plus important : ces cinquante dernières années la maîtrise de l’extraction de pétrole ou de gaz a largement conditionné les tensions géopolitiques…il se pourrait que les métaux de la transition soient désormais au cœur des préoccupations et des enjeux des grandes puissances.

Ce n’est pas une bonne nouvelle.

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