Inflation | Les actualités économiques et financières

La crise obligataire anglaise et la persistance de l’inflation américaine créent une grande volatilité sur les marchés financiers

Ces tensions constituent-elle une occasion d’investir dans la perspective d’une année 2023 qui devrait être celle de la désinflation ?

Il faut rester prudent mais la crise obligataire anglaise pourrait être entrée dans sa phase de résolution avec la démission du chancelier de l’échiquier et la perspective d’un budget britannique moins expansionniste. Ceci permettrait à la politique monétaire d’être un peu moins restrictive, ce qui soulage pour l’instant les tensions sur les marchés obligataires (graphique 1). Il reste cependant à vérifier que les problèmes de liquidités des fonds de pension ne se reproduiront pas, alors que la Banque d’Angleterre est supposée ne plus agir en acheteur de dernier ressort à partir du 17 octobre. Une stabilisation des rendements obligataires britanniques à partir de cette date serait clairement une bonne nouvelle pour les marchés financiers.

Quoiqu’il arrive, la crise britannique aura encore accentué les débats sur le policy mix approprié à une Europe en proie au risque de stagflation. Le consensus actuel semble s’orienter en faveur d’une politique budgétaire certes expansionniste mais « pas trop » afin de lutter contre la crise de l’énergie sans faire exploser les déficits publics. Quant à la politique monétaire, elle organise un réajustement rapide des taux monétaires, tout en maintenant ceux-ci nettement en dessous du niveau de l’inflation. Mais ce consensus est une moyenne qui masque des désaccords profonds, par exemple à l’intérieur de la BCE, entre ceux qui estiment que les taux doivent monter beaucoup plus, et ceux qui plaident pour la retenue face aux risques élevés de récession. Seule quasi-certitude : les taux de la BCE devraient se situer autour de 2% au tournant de l’année. La suite des opérations dépendra en grande partie du niveau de résilience de l’économie européenne face au général Hiver. Malgré ces incertitudes, il semble cependant toujours difficile de se positionner en faveur des obligations européennes à des niveaux de rendements qui n’offrent presque aucune prime de risque contre une hausse plus forte que prévu des taux monétaires en 2023 (graphique 2).

Aux Etats-Unis la situation est différente. Pour les prochains mois, la probabilité de récession semble toujours faible, et l’inflation reste le seul problème concret. A nouveau en nette hausse en septembre (+0,6% hors alimentation et énergie, et +6,6% en glissement annuel, au plus haut depuis 40 ans), les prix à la consommation ne reflètent pas encore la baisse des pressions inflationnistes apparentes dans un certain nombre d’indicateurs. C’est particulièrement le cas des loyers dont la hausse a commencé à décélérer pour les nouvelles locations, ce qui ne se traduira que très progressivement sur le stock de l’ensemble des logements loués. Une étude récente suggère que l’inflation des loyers dans l’indice des prix à la consommation enregistrerait un pic en début d’année 2023 avant de refluer surtout au deuxième semestre de l’année prochaine (graphique 3).

Dans ce contexte, à moins que l’économie américaine ne subisse bientôt un fort ralentissement, la Réserve fédérale américaine maintiendra son objectif de taux monétaires d’au moins 4,5% au printemps 2023 (contre 3,125% aujourd’hui). Cette politique est cependant déjà dans les prix de marchés, ceux-ci anticipant des taux Fed à 4,88% en mars 2023. Par ailleurs, les rendements obligataires américains à long terme bénéficient désormais de taux réels significativement positifs (+1,6% sur les Treasuries à 10 ans indexés sur l’inflation). Le profil rendement/risque du marché obligataire américain nous semble donc meilleur que celui de la zone euro.

Il n’est donc pas impossible que les taux américains à long terme finissent par se stabiliser sur des niveaux proches de 4%. Si c’est le cas, les marchés des actions pourraient eux aussi se stabiliser, la corrélation entre les deux marchés ayant été forte au cours des dernières années (surtout depuis 2018). En l’absence de ralentissement économique substantiel aux Etats-Unis, notre niveau de conviction sur ce scénario reste cependant insuffisant, à ce stade, pour remonter sensiblement nos taux d’exposition au risque. Notre préférence va donc toujours au marché monétaire. Nous demeurons bien entendu prêts à ajuster nos positions à tout moment face à ces marchés certes très difficiles mais où les opportunités ne manqueront pas dans les semaines qui viennent.

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