FED | La revue de presse économique et financière

La Fed à tous les signaux nécessaires pour annoncer le début de la réduction d’achat d’actifs

La Fed à tous les signaux nécessaires pour annoncer le début de la réduction d’achat d’actifs ou « tapering». Toutefois, le consensus de marché est plutôt pour une annonce en novembre. Cette vue s’appuie essentiellement sur la prudence extrême avec laquelle J. Powell veut mener la politique monétaire. Ainsi, pour un grand nombre d’opérateurs, les incertitudes apportées par la vague de contagions en août sont de nature à repousser toute décision.

Il n’empêche que lors de son discours à Jackson Hole, J. Powell avait clairement indiqué que de son point de vue le critère, même si très flou, de constater des « progrès substantiels » des données économiques dans la direction des objectifs de la Fed avant d’agir avait maintenant été bien rempli. Depuis ce discours de fin août, les données économiques ont continué à confirmer la situation que nous avions à ce moment-là, même si on sait maintenant qu’au moins deux facteurs ont ralenti la croissance. D’une part la poussée des contagions dues au variant Delta et les contraintes de productions liées à la difficulté de trouver des intrants et des pénuries de main d’œuvre.

Mais sur les objectifs d’inflation rien n’a changé. Quelle que soit la mesure qu’on regarde, on constate la même chose que signalait J. Powell. En effet, l’inflation est largement ancrée sur les niveaux proches des objectifs de moyen terme de la Fed.

Si on se tourne du côté de ménages, les quelques enquêtes qui existent, et qui nous donnent des séries longues, comme celle de l’Université du Michigan, montrent que les anticipations d’inflation sont dans le haut de la fourchette des années récentes. En fait à court terme, c’est-à-dire sur les anticipations à un an, on se trouve toujours à des niveaux bien au-dessus de la moyenne. Des effets de base y contribuent, que ce soit dû au rebond des prix de l’énergie ou à la hausse de quelques prix, comme celui des voitures qui poussent les prix actuellement vers des niveaux élevés.  Néanmoins, les anticipations à moyen terme, à 5-10 ans, elles sont bien sur la moyenne haute des 20 dernières années, se situant aujourd’hui à 2,9%.

Etats-Unis : chez es ménages les anticipations d'inflation à long terme sont bien ancrées

Du côté des marchés et de la dynamique même de l’inflation, on le sait tous, on peut faire le même constat. En ne regardant que les anticipations de long terme, soit celles qu’on peut extraire des taux longs américains à partir des obligations indexées sur l’inflation, on constate que nous sommes aussi sur la moyenne haute de dernières décennies. En revanche, la tendance sur l’inflation si on la mesure avec l’indice des prix de la Fed des Cleveland qui retire les évolutions extrêmes que ce soit à la hausse ou à la baisse, la tendance reste au maintien d’une inflation plutôt élevée pour eut être plus longtemps que prévu.

Etats-Unis : les anticipations de marché de l'inflation sont bien ancrées alors que la tendance à la hausse des prix est toujours là

La persistance d’une inflation plus forte que prévu, allant donc contre l’idée qu’après une période transitoire d’inflation élevée, l’évolution des prix va se modérer par elle-même, continue d’être validée par la persistance de tensions fortes sur le système productif qui in fine se traduit toujours aujourd’hui par des hausses des prix. Ainsi, les deux dernières enquêtes sur le secteur manufacturier américain, soit l’enquête de la Fed de New York avec son indice de l’Empire State ou celle de la Fed de Philadelphie (Philly Fed), donnent un message très clair, les entreprises montent leurs prix pour faire face à la pression de la demande et la hausse des leurs coûts. Combien de temps cette situation va perdurer ? On ne le sait pas vraiment.

Etats-Unis : les enquêtes sur le secteur manufacturier montrent toujours des pressions haussières sur les prix

Au total, la situation sur le plan de l’inflation reste bien celle décrite par J. Powell à Jackson Hole.

Sur le marché du travail, il est évident que l’amélioration sur le marché de l’emploi se poursuit. La vitesse de réduction du chômage a été remarquable grâce au rebond spectaculaire de l’économie américaine. Certes nous ne sommes pas en situation de plein-emploi, qui pour beaucoup se situe autour d’un taux de chômage de 4% voire en dessous, mais garder une politique monétaire extraordinaire jusqu’à ce point ne serait sûrement pas judicieux.

Les données sur les demandes hebdomadaires d’allocation chômage ont conservé leur tendance baissière et tout prête à croire que le taux de chômage va continuer de reculer. On verra ce que les chiffres de l’emploi nous diront pour le mois de septembre, mais compte tenu de la dynamique de croissance actuelle de l’économie américaine, on peut penser que la tendance à la baisse du chômage va se poursuivre.

Etats-Unis : le marché du travail dans la bonne voie

Certes, certains appellent à la prudence compte tenu de la poussée des contagions dues aux virus et d’aucuns y inclus aussi les effets des ouragans, mais même une Fed qui gère sa politique monétaire au jour le jour, ne peut que constater que les conditions sont réunies pour commencer à sortir de cette période extraordinaire. En outre, on l’a vu avec les indicateurs du secteur manufacturier un rebond semble s’amorcer en septembre après le trou d’air d’août, alors que la demande semble tenir mieux que prévu comme l’attestent les ventes au détail du mois d’août qui ont connu une croissance forte, invalidant les prévisions d’une contraction des économistes.

Reste la crainte d’une évolution adverse de la pandémie. Mais, malgré la réticence de certains Américains à se faire vacciner, il semblerait bien que l’on atteigne peu à peu un taux d’immunisation qui permet à l’économie de poursuivre sa dynamique, avec certes des à-coups, mais pas d’interruption brutale et durable. L’adoption du plan du président Biden de rendre « obligatoire » la vaccination pour une grande partie de la population et la mise en place d’une troisième dose pour prolonger l’immunité devraient notamment permettre d’améliorer davantage la capacité de l’économie américaine de « vivre » avec le virus.

Évidemment, la Fed surveille fortement les réactions du marché et J. Powell a montré sa prudence dans ses prises de décisions afin de ne pas perturber le marché. Malgré la logique du président de la Fed qui semble être qu’il vaut toujours mieux attendre quand il s’agit de resserrer la politique monétaire, aujourd’hui la réalité va bien dans la direction de commencer à se diriger doucement vers la sortie.

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