La réserve fédérale américaine (Fed)

La Fed en guerre contre l’inflation

  • Politique : Jay Powell, le président de la Fed, a clairement indiqué lors de la conférence de presse à la sortie de la réunion du comité de politique monétaire du 15-16 mars que la priorité de la Fed, aujourd’hui, était la lutte contre l’inflation, avec une première hausse du taux directeur de 25 points de base. Devant le niveau très élevé de la progression des prix, qu’on n’a pas connu depuis le début des années 1980, la Fed se devait donc d’agir avec force. En ce sens, la médiane des projections des membres du comité de politique monétaire pour les taux directeurs de la Fed (le taux Fed funds), se situe maintenant à 1,9% d’ici 12 mois contre seulement 0,9% en décembre 2021.
  • En outre, la réduction du bilan de la Fed devrait débuter à l’automne ou avant, rajoutant au resserrement monétaire et donc à la tentative de normalisation de la politique monétaire.
  • Évidemment, ce discours est complétement différent de celui qu’était tenu, il a encore quelques mois par la Fed. En outre, soulignons que les effets de la guerre en Ukraine semblent être vus par la banque centrale comme affectant la croissance, mais pas de manière très prononcée. Ainsi, c’est plutôt l’impact inflationniste de la hausse des matières premières qui est mis en avant que les effets négatifs sur la croissance par l’impact sur les coûts des entreprises ou par la perte de pouvoir d’achat des ménages.
  • Ainsi, comme la BCE, la Fed se met en guerre contre l’inflation et semble peu incliner à la prudence devant les développements géopolitiques et leur impact potentiellement négatifs sur la croissance. Évidemment, les deux banques centrales peuvent ajuster le tir au cours des mois qui viennent, mais on se doit de retenir un ton et des actions bien plus sévères que ce qui pouvait être attendu de la part des banquiers centraux sur la manière de se diriger vers la normalisation de la politique monétaire.
  • Marchés : Malgré les positions plus rigoureuses des banques centrales sur la trajectoire des politiques monétaires, l’appétit pour le risque semble être revenu, avec les bourses en phase de rebond sur les dernières séances, alimenté par un peu d’optimisme sur la résolution du conflit en Ukraine et les annonces des autorités chinoises sur le soutien qui seraient apportés aux marchés financiers et de manière plus fondamentale une volonté qui pourrait se montrer plus marquée pour relancer l’économie. Mais tous ces éléments d’optimisme peuvent encore s’avérer fragiles. En particulier, l’attitude du président Poutine reste très peu conciliante, alors que le pilonnage des villes ukrainiennes par l’armée russe se poursuit.
  • Nous conservons notre optimisme prudent sur une résolution du conflit dans un avenir proche, mais nous restons très vigilants. Ceci d’autant plus que la position des banques centrales s’avère plus restrictive que ce que nous pensions serait le cas dans les circonstances actuelles.

La Fed adopte un chemin de normalisation de sa politique monétaire plus raide qu’anticipé. En effet, la Fed semble avoir complétement tourné la page de sa politique très attentiste et prudente sur l’évolution de l’inflation. Ainsi, le discours du caractère transitoire de l’inflation et de la patience nécessaire de la politique monétaire avant d’agir qui dominait il y a encore quelques mois est maintenant bien oublié. La Fed semble bien se mettre en guerre contre la poussée de l’inflation, devant des niveaux considérés comme inacceptables.

Etats-Unis : l'inflation au plus haut depuis les années 1980

Ceci est en partie reflété par les nouvelles prévisions issues des vues des membres du comité de politique monétaire. En effet, les prévisions d’inflation pour 2022 et les deux années suivantes sont bien plus élevées que celle de décembre dernier. En 2022, l’inflation se situerait maintenant à 4,3% en glissement sur l’année contre 2,6% il y a seulement 3 mois.

La réponse à cette inflation plus élevée proposée par les membres du comité est une hausse plus rapide des taux d’intérêt pour les mois à venir. Ainsi, par rapport aux prévisions de décembre, c’est 100 points de base de hausse supplémentaires qui sont maintenant anticipés sur 2022-2023. Le taux directeur, en 2023, passerait à 2,8% soit au-dessus du taux considéré comme celui de long terme ou « neutre », estimé à 2,4%. En outre, Jay Powell a indiqué que la réduction du bilan de la Fed devrait débuter prochainement, disons cet été ou à l’automne, ceci devrait contribuer à un durcissement supplémentaire de la politique monétaire.

Prévisions FEDIl est important de souligner tout de même, comme d’ailleurs J. Powell le dit souvent, que les prévisions issues des vues des divers membres du comité de politique monétaire ne constituent pas un chemin prédéfini pour l’évolution de la politique monétaire. Ainsi, un degré d’incertitude important reste quant à la vraie évolution des taux directeurs dans les trimestres à venir. En particulier, nous pensons toujours que toute détérioration de la situation en Ukraine qu’amènerait des tensions supplémentaires sur les prix des matières premières pourrait inciter les banques centrales à plus de prudence.

À ce stade, toutefois, le marché a bien retenu le discours plus sévère. C’est ainsi que les anticipations de hausse des taux directeurs de la Fed ont de nouveau été légèrement révisées à la hausse. Au total, après la hausse de 25 points de base cette semaine, le marché anticipe au moins une hausse des taux de 25 points de base à chaque réunion du comité de politique monétaire sur les 12 mois à venir.

Fed : les taux directeurs à 2% dans 12 mois

La question pour les marchés est de savoir quel impact ces hausses peuvent avoir sur l’inflation et sur la croissance sur les trimestres à venir, sachant que les effets du resserrement monétaire agissent avec retard sur l’évolution économique.

Tout d’abord, pour la Fed l’impact de la poussée de l’inflation et du resserrement monétaire à venir aurait un effet important sur la croissance, mais celle-ci resterait robuste, au-dessus du potentiel en 2022, avec un taux de croissance du PIB estimé à 2,8% en glissement sur l’année, soit plus d’un point de pourcentage en dessous de l’estimation de décembre. Cette croissance, permettrait au taux de chômage de continuer de baisser. En ce sens, J. Powell a insisté que l’économie américaine se trouvait dans une position très robuste avec notamment un taux de chômage à un niveau très bas.

Etats-Unis : le taux de chômage proche du niveau historiquement bas d'avant crise

La réaction du marché obligataire à ce ton plus dur de la part de la Fed avec des anticipations de plus de hausses de taux directeurs, a été, évidemment, la montée des taux sur les maturités les plus courtes. En même temps, on a observé une détente des taux des parties les plus longues, avec sûrement l’anticipation sur une possible baisse des directeurs qui pourrait survenir dès 2024, alors que l’inflation serait maîtrisée. Évidemment, ces hypothèses sont assez fragiles.

La stratégie de la Fed telle qu’exposée soulève tout de même un certain nombre d’interrogations. Tout d’abord sur la force avec laquelle la banque centrale veut s’attaquer à l’inflation. C’est-à-dire comment elle veut tenter de « calmer » la progression de la demande afin de la mettre plus en adéquation avec l’offre. En effet, malgré l’annonce sur la forte volonté de calmer rapidement la poussée des prix, on ne peut que constater que les taux directeurs, en prenant les prévisions de la Fed, resteraient en dessous ou très proche de l’inflation en 2022 et en 2023. Ainsi, le resserrement lui-même ne serait pas d’une violence extrême. Évidemment, il faut ajouter à la hausse des taux l’éventuel impact de la réduction du bilan de la Fed. Mais il se pourrait que la Fed ait à faire davantage pour vraiment calmer fortement les pressions inflationnistes.À moins que le scénario sur l’inflation change radicalement.

Aussi, les incertitudes liées au conflit en Ukraine, avec en particulier les tensions sur les prix des matières premières, voire des éventuelles pénuries, pourrait pousser la Fed, mais aussi la BCE, à plus de prudence, car les effets sur la croissance d’un tel scénario pourraient s’avérer bien plus marqués.
Au total, outre les incertitudes sur la guerre, nous devons aussi gérer celles associées à la trajectoire que suivront vraiment les banques centrales dans les mois et trimestres à venir. Ceci créera encore de la volatilité. Nous conservons néanmoins notre optimisme prudent, tout en restant très vigilants à très court terme.

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