Fed | La revue de presse économique et financière

La Fed plus accommodante que jamais

Pour certains les conclusions de la dernière réunion de la Fed ont été comme attendues, soit le maintien d’une posture très accommodante. En effet, pas de changements significatif est apparu dans la déclaration finale.  Néanmoins, J. Powell a apporté plusieurs précisions importantes qui aident quelque peu à orienter les anticipations du marché.

Tout d’abord, il a précisé que pour la première fois le comité de politique monétaire s’était plongé de manière exhaustive dans une discussion sur la réduction des achats d’actifs.  Ainsi, ont été discutés le timing, la séquence et la composition de ces réductions.

Sur le timing, la question qui intéresse le plus le marché, le consensus a été qu’il était bien trop tôt pour commencer à réduire ces achats et donc d’annoncer cette éventualité au marché. Ces achats continuaient d’être vus comme essentiels à la poursuite de la reprise de l’économie. En fait, le rebond déjà spectaculaire de l’économie américaine ne semble toujours pas satisfaire les conditions de « progrès substantiel »   vers les objectifs que s’est donné le comité pour commencer la normalisation de sa politique.

Quelles sont ces conditions? On ne sait pas trop. La Fed ne donne aucun guide quantitatif qui pourrait être utilisé. En tous les cas on ne peut pas utiliser les expériences passées. Comme nous le savons, lors du précédent épisode de QE, pour combattre la crise financière de 2008-2009, la réduction des achats d’actifs a commencé quand la tendance de la baisse du taux chômage était claire et à des niveaux bien plus élevés qu’aujourd’hui et évidemment des niveaux d’inflation bien inférieurs.

La raison essentielle semble être les incertitudes associées au caractère unique de cette crise et les risques, même si réduits grâce aux vaccins, que pose la crise sanitaire à la récupération de l’économie. En ce sens, la Fed, qui semble avoir adopté le taux de chômage comme son principal objectif, voudrait attendre que ce taux descende bien plus bas que les 5,9% actuels pour être rassurée sur la trajectoire du marché de l’emploi.

Par ailleurs, et c’est un point essentiel, les doutes sur le caractère transitoire de l’inflation ont complètement disparus. La Fed, rejoignant le consensus des économistes, voit l’inflation baisser gentiment vers son objectif au cours de 2022, sans devoir agir pour obtenir une telle évolution. Ainsi, le débat sur le niveau auquel pourrait « atterrir » l’inflation ne semble pas être un sujet, mais seulement celui d’une accélération continue de l’inflation. Or ce risque, est exclu. Sur ce dernier point nous sommes d’accord avec le Fed, à ce stade. Il n’empêche, que le niveau de l’inflation est évidemment un sujet aussi.

Malgré sa prudence la Fed est tout de même confiante sur l’avenir. Ainsi, sur l’emploi, elle pense comme nous que les situations particulières qu’on constate sur le marché de l’emploi devraient se dissiper. En particulier, les pénuries de main d’œuvre auxquelles font référence les entreprises devraient se dissiper. On devrait notamment retrouver une plus grande cohérence entre l’écart massif et inédit qu’existe entre taux de chômage et l’abondance des offres d’emplois qui sont proposées par les entreprises.  Cette cohérence retrouvée, d’après la Fed, devrait aussi apaiser certaines des pressions salariales qui semblent apparaitre dans certains domaines.

Etats-Unis : Malgré des offres d'emplois importantes, le marché du travail reste perturbé

Bref, la Fed n’a pas beaucoup aidé le marché pour trouver une bonne boussole sur les indicateurs qui feraient basculer la Comité vers une plus grande confiance sur le fait que la politique extrême d’assouplissement monétaire menée d’aujourd’hui doit être modérée.

Sans déterminer le timing, il est naturel de constater que sur la séquence de la réduction des achats d’actifs il n’y ait pas d’indication, si ce n’est encore une fois que cela serait très graduel. De même sur la composition de la réduction. Ici, toutefois, l’hypothèse qui semble dominer est que les achats de MBs et de Treasuries seraient réduits conjointement, et non pas en privilégiant l’un ou l’autre.

Enfin, le caractère préventif du positionnement de la politique monétaire semble être complètement passé aux oubliettes. En effet, en passant Powell a indiqué que la hausse des taux devrait être envisagée que quand l’économie serait proche du plein emploi et des possible pression inflationnistes pourraient voir le jour.

Au total, des deux côtés de l’Atlantique, mais de manière encore plus surprenante aux Etats-Unis, nous restons avec des politiques de « guerre » sur le plan monétaire. Le flou sur le timing est tel, et le message continue de le nécessité de conserver de politiques très accommodantes pour encore longtemps que nous obtenons des conséquences troublantes sur le marché obligataire.

Celles-ci devraient apporter encore plus de fuel au moteur de la prise de risque, et donc de l’appréciation des actifs. En effet, des deux côtés de l’Atlantique nous nous retrouvons avec des taux longs réels à des niveaux historiquement bas. Le marché obligataire semble être convaincu par les discours des autorités monétaires du maintien de politiques accommodantes pour longtemps et pour certains par la nécessité de ceci devant le niveau d’endettement atteints.

Etats-Unis : les taux réels subissent la loi de la politique monétaire ultra accommodante des deux côtés de l'Atlantique

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