La Lettre Trimestrielle Actis AM : “Sortir du quoi qu’il en coûte, un exercice périlleux…”

Agence SAND

La flambée des coûts salariaux, des prix sur la logistique et sur les matières premières commence à avoir des effets pervers sur l’économie.

Certains secteurs et acteurs se retrouvent désormais dans l’incapacité d’écouler leurs productions ou de les finaliser faute de chauffeurs routiers, de semiconducteurs ou de produits intermédiaires.

La sortie du « quoi qu’il en coûte » pratiqué par les banques centrales depuis plus de 10 ans à travers leurs QE et politiques de taux bas, afin d’éviter au système financier et économique de sombrer, mais aussi par les gouvernements depuis au moins le début de cette pandémie (et encore nous sommes cléments, compte tenu du degré d’orthodoxie budgétaire de certains), ce sevrage donc annoncé par la FED et la BCE (voir paragraphe Banques Centrales) ressemble à un exercice de funambule pas si simple à réaliser. En effet, les marchés ont été tellement habitués aux injections monétaires massives et euphorisantes toutes ces années, que diminuer la dose quotidienne de morphine, même progressivement, n’est pas chose facile à endurer. Et le manque de repères récréatifs guette désormais les intervenants.

De même, la réouverture des économies provoque un conflit brutal entre d’une part, des élans de consommation refoulés et pour beaucoup concentrés sur les mêmes produits et d’autre part, une offre finie de stocks dont la reconstitution rapide ne va pas de soi (rythme d’extraction des matières premières, durée d’acheminements par les voies maritimes et routières, production dépendant de la mobilisation des équipes et des moyens) dont le facteur limitant reste le risque sanitaire imprimant une contrainte unique et inexplorée sur le temps, un temps qui à coup sûr n’est pas celui exigé par la consommation moderne.

Tous, vouloir tout et tout de suite, voici la difficile équation à résoudre.

Ajoutez à cela les considérations géostratégiques de captation des matières premières et de technologies, de tentations de repli sur soi des économies et vous obtenez un cocktail détonant pour la croissance et les prix.

Avec des coûts de la main d’œuvre et des intrants (matières premières, énergies et semiconducteurs) en hausse, il s’agit bien de la production qui pourrait être freinée, contingentée sur certains produits plus disponibles ou plus margés, ralentissant à son tour la consommation dans son élan par des pénuries réelles ou des hausses de prix dissuasives.

A terme, si ce cycle infernal se prolongeait, c’est bien la croissance qui en pâtirait et pas seulement en raison d’une réglementation chinoise administrant tous ses secteurs : éducation, e-commerce, industrie et fournisseurs énergétiques via le power crunch. Une Chine dont la contribution aux gains de la croissance mondiale est responsable pour moitié et dont la croissance pourrait tangenter les 5% dès l’année prochaine, un plus bas depuis les années 90.

Ce phénomène s’était produit au Japon et en Corée du Sud lorsque ces pays avaient rééquilibré leurs économies en faveur de la consommation.

L’autre sujet qui agite les marchés en cette fin de trimestre est celui d’Evergrande, le second promoteur immobilier chinois en termes de taille. Les problèmes d’endettement de ce mastodonte (300 milliards de dollars de dettes dont 20 de dettes offshores libellées en dollars américains) ne devraient pas entrainer de risque systémique car la dette est essentiellement d’origine bancaire interne au pays, dettes fournisseurs et avances de particuliers.

Le gouvernement, dans son initiative pour favoriser la consommation, fournira toujours suffisamment de liquidités au système bancaire afin d’éviter que ce dernier ne se grippe.

Concernant Evergrande, un processus de restructuration ordonnée est le plus probable impliquant un rééchelonnement des échéances, avec toutefois des pertes possibles pour certains détenteurs d’obligations et de riches particuliers chinois. On notera que dans l’intervalle le marché des devises est resté stable.

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