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La Russie veut la soumission de l’Ukraine

Guerre-Ukraine | Les actualités économiques et financières
  • Politique et géopolitique : Le président russe a clairement signalé ce week-end qu’il arrêterait cette guerre que si le gouvernement ukrainien se soumettait à son contrôle et rendait les armes. Il veut une « démilitarisation » du pays. À ce stade, il est clair que l’Ukraine n’acceptera pas ces termes.
  • Entre temps, la Russie a intensifié ses bombardements avec la prise de contrôle des quelques villes, notamment au sud du pays. La crise humanitaire se poursuit, avec un nombre de réfugiés qui selon l’ONU est proche de 1,5 millions d’habitants. Le nombre de victimes est à ce stade inconnu.
  • La violence des combats et l’intransigeance du président russe, en dépit d’une mobilisation internationale d’ampleur avec de nombreux chefs d’Etat essayant de créer un dialogue avec la Russie, les Etats-Unis et l’Europe ont continué de tenter d’accroître les sanctions vis-à-vis du pays. En particulier, la menace d’un embargo sur le pétrole russe a été évoquée par les Etats-Unis. Ceci a provoqué immédiatement une envolée du prix du pétrole. Le prix du baril de Brent, s’approchant des 130 dollars le baril. D’ores et déjà, les intermédiaires chargés de financer notamment les transactions de matières premières en provenance de la Russie, y compris les énergies fossiles, semblent avoir réduit les celles-ci créant déjà une situation de pénurie. Il semble impossible aujourd’hui de substituer le pétrole russe dans le contexte l’offre est limitée actuel. Si l’arme de l’embargo venait à être utilisée, le risque serait fort d’un choc énergétique massif avec des conséquences majeures sur la croissance mondiale et européenne, en particulier.
  • Aussi, la Russie a décidé de ne plus payer en devises les créanciers internationaux du pays tant que les sanctions imposées au pays sont présentes. L’impact sur les créanciers est pour l’instant difficile à complétement estimer, mais il est probable que certains soient fragilisés. Au total, la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine aura sûrement des conséquence économiques et géopolitiques considérables pour la Russie, mais elle pourrait détériorer aussi la conjoncture mondiale très fortement.
  • Le scénario le plus négatif lié à cette guerre, du point de vue économique, a clairement gagné en probabilité pendant les dernières heures.
  • Marchés/pétrole : La guerre en Ukraine continue avec raison, à dominer la dynamique des marchés. La panique s’est clairement installé avec les indices européens souffrant avec le plus de violence les craintes sur l’impact économique que la guerre peut avoir. Il est évident qu’en cas d’un choc énergétique par manque d’approvisionnement d’énergies fossiles en provenance de Russie, l’Europe serait la zone la plus affectée compte tenu de sa dépendance. L’indice Euro Stoxx 50 perd plus de 17% depuis le début de l’année. Sans une résolution de la crise et avec une escalade dans les sanctions vis-à-vis de la Russie, nous devons admettre que les risque est d’une correction encore plus marquée sur les bourses.
  • Cette semaine sera cruciale pour que les autorités européennes, en particulier, donnent une feuille de route claire sur leur façon de gérer la crise qui pourrait se déclencher en cas de décisions qu’iraient vers une pénurie de ressources énergétiques en Europe.
  • Il est certain qu’un choc énergétique massif serait de nature à faire dérailler l’expansion de l’économie mondiale. Ceci toucherait tous les pays, y compris les Etats-Unis. Ainsi, les très bons chiffres sur la dynamique de l’emploi pour le mois de février qui ont été publiés vendredi dernier, avec un taux de chômage passant à 3,8%, pourraient ne pas s’avérer être une image durable d’une tendance porteuse si une crise énergétique survenait. Néanmoins, à ce stade, la Fed devrait les considérer comme une validation de sa stratégie de resserrement.
  • L’invasion de l’Ukraine est en train de faire basculer le monde dans un scénario bien plus inquiétant qu’anticipé. En effet, l’incapacité de pouvoir trouver chez Poutine un interlocuteur fiable, voire raisonnable à ce stade semble bien nous obliger à donner des probabilités plus fortes aux scénarios les plus adverses pour l’avenir.
  • Il serait erroné de succomber à la panique. Néanmoins, on se doit de naviguer avec prudence dans un monde bien plus incertain et violent. Ce conflit ne peut être éternel, mais la dimension géopolitique de celui-ci semble nous pousser vers une bataille économique, plus sévère qu’envisagée.

La Russie reste sourde à tout appel à la conciliation. Poutine veut obtenir une victoire totale avec la soumission de l’Ukraine à son autorité. Les dernières heures ont montré que le président russe ne veut pas de dialogue avec les autorités ukrainiennes que si ceci est pour admettre la soumission du pays à son autorité. Difficile pour l’ensemble des nations du monde de considérer une telle position comme tolérable. En grande partie, ceci est à la source de l’escalade dans les sanctions économiques qui sont en train d’être imposées à la Russie. Au cours du week-end, les Etats-Unis ont commencé à agiter avec force la nécessité de devoir aller vers un embargo sur le pétrole russe.

Ceci a très rapidement enflammé les cours du pétrole au niveau mondial. Le prix du baril de Brent est passé à 130 dollars !

Évidemment, si un embargo total sur le pétrole Russe venait à être mis en place, l’équilibre actuel sur le marché pétrolier serait cassé. En effet, il n’y a pas assez de ressources disponibles aujourd’hui pour compenser les 5 millions de barils jour que la Russie exporte. Seule l’Arabie Saoudite pourrait compenser une partie de cette perte. Malheureusement, à ce stade, les pays de l’OPEP pour l’instant, à l’instar de la décision prise la semaine dernière, semblent peu enclins à ouvrir les vannes. Il est néanmoins probable que la pression des Etats-Unis et l’Europe sur l’Arabie Saoudite puisse pousser cette dernière à changer de position.

En tout état de cause, si le pétrole russe venait à manquer il est certain que le prix du pétrole pourrait augmenter bien davantage que les niveaux actuels, vu le trou que laisserait la Russie sur le marché. Dans ces circonstances, le choc énergétique sera d’une très grande ampleur. En outre, il est probable qu’un tel embargo puisse s’étendre aussi au gaz exacerbant encore les pénuries physiques d’énergie fossile et encore une fois poussant les prix vers le haut.

Un tel scénario, nous l’avons déjà discuté, pourrait enlever facilement un point de croissance aux pays de l’OCDE, et évidemment accroître le spectre d’une récession. D’ores et déjà, le marché a opté pour une vue très négative sur la croissance à venir, avec les taux réels s’effondrant en Europe et aux Etats-Unis.

Dans ce contexte d’inquiétude et morosité, les très bons chiffres de l’emploi n’ont pas pu enrayer la dynamique négative. En effet, le rapport sur l’emploi américain pour le mois de février a été bien plus fort que les attentes, avec 678 mille emplois créés sur le mois, et un taux de chômage en baisse à 3,8%.

L’ensemble des secteurs de l’économie ont créé des emplois, avec une dynamique toujours forte dans les services notamment dans la restauration. Ceci contraste avec les chiffres plutôt décevants sur l’activité que nous avait donnés l’ISM pour le secteur des services.
Par ailleurs, de manière rassurante, les salaires ont un peu moins progressé que prévu. Mais cette statistique est fragile, et elle semble ne pas traduire le message qui parvient toujours des enquêtes auprès des entreprises qui continuent de souligner les tensions sur les salaires vu la pénurie de main d’œuvre.

Ces données prises devraient conforter la volonté de la Fed de poursuivre sa stratégie de resserrement monétaire graduel. Ainsi, une montée des taux directeurs de 25 pb la semaine prochaine reste le scénario le plus probable. Néanmoins, cette semaine pourrait tout de même changer la donne sur les perspectives futures en cas d’escalade des tensions liées à la guerre.

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