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Zone Euro | FiBee : Les actualités économiques et financières

La semaine de tous les dangers pour la Zone Euro

Dans le même temps, les taux d’intérêts se sont de nouveau repliés en particulier pour les taux longs, en raison des craintes de récession qui font douter les marchés sur la volonté des banques centrales de remonter leur taux directeur durablement en territoire restrictif malgré les risques inflationnistes. Le taux 10 ans américain repasse nettement en dessous des 3% et le taux 10 ans allemand atteint un plus bas depuis mai sous les 1,15%. Les craintes économiques et politiques plus élevées en Zone Euro qu’aux Etats-Unis entraînent une plus forte baisse des taux en Europe et des tensions financières qui maintiennent l’Euro-Dollar proche de la parité.

  • Cette semaine, c’est la semaine de tous les dangers pour la Zone Euro, ce qui rend la décision de la BCE de jeudi encore plus importante et incertaine. En plus des problèmes auxquels font face toutes les grandes économies développées (l’inflation et le ralentissement de la croissance), la zone euro fait face aux risques de pénurie de gaz et de la remontée des tensions financières, deux risques qui peuvent faire passer notre scénario de légère récession au tournant de l’année vers un scénario de récession plus rapide et plus abrupte. Le retrait du soutien à la coalition italienne de la droite (La Ligue et Forza Italia ce week-end) augmente les risques d’élections anticipées à l’automne et le risque de tension sur la dette italienne. Dans ce contexte, l’outil anti-fragmentation que la BCE doit présenter cette semaine devient encore plus important. 
  • Nous pensons que la BCE augmentera ses taux de 25pb ce jeudi, continuera d’affirmer qu’elle augmentera ses taux en septembre potentiellement plus que de 25pb (nous anticipons 50pb) et restera plus vague sur le rythme de hausse de taux vers le taux neutre au-delà. L’incertitude est totale sur ce que la BCE sera en mesure d’annoncer en termes d’outil anti-fragmentation jeudi, et les marchés sont de plus en plus sceptiques (les spreads souverains sont au plus haut depuis la réunion d’urgence de la BCE de mi-juin). Nous espérons qu’elle arrivera à convaincre les marchés de son intervention dans le cas où le stress souverain deviendrait très important, ce qui pourrait éviter une crise de dette semblable à 2011-2012, mais elle n’arrivera peut-être pas à empêcher un nouvel écartement des spreads souverains à court terme. 
  • Aux Etats-Unis, les derniers chiffres d’activité pour juin ont été mitigés, suggérant une poursuite de la reprise, mais à un rythme que ralentit nettement. La bonne nouvelle pour la Fed est que les anticipations d’inflation des ménages baissent légèrement début juillet, ce qui pourrait lui éviter d’avoir à monter les taux de 100pb lors de sa prochaine réunion.
Variation hebdomadaire des actions et des taux

Cette semaine, c’est la semaine de tous les dangers pour la Zone Euro, ce qui rend la décision de la BCE de jeudi encore plus importante et incertaine.

Peu de chance de répits sur le front de l’inflation. Le détail des chiffres d’inflation pour juin publié demain devrait montrer que, si l’inflation totale ultra-élevée (8,6%) s’explique principalement par les prix de l’énergie et de l’alimentaire, les pressions inflationnistes se généralisent de telle sorte que l’inflation tendancielle est bien au-dessus de la cible des 2%. En effet, l’inflation sous-jacente (hors énergie et alimentation) a stagné en juin à 3,75%, mais seulement en raison de la baisse temporaire du prix des transports publics décidée par les autorités allemandes. Mais les autres mesures d’inflation tendancielle, comme celle corrigeant des changements de prix les plus extrêmes, devraient continuer d’augmenter. Par ailleurs, la BCE regardera de près les anticipations d’inflations des économistes (qui seront publiées vendredi). Une confirmation probable de la hausse des anticipations de moyen terme au-delà de la cible des 2%, ce qui est arrivé au 2ème trimestre pour la première fois depuis la création de la Zone Euro, devrait pousser la BCE à rester sur un scénario de hausse de taux malgré les risques économiques et financiers, en commençant par une première hausse cette semaine.

Anticipations d'inflation dans la Zone Euro

Sur le plan des perspectives de croissance, tous les yeux seront tournés sur le gazoduc NordStream 1 dont le redémarrage après la période de maintenance prévu pour jeudi est tout sauf certain. La Commission européenne doit d’ailleurs publier mercredi un plan de contingence en cas de non reprise des livraisons de gaz via NordStream 1. Le fait que les pays européens travaillent ensemble à gérer une possible pénurie est rassurant, car cela réduirait son coût économique (par rapport à une situation où les états joueraient les uns contre les autres), mais les pays européens ne peuvent créer le gaz qui manquerait. Notre scénario de récession limité pour la fin de l’année/début 2023 est basé sur l’hypothèse que les livraisons de gaz russe seraient plus basses qu’à l’accoutumé, ce qui maintiendrait des prix de gaz très élevés, mais pas suffisamment basses pour entraîner un rationnement. Évidemment, le risque est qu’un arrêt total (ou une très forte réduction) des livraisons russes force à des rationnements, ce qui entraînerait une récession plus rapide et nettement plus forte. Ainsi la Bundesbank estime pour l’Allemagne qu’un rationnement réduirait le PIB des près de 3%. En termes de conjoncture, la confiance des consommateurs (publiée mercredi) pourrait passer en dessous de ses niveaux du premier confinement, à un nouveau plus bas historique en raison de la crise énergétique, de l’inflation et des craintes sur la croissance. Les PMIs publiés vendredi sont attendus en forte baisse (de 52,0 à 51,0pt selon le consensus) et pourraient indiquer que l’activité va stagner dès cet été. En temps normal, ce contexte devrait pousser la BCE à être plus prudente, mais compte tenu des pressions inflationnistes nous pensons que la BCE continuera de remonter ses taux en septembre, potentiellement de plus de 25pb, tout en restant plus vague sur la vitesse des hausses de taux au-delà.

 Tensions financières dans la Zone Euro

Comme si la situation à laquelle font face toutes les banques centrales n’était pas suffisamment compliquée, la BCE doit en plus gérer le risque de fragmentation financière. Dans ce cadre, la BCE (comme nous) suivra de près la situation politique en Italie, où le risque d’élections anticipées à l’automne a fortement augmenté. Après la gauche (le Moment 5 Etoiles), ça a été au tour de la droite de retirer son soutien à la coalition dirigé par Mario Draghi ce week-end (La Ligue et Forza Italia de Berlusconi). Si la coalition ne se ressoude pas rapidement, le Président Italien n’aura d’autre choix que d’accepter la démission de Draghi et d’appeler des élections anticipées à l’Automne. Cela ne peut que renforcer les craintes sur la dette italienne. La BCE étudiera également de près l’enquête auprès des banques publiée mardi pour voir si les tensions financières, en plus de la hausse des taux d’intérêts et de la dégradation des perspectives économiques, conduisent les banques à resserrer leurs conditions de crédit, en particulier dans les pays les plus fragiles. Si les données de crédit sont restées dynamiques au T2, les banques européennes ont indiqué dans l’enquête du 2ème trimestre qu’elles commençaient à resserrer les conditions de crédit aux entreprises, et qu’elles pensaient commencer à resserrer les conditions de crédit immobilier au T3. Si les conditions financières et de financement public se resserrent bien plus fortement qu’avec des hausses de taux directeurs classiques, cela pourrait contraindre la BCE à normaliser sa politique monétaire et entraîner un ralentissement économique bien plus marqué.  C’est pourquoi l’outil anti-fragmentation promis par la BCE pour cette semaine (nommé Transmission Protection Mechanism) doit impérativement apparaître comme crédible sous peine d’un fort écartement des spreads souverains et d’une nouvelle dépréciation de l’Euro. Les dernières indiscrétions ne sont pas encourageantes, car elles suggèrent que la BCE pourrait ne pas être en mesure d’annoncer tous les détails de son plan cette semaine (sa taille, les conditions de déclenchement et les conditions pour les états aidés). Cela explique le nouvel écartement des spreads souverains depuis une semaine, qui sont à un plus haut depuis la réunion d’urgence de la BCE mi-juin.

Au total, nous pensons que la BCE relèvera son taux de dépôt de 25pb jeudi (le risque étant une hausse de 50pb mais ce risque nous apparaît limité), continuera d’annoncer une hausse de taux plus importante pour septembre (de 50pb) et restera vague sur la vitesse des hausses de taux vers le taux neutre au-delà. L’incertitude est totale sur ce que la BCE sera en mesure d’annoncer en termes d’outil anti-fragmentation jeudi. Nous espérons qu’elle arrivera à convaincre les marchés de son intervention dans le cas où le stress souverain deviendrait très important, ce qui éviterait une crise de dette à la 2011-2012, mais elle n’arrivera peut-être pas à empêcher un nouvel écartement des spreads souverains à court terme.

Au-delà de l’Europe, les dernières données américaines sont mitigées, suggérant que l’économie continue de croître à l’approche de l’été, mais qu’elle ralentit assez nettement. Les ventes au détail ont progressé un plus qu’anticipé en juin (+1%) après leur baisse de mai, indiquant que la demande de biens reste au-dessus de sa tendance pré-crise malgré l’inflation. Cela dit, les prix ont augmenté plus que les ventes en juin ce qui indique que les ventes baissent légèrement en volume pour le deuxième mois consécutif. Côté production de biens, la production industrielle a baissé de façon inattendue en juin (-0,2%) après avoir été revue à la baisse en mai (à 0,0%), ce qui suggère que la dynamique ralentit à l’approche de l’été. D’un côté, un ralentissement du secteur des biens est normal étant donné que le secteur des services se réouvre et doit prendre le relais pour tirer la croissance, mais, d’un autre côté, le ralentissement du secteur de biens pourrait être plus abrupte qu’anticipé vu que la demande (les commandes) baisse en juin d’après l’ISM, et que le niveau des stocks est élevé. Côté ménage, la confiance reste faible mais ne baisse pas davantage début juillet d’après l’enquête de l’Université du Michigan. Surtout, les anticipations d’inflation des ménages à long terme ralentissent, de 3,1% à 2,8%, un plus bas depuis mi-2021. Cela devrait rassurer la Fed après que Powell ait spécifiquement mentionné la hausse des anticipations d’inflation des ménages en juin pour justifier la hausse de 75pb du taux directeur. Cela réduit le risque d’une hausse de 100pb fu taux Fed Funds en Juillet, et renforce notre scénario pour une hausse de « seulement » 75pb.

Les ventes au détail aux USA restent élevées mais baissent graduellement en volume
Les anticipations d'inflation restent encrées aux Etats-Unis

Auteurs

  • Xavier Chapard

    Xavier Chapard compte plus de quinze ans d’expérience dans le secteur des marchés financiers, essentiellement en tant que macro-économiste et stratégiste. Ayant commencé sa carrière à la Société Générale au sein de l’Inspection Générale en 2008, il rejoint en 2010 « Les Cahiers Verts de l’Economie », société de recherche indépendante basée à Paris en qualité d’économiste-stratégiste avant d’être nommé macro-stratégiste du Crédit Agricole CIB en 2015. Xavier est diplômé de l’école Polytechnique et est également titulaire d’un master de l’ENSAE en prévision et politiques économiques.

  • La Banque Postale Asset Management

    La Banque Postale Asset Management (LBP AM) est le gérant de conviction multiexpertise, leader de l'ISR en France dont la mission est de permettre à chacun d’être acteur d’une finance durable. La Banque Postale Asset Management gère près de 50 milliards d’euros d’actifs. Combinant connaissance fine du marché français et ambition d’un développement en Europe, LBP AM s’appuie sur quatre pôles d’investissement : actions par sa filiale Tocqueville Finance, actifs réels & privés, multi-actifs et performance absolue, stratégies quantitatives. À ses clients investisseurs institutionnels, assureurs, mutuelles, grandes entreprises et distributeurs externes, LBP AM propose une offre en fonds ouverts 100 % ISR, fonds dédiés et mandats. La Banque Postale Asset Management bénéficie d’un écosystème actionnarial et partenarial solide et riche de trois univers : la banque (La Banque Postale), la protection mutualiste (Malakoff Humanis) et l’assurance (Aegon Asset Management).

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