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La somme de toutes les peurs : l’invincible Yuan décroche à son tour

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Momentum Chine | Les actualités économiques et financières

“Tout bon officier se prépare à la panique” écrivait Tom Clancy. Mais à quelle panique se préparer ? Inflation record, fin du soutien des banques centrales, guerre, menace nucléaire, craintes d’une récession imminente, retour d’un grand confinement en Chine… Les investisseurs sont aujourd’hui en proie à “la somme de toutes les peurs” : chaque mois depuis le début d’année apporte un nouveau scénario noir à la feuille de route que tentent de dessiner les allocataires d’actifs : leur sentiment est déprimé et leur pessimisme excède les niveaux de mars 2020.

Au pronostic d’une année de croissance historiquement élevée et synchrone sur le globe succèdent l’incertitude, les révisions à la baisse et les premiers signes d’une dislocation des perspectives macroéconomiques entre les régions. Le découplage du secteur bancaire de la remontée des taux d’intérêt montre que la peur de la fin du cycle (le cout du risque et le taux de défaut des emprunteurs remonteraient alors fortement en cas de récession) l’emporte sur la bonne tenue de la banque de détail. Le pétrole oscille tantôt entre la peur d’un écroulement de la demande au fur et à mesure que la Chine persiste dans l’intransigeance de sa politique zéro Covid et l’euphorie spéculative qui succède au rançonnage russe.

Le retentissement des écarts entre les géographies (croissance, taux) est particulièrement percutant sur les devises de plus en plus volatiles (après une année de mer d’huile en 2021) avec une constante observable : les plus importantes d’entre elles (euro, yen, yuan) s’inclinent face au dollar.

Aux yeux des investisseurs étrangers, l’euro, adossé à une union politique et monétaire à géométrie variable, difficile à visualiser sur le long terme, est affaibli par la menace d’asphyxie qui pèse sur le poumon industriel du continent. Déterminée à graduellement cesser d’acheter des énergies fossiles à la Russie, l’Allemagne craint une récession économique de 5% du PIB en cas d’extension de l’embargo au gaz russe.
La croissance du continent sera finalement inférieure à celles des Etats-Unis, quand les pronostics de début d’année nous enthousiasmaient du contraire. La BCE qui anticipait encore il y a un an une inflation à 1,3% (contre 7,4% en mars dernier) ne montre pas la même détermination que la FED à combattre le glissement des prix.
Résultat, le continent souffre d’un différentiel de croissance et de taux d’intérêt par rapport au dollar au point que la devise unique, première variable d’ajustement du marché, se négocie à un plus bas de 20 ans, à 1,054$.
Le cas européen n’est pas isolé. Principal importateur de GNL au monde, le Japon qui partage le problème énergétique de l’Europe affiche un différentiel de taux avec ses partenaires tel que sa devise baisse non seulement face au dollar mais aussi à l’Euro. Pour ces deux économies importatrices nettes de matières premières, la baisse des devises domestiques renchérit le cout de l’énergie et accroît la volatilité des anticipations d’inflation, perturbant les prévisions de croissance.

Au cours du premier trimestre, le yuan et les obligations souveraines chinoises étaient restés immuns aux vicissitudes du marché actions local, jouant parfaitement leur rôle d’actif refuge au plus dur de la crise géopolitique. Cependant, à l’instar du yen et de l’euro, le renminbi est à présent attaqué. La fin d’un cycle de renchérissement de la devise chinoise, long de deux ans, se profile. Le repli des capitaux étrangers hors du pays appuie sur sa devise. Avec 14% de son PIB concerné par des restrictions sanitaires, l’activité manufacturière ralentit. La contraction de la balance courante par l’effet d’une baisse des exportations étiole les paiements en yuan. Les craintes de ralentissement en Europe, client privilégié de la Chine aggravent ce risque. Surtout, le ralentissement économique du pays semble déjà conduire la banque centrale chinoise à intervenir, à contrepied de ses homologues internationales et notamment de la FED. Pour la première fois depuis 2010 : les taux réels servis par les obligations souveraines américaines sont supérieurs à ceux des obligations chinoises. Résistant jusqu’alors aux turpitudes des marchés obligataires occidentaux, les obligations souveraines chinoises ont finalement fini par céder.

L’achat de dollars est donc aujourd’hui le positionnement le plus consensuel. Profitant de cette somme de toutes les peurs du marché, le billet vert résiste au repli des gagnants de début d’année, à savoir les matières premières ou leurs dérivés (le marché actions brésilien qui avait le mieux tenu au premier trimestre 2022, tiré par Vale et sa forte composition pétrolière enchaine 7 séances de baisse, du jamais vu depuis le procès de Dilma Rousseff en 2016). Après seulement 25 points de base de hausse de ses taux par la FED, le marché intègre désormais au moins 6 incréments supplémentaires d’ici à fin 2022 !

Reste-t-il seulement de la place à la FED pour être plus hawkish que prévu ? Rien n’est moins sûr… Auquel cas, le niveau de taux courts actuels en dollars offre peut-être une occasion historique aux investisseurs de reconstituer une allocation 60/40 particulièrement malmenée depuis le début d’année…

Texte achevé de rédiger le 28 avril 2022 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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