L’arbre américain plie mais ne rompt pas (encore)

Le marché ne sait plus où donner de la tête, alternant, au gré des chiffres économiques, entre « hard landing », « soft landing[1] » voire « no landing ». Ainsi, alors que l’économie américaine s’était montrée étonnamment résiliente (notamment eu égard au resserrement monétaire), les données macroéconomiques publiées outre-Atlantique en début de semaine dernière ont ravivé les craintes de récession aux États-Unis.

Au niveau de l’activité manufacturière, les enquêtes S&P Global et ISM[3], bien que différentes, indiquent un secteur industriel américain en contraction. La baisse de l’activité, notamment à l’export, impacte négativement les carnets de commandes. Cela permet néanmoins de raccourcir les délais de livraison et d’améliorer les chaînes d’approvisionnement, ce qui, in fine, réduit les pressions inflationnistes. L’ISM des services pour le mois de mars a également fortement surpris à la baisse (51.2 contre 54.4 attendu et 55.1 le mois précédent), impacté par la chute des nouvelles commandes.

L’indicateur reste néanmoins au-dessus de la barre des 50, qui correspond à une zone d’expansion. Ce ralentissement a été confirmé par la publication des JOLTS[2] (nombre de postes non pourvus) sous les attentes et qui repassent, pour la première fois depuis mai 2021, sous la barre des 10 millions. Si la baisse de la demande réduit les pressions sur le marché du travail, le nombre de postes à pourvoir reste malgré tout encore significatif et montre que les entreprises sont encore en sous-effectif. Par ailleurs, le détail des chiffres publié par le BLS indique des embauches encore dynamiques tandis que les licenciements restent contenus (1% des effectifs). Alors que ces éléments avaient plutôt eu tendance à peser sur les marchés financiers, les cartes ont été rebattues vendredi avec la publication du rapport sur l’emploi pour le mois de mars. Si les chiffres confirment une baisse des tensions sur le marché du travail américain, ce dernier reste encore trop dynamique pour valider le scénario d’une récession. Après le pic du début d’année, les créations d’emplois se sont normalisées en mars à 236k.

C’est néanmoins suffisant pour afficher un taux de chômage en légère baisse de 10 bps à 3.5%, et ce, malgré la hausse du taux de participation. Les pressions salariales sont également en cours de normalisation avec une hausse mensuelle de 0.3%, ce qui porte la progression annuelle à 4.2%, contre un pic de 5.9% en mars 2022. Au final, si ces chiffres tendent à confirmer que l’étau est en train de se desserrer sur le marché de l’emploi américain, ils restent encore supérieurs à la dynamique de long terme et au-delà des objectifs de la Fed, ce qui devrait donc la pousser à opérer un nouveau tour de vis lors de sa prochaine réunion en mai si elle ne veut pas prendre le risque de voir perdurer des effets de second tour qui alimenteraient par la suite l’inflation.

Si les éternels pessimistes oscillent entre les scénarios catastrophes d’une inflation incontrôlable ou d’un atterrissage trop brutal de l’économie, les plus optimistes verront dans le dernier rapport sur l’emploi le chemin vers un atterrissage plus « soft » de l’économie américaine. Premiers éléments de réponse demain avec les chiffres d’inflation.

Termes et définitions
1. soft landing. Le terme “soft landing” fait référence à un scénario économique dans lequel une économie en croissance ralentit suffisamment…
2. JOLTS ( JOLTS ) L'enquête JOLTS collecte des données sur les offres d'emploi, les embauches, les démissions, les licenciements et d'autres séparations (comme les retraites).
3. ISM ( ISM ) L’indice ISM, également connu sous le nom de rapport sur l’activité manufacturière de l’Institute for Supply Management (ISM),…
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