Chine | Les actualités économiques et financières

L’Asie en 2022 a encore été largement affectée par les effets de la pandémie et la gestion politique de celle-ci

Au Japon, la réouverture de l’économie a été très progressive en 2022, et les frontières n’ont été définitivement ouvertes qu’à l’été. Cela explique sans aucun doute un profil de reprise de la croissance bien plus modéré que dans la plupart des grandes économies. Le retour des touristes est un élément de soutien, même si l’absence des touristes chinois ne permet toujours pas le retour à la situation de 2019. La faible dynamique observée en Chine est aussi un élément négatif pour l’industrie japonaise, qui a particulièrement souffert au premier semestre de retards dans les chaines d’approvisionnement, affectant notamment le secteur automobile. Les tensions inflationnistes ont été plus lentes à se matérialiser au Japon, restant sur tout le début de l’année très concentrées dans l’énergie et plus généralement les matières premières, puis l’alimentation. Le maintien d’une politique monétaire ultra accommodante avec un contrôle de la courbe des taux alors que les États-Unis et l’Europe relevaient agressivement leurs taux directeurs s’est traduit par un effondrement du yen, atteignant 150 contre dollar, justifiant une intervention de la BoJ sur le marché des changes. L’affaiblissement du yen est venu renchérir le coût des biens manufacturés et accroitre la pression de l’inflation sur le pouvoir d’achat des ménages depuis l’automne, entrainant une baisse de leur confiance et une modération de leur consommation. En revanche, les entreprises semblent jusque-là maintenir leurs programmes de dépenses en investissement, ce qui est un élément favorable pour la croissance de long terme. 2023 pourrait être l’année au Japon d’une certaine normalisation monétaire, même si cette dernière devrait être très limitée, compte tenu de la contrainte pour la BoJ exercée par une dette publique très importante.

La Chine a vécu une année 2022 extrêmement difficile, entre une lutte « quoi qu’il en coûte » contre la pandémie, l’éclatement de la bulle immobilière et une situation diplomatique schizophrénique (avec à la fois la sauvegarde d’une place de leader mondial et « l’amitié » avec la Russie). La politique du 0 covid a empêché toute reprise efficace de l’activité, entravant la production industrielle, la consommation des ménages et contribuant à l’augmentation du chômage, en particulier des jeunes (18 % de la population active). Face au ralentissement sans précédent de la croissance, les autorités ont multiplié les mesures de relance en s’appuyant sur un assouplissement monétaire et des dépenses publiques, afin notamment de relancer l’investissement en infrastructures, mais cela n’a pas permis pas de compenser la chute de la consommation et de l’immobilier et le ralentissement des exportations. La faiblesse des infrastructures sanitaires, le peu d’efficacité des vaccins nationaux, et la faible couverture vaccinale des plus fragiles ont été autant de raisons pour les autorités de maintenir une politique de contrôle particulièrement stricte. Mais le coût social, notamment chez les jeunes et l’effondrement de l’économie ont poussé les autorités à lever début décembre les mesures les plus contraignantes, alors même que le Président Xi, reconduit pour 5 ans à la tête du Parti à l’issue du XXème Congrès du PCC en avait fait une fierté nationale. A court terme, cet assouplissement tardif des restrictions sanitaires ne devrait pas permettre de relancer la consommation… à cause d’une recrudescence des contaminations. La croissance du PIB pour 2022 est attendue inférieure à 3 %, ce qui sera un plus bas historique, exception faite de 2020 (+2,2 %). Le rebond de 2023 devra s’appuyer sur des politiques économiques particulièrement accommodantes, et sur une stabilisation dans l’immobilier. Un soutien à l’emploi et au revenu des ménages serait une solution afin de relancer la demande domestique alors même que l’affaiblissement de la demande mondiale ne permettra pas à la Chine de s’appuyer sur sa dynamique exportatrice traditionnelle. Les incertitudes quant aux prochains arbitrages idéologiques du Parti et de son secrétaire général devront aussi être prises en compte par les investisseurs.

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