Pays émergents : Indonésie | La veille économique et financière

L’Asie ressort plus solide que jamais dans un monde post-pandémique

Ce n’est un secret pour personne : dans l’ensemble, l’Asie a bien mieux géré la pandémie de coronavirus que la plupart des pays occidentaux. Grâce à des perturbations bien moindres, l’importance relative de l’Asie, déjà croissante, dans l’économie mondiale a donc encore augmenté.

Le grand virage vers l’est

Au-delà de l’impact ponctuel de la pandémie, il existe des facteurs sous-jacents plus puissants de la contribution économique croissante de l’Asie et du « grand virage vers l’Est ». Certains de ces facteurs, comme l’importance des populations dont les revenus augmentent rapidement, favorisées par l’urbanisation, etc. Toutefois, nous pensons que certains aspects émergents sont peut-être moins bien perçus.

Une intégration régionale croissante

Tout d’abord, l’intégration régionale en plein essor de l’Asie est un moteur important du « grand virage vers l’Est ». Ce phénomène était déjà manifeste dans une foule d’indicateurs. Par exemple, 60 % des biens échangés par les économies asiatiques le sont au sein de la région.1, 59 % des investissements directs étrangers (IDE) sont intrarégionaux, tout comme 74 % des voyages en Asie.2. Toutefois, cette tendance sera renforcée au cours de la prochaine décennie par l’initiative chinoise « Belt & Road » (« BRI », Nouvelle route de la soie). D’un coût estimé à mille milliards de dollars, il s’agit probablement du projet d’infrastructure le plus ambitieux jamais conçu. Il ne manquera pas de stimuler davantage la croissance et l’intégration régionales en Asie. Si l’ampleur du projet peut donnée lieu à des discussions, nous faisons partie de ceux qui sont relativement optimistes quant au potentiel de transformation de la BRI.

Exposition aux technologies

Deuxièmement, l’exposition croissante de l’Asie au secteur de la technologie constitue un autre accélérateur de croissance régionale et un autre moteur du « grand virage vers l’Est ». Il suffit de regarder les étiquettes des nombreux gadgets électroniques et smartphones d’aujourd’hui pour s’en rendre compte. Cependant, nous pensons que la progression de l’Asie en termes de valeur ajoutée technologique globale est moins bien appréhendée. En témoigne la forte exposition de pays comme la Corée du Sud et Taïwan aux thèmes technologiques émergents tels que la 5G, « l’Internet des objets » et l’automatisation. L’investissement croissant de l’Asie dans la recherche et le développement est un facteur essentiel à cet égard. Par exemple, l’Asie a capté 87 % de la croissance mondiale des dépôts de brevets au cours de la dernière décennie.3.

Un rôle de premier plan dans la lutte contre le changement climatique

Troisièmement, il ne semble pas exagéré de dire que la lutte contre le changement climatique est aujourd’hui l’objectif politique mondial commun à long terme le plus urgent. À cet égard, les pays asiatiques sont largement reconnus comme étant parmi les plus grands contributeurs aux émissions de C02 au cours des dernières décennies. Toutefois, le rôle dominant de l’Asie, avec la Chine en tête, pour inverser les dommages causés est moins bien perçu. En effet, la Chine est désormais le leader mondial de la production d’énergie renouvelable. Du point de vue de la croissance et de l’investissement, la poussée mondiale vers l’écologie représente également une énorme opportunité – en tant que premier producteur et exportateur mondial de panneaux solaires et de batteries pour véhicules électriques, c’est encore la Chine qui est en tête.

« …Les pays asiatiques sont largement reconnus comme étant parmi les plus grands contributeurs aux émissions de C02 au cours des dernières décennies. Toutefois, le rôle dominant de l’Asie, avec la Chine en tête, pour inverser les dommages causés est moins bien perçu. »

Pour l’Inde, la signature de l’Accord de Paris en 2015 a constitué une sorte de point d’inflexion dans sa volonté d’obtenir des résultats plus durables. Sa capacité actuelle d’énergie renouvelable, y compris l’hydroélectricité, est de 118 GW, soit la cinquième plus élevée au monde. Cependant, le gouvernement a pour objectif de plus que quadrupler cette capacité pour atteindre 500 GW d’ici 2030. Ce type d’engagement entraîne une multiplication rapide des opportunités. À titre d’exemple, ReNew Power, l’une des principales « licornes » indiennes, a levé 1 milliard de dollars de fonds rien qu’en 2019 pour ses activités éoliennes et solaires.

Les perspectives pour le marché des capitaux

Enfin, dans une perspective d’investissement, il faut tenir compte de l’expansion croissante des marchés de capitaux asiatiques. Sur le front des obligations souveraines, la part des émetteurs asiatiques (à l’exclusion du Japon) dans l’indice FTSE World Government Bond (WGBI) au début de 2021 était de seulement 3 %.4. Ce chiffre est bien inférieur à la part de 27 % du PIB mondial des pays asiatiques (à l’exclusion du Japon).5. L’une des principales raisons de cette inadéquation est la politique historique de limitation des capitaux extérieurs de certains marchés asiatiques clés. Par exemple, les investisseurs étrangers ne détiennent que 2 à 3 % du marché obligataire global de 14 000 milliards de dollars de la Chine.6 et environ 3 % de sa bourse de 12 milliards de dollars.7. Dans le cas de l’Inde aussi, les investisseurs étrangers ne détiennent que 2 % de son marché obligataire de 1,8 milliards de dollars.8.

La route à suivre

Toutefois, le point essentiel concernant les marchés des capitaux est que de nombreux pays asiatiques émergents, notamment la Chine et l’Inde, sont désormais sur la voie de la libéralisation. Cela se traduit par une augmentation constante de leur part dans les principaux indices mondiaux d’actions et d’obligations. Au cours des prochaines années, cette évolution favorisera une augmentation significative des flux de capitaux vers l’Asie, plus conforme à l’empreinte économique croissante de la région. En 2020, la stabilité relative de l’économie régionale dans un contexte mondial très difficile s’est également reflétée dans la surperformance des obligations d’État asiatiques et des devises locales. L’amélioration de l’accès devrait donc favoriser la diversification des portefeuilles et offrir davantage de possibilités de capitaliser sur certains des thèmes mondiaux les plus importants du moment.

Cet article est initialement paru dans IFA Magazine le 23 mars 2021.

United Nations Conference on Trade & Development, Nikkei Asia, January 2021

https://www.mckinsey.com/featured-insights/asia-pacific/the-future-of-asia-asian-flows-and-networks-are-defining-the-next-phase-of-globalization#

McKinsey Global Institute, 2018

https://www.yieldbook.com/x/ixFactSheet/factsheet_monthly_wgbi.pdf

https://www.weforum.org/agenda/2019/09/fifteen-countries-represent-three-quarters-total-gdp/

https://www.ft.com/content/f1aea1cd-b213-44e5-a515-0e80409b6b61

https://asia.nikkei.com/Business/Markets/China-s-stock-market-rally-gets-extra-push-from-foreign-investors

https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-12-17/global-investors-are-dumping-indian-bonds-like-never-before

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