Le billet Monocle : Amazon 1 – Facebook 0

A la fin de cette saison de résultats, Facebook est sortie sur une civière (-25%), Amazon sous les hourras (+15%).

En valo, ça donne maintenant $600 Mds pour Facebook contre $1640 Mds pour Amazon. Près de trois fois plus : on ne peut même plus les faire boxer dans la même catégorie !
 
Pourtant, voici le CV de chacun de nos champions :
 
Amazon:
– Croissance des ventes (4ie trimestre) : + 11%
– Résultat opérationnel : $3.5 Mds
– Retour à l’actionnaire (2021) : $0
– Dette et engagement hors bilan : $310 Mds (Dette $50 Mds et engagement hors-bilan $260 Mds)
 
Facebook :
– Croissance des ventes (4ie trimestre) : + 21%
– Résultat opérationnel : $12.6 Mds
– Retour à l’actionnaire (2021) : $44 Mds (rachat d’actions)
– Dette et engagement hors bilan : $20 Mds (engagement hors-bilan seulement – pas de dette)
 
Donc Facebook croît deux fois plus vite, gagne quatre fois plus d’argent et n’a pas de dette. Il s’est peut être mis le doigt dans l’oeil, le marché, avec ces valos…
 
Surtout que, en y regardant de plus près, ils sont assez perturbants ces résultats d’Amazon.

Amazon a trois segments: le e-commerce US, le e-commerce international et AWS (le cloud). Voilà ce que ça donne pour le quatrième trimestre 2021 :
1/ e-commerce US : ventes +9% ; résultat : perte de $200M
2/ e-commerce international : ventes -1% ; résultat : perte de $1.600M
3/ AWS : ventes +40% ; résultats : gain de $5.300M 

Donc, comme au trimestre précédent, l’activité pour laquelle Amazon est connue – celle qui consiste à vous livrer en 12 minutes la brosse à dents que vous avez commandée en parlant à Alexa – perd de l’argent. Et ça fait pas loin de vingt ans que ça dure. Même avec une pandémie mondiale (Jeff Bezos avait du en rêver : tous ces magasins avec le rideau baissé…), toujours des pertes. Bon.

Ce qui est plus ennuyeux, c’est cette baisse des ventes à l’international.  Il y a un an, Amazon avait vendu pour $37,467 M de brosses à dents et soutien-gorges à l’international. Et bien cette année, malgré le Black Friday, le Cyber Friday et tutti quanti,  ils n’ont réalisé que $37,272M sur ce même segment ce trimestre. Est-ce que c’est important ? Oui, chez Amazon c’est important car ils ont toujours expliqué que la métrique à suivre chez eux c’était le cash flow opérationnel. Qui jusque là ne faisait que monter – tant qu’il y a de la croissance – puisque que quand vous payez la brosse à dents maintenant, eux payent le fournisseur dans deux mois . Mais là, avec la croissance qui s’évapore, ce n’est pas le cas : “notre cash flow opérationnel est en baisse de 30% par rapport à 2020“. Pas bon.
 
Vous me direz, “oui mais Charles, regarde, AWS ! +40% et ça gagne $5 milliards sur un trimestre“. Je suis bien d’accord. Impressionnant cette croissance d’AWS. Avec une telle croissance ces serveurs doivent tourner à fond et être donc chauds comme des baraques à frites. Mais alors dans ce cas, ce qui m’étonne, c’est de trouver cette phrase dans le communiqué :  “au 1er janvier nous ferons passer la durée de vie de nos serveurs de 4 à 5 ans. Ce changement comptable aura un impact positif de $1 Mds sur notre résultat opérationnel au 1er trimestre“. Comme la prévision de résultat opérationnel pour ce 1er trimestre 2022 est de $4 Mds, le milliard rajouté par ce léger changement n’est pas une paille.  Et je suis d’autant plus étonné car Amazon a déjà fait le coup il y a trois ans, en passant la durée de 3 à 4 ans. Donc AWS, plus le business crache des flammes, moins les serveurs s’usent.  Ca me laisse perplexe…

Bon et si vous pensiez que le PDG allait répondre à des questions pointues sur ce sujet pendant le call, comment vous dire… non. Par ce qu’en fait, il n’était pas là le PDG – il n’est jamais là d’ailleurs – il n’y avait que le directeur financier. Mais ce n’est pas grave car aucun analyste n’a posé la question.
 
Ceci étant dit, pour le prochain trimestre, Amazon  annonce une croissance d’environ 5%. C’est moins que l’inflation. Même avec des règles comptables aussi élastiques, ca va être amusant cette année 2022. 
 
 Bonne semaine,
Charles

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