Le billet Monocle : Le Sucre

“Mais tu en connais encore des acheteurs aujourd’hui, des encore plus cons que toi?” (Gérard Depardieu, Le Sucre, 1978)

C’est en ces termes que le vicomte Raoul-Renaud d’Homécourt, un courtier sans scrupules (joué par Gérard Depardieu) s’adresse à Adrien Courtois (joué par Jean Carmet) lorsque l’autre lui annonce qu’il a des positions pour plus de 600 tonnes de sucre lors de la grande folie boursière de 1974 dans l’un des dialogues les plus cyniques des films réalisés sur la spéculation. 

Pour la petite histoire, entre 1974 et 1975 les prix du sucre coté sur la bourse de Paris sont multipliés par huit avant d’être divisés par cinq du fait d’un engouement sans précédent de la part des boursicoteurs (ce qui incitera d’ailleurs Jacques Rouffio à en faire un film). 

Ce qui est étonnant c’est qu’entre 1974 et 2023 les choses n’ont pas tellement évoluées sur les marchés : on y retrouve toujours autant d’inepties. 

Savez-vous par exemple qu’entre 2019 et 2023 le prix des oeufs (des oeufs, oui vous avez bien lu) a été multiplié par trois (cf image ci dessous)! Ou encore que les prix du gaz ont été multipliés PUIS divisés par six en moins d’un an. Un constat similaire peut être fait sur les actions : sur la seule période de 2020 à 2023, un fonds comme celui de Cathie Wood (Ark Invest) a vu sa valorisation être multipliée par trois avant d’être divisée par cinq. Bref vous l’aurez compris : le juste mot est VOLATIL. 

Volatil car l’abondance d’argent gratuit par les banques centrales a totalement dissocié les valorisations des actifs de quelconques métriques fondamentales et que leur manque de crédibilité concernant la lutte contre l’inflation n’arrange en rien les épisodes spasmodiques des marchés financiers (2022 a été un bon exemple en la matière et l’année 2023 a l’air de débuter sous les mêmes augures). 

Sur ces sujets, l’excellent article de Raghuram Rajan (ancien président de la Bank of India) dans le Financial Times nous éclaire : les banques centrales ont un vrai problème de crédibilité et il va falloir qu’elles le règlent (ce que le marché a l’air très réticent à accepter) si l’on souhaite sortir de l’ornière dans laquelle nous sommes en ce qui concerne la hausse des prix. La résilience des marchés de l’emploi que ce soit en Europe (6.5% de chômage, un plus bas sur la dernière trentaine d’années) et aux US (3.5% de chômage un record) pose toujours un vrai problème vis à vis de ce que souhaitent nos banquiers centraux : à savoir une baisse de la consommation. Larry Summers qui est particulièrement expérimenté sur ce sujet le mentionne avec vigueur. 

Quoiqu’il en soit, notre philosophie n’est pas de faire de grands paris sur ces discussions, mais l’état du monde  tel qu’il est aujourd’hui nous plait bien mieux lorsque nous le regardons par le prisme des marchés financiers (très divergents dans leur manière de traiter les sociétés et les classes d’actifs) : les gérants qui prennent des positions vont enfin pouvoir reprendre du poil de la bête vis à vis de la gestion indicielle et créer une véritable valeur ajoutée pour leurs investisseurs.

Nous entendons bien être dans ce train. 

Total
0
Shares
Prev
L’Asie en 2022 a encore été largement affectée par les effets de la pandémie et la gestion politique de celle-ci
Next
Analyses techniques avec Ichimoku sur Indices, Forex et commodities