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Le choc énergétique s’intensifie en Europe

La bataille énergétique semble prendre une nouvelle dimension, et  s’approcher des pires craintes qu’on pouvait avoir sur l’approvisionnement en énergie de l’Europe. En effet, alors que vendredi, un accord semble avoir été obtenu entre les ministres des finances du G7 pour limiter le prix auquel la Russie pourrait vendre son pétrole, les autorités russes ont répondu en annonçant que les flux de gaz par le gazoduc Nordstream 1, qui devaient reprendre samedi, resteraient fermés pour maintenance. Si cette situation perdure, l’Europe perd donc une de ces principales sources d’approvisionnement en gaz.

  • En même temps, étant donné que les niveaux des stocks de gaz dans la plupart des pays européens ont atteint les objectifs voulus (autour de 80%), il n’y a pas de risque de pénurie à très court terme. Mais, les six mois qui viennent, avec notamment l’entrée dans l’hiver, seront difficiles à gérer. Le risque de rationnements ne peut être exclu, même si les efforts se multiplient pour organiser une baisse ordonnée de la consommation dans les mois à venir pour éviter des mesures plus drastiques.
  • Outre les contraintes sur les quantités, il y a aussi l’impact sur les prix. Le plus probable est que les prix du gaz, et sûrement de l’électricité, resteront élevés, le choc sur le pouvoir d’achat des ménages et les factures des entreprises devrait continuer à croître. En ce sens, il est probable que les gouvernements vont continuer de tenter d’atténuer l’impact de ces hausses avec des aides.
  • Déjà, près de 2% du PIB de la zone est consacré à soutenir les ménages. Le gouvernement allemand vient de décider d’un nouveau programme de 65 milliards d’euros d’aides. En partie ce dispositif serait financé par des taxes sur les « surprofits » des entreprises du secteur énergétique. Evidemment, toutes les entreprises de la filière ne sont pas gagnantes et certaines sont même en grande difficulté, du fait du manque de matière première pour fonctionner. L’Allemagne, encore, a déjà sauvé Uniper qui subit le choc du manque d’approvisionnement en gaz russe. La Suède vient d’annoncer aussi des aides pour soutenir les entreprises touchées. Ces interventions visent aussi à éviter que la crise puisse devenir une crise financière, avec des défauts de payement en chaîne.
  • Nous nous trouvons donc dans un scénario bien plus difficile que celui déjà troublé que nous envisagions. Il nous faudra évaluer avec plus de précision la capacité de résistance de l’Europe dans les mois à venir. Néanmoins, avec une dynamique de croissance déjà en décélération, une contraction de l’activité semble assez inévitable dans les mois qui viennent, même si son ampleur reste plus difficile à quantifier.
  • Il est évident que ce nouveau contexte va compliquer davantage la politique de la BCE. Alors que certaines pressions inflationnistes vont s’atténuer par le ralentissement de l’activité, les aides gouvernementales vont soutenir la demande et maintenir des tensions sur les prix, d’autant plus au vu de la robustesse du marché de l’emploi et des hausses des salaires. Aussi, la dynamique de l’inflation risque de ne pas être aidée par le probable affaiblissement de l’euro dû à cette crise. Plus de prudence dans le resserrement monétaire risque de marquer les décisions que prendra la BCE dans les tous prochains mois.
  • Evidemment, ce contexte pousse aussi à la prudence sur les actifs risqués. Sans plus de visibilité sur la gestion de la crise, on peut s’attendre à une grande nervosité sur les marchés.
  • Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie continue de peser sur l’activité en Europe, en Chine la difficulté de se débarrasser du Covid et la politique de tolérance zéro qui lui est associée reste un frein pour un rebond de l’économie. En effet, la persistance de nouveaux cas, résulte encore dans des confinements sévères et paralyse l’activité. C’est le cas dans le Sichuan en ce moment, avec le confinement de plusieurs quartiers de la mégapole de Chengdu. Difficile dans ces conditions de voir un réveil marqué de l’économie chinoise à courte échéance.
  • Aux Etats-Unis, les chiffres de l’emploi ont de nouveau montré que malgré le ralentissement de l’activité, les créations d’emplois restent importantes. Ainsi, en août, plus de 300 mille nouveaux postes de travail ont été créés. En même temps, le taux de chômage a légèrement augmenté à 3,7%, en partie du fait de l’accroissement du taux de participation de la population active. Au total, ces chiffres ne devraient pas changer les intentions de la Fed et prônent le maintien de la stratégie de resserrement rapide.
  • Les chiffres d’activité dans les services qui seront publiés aujourd’hui seront importants pour mieux comprendre la dynamique sous-jacente de l’économie et le comportement des entreprises dans cette phase de ralentissement.
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L’Espresso des marchés du 08 septembre 2022
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