Tennis | Les actualités économiques et financières

Le coup parfait ?

Peu à peu, la France retrouve ses habitudes. Les évènements culturels ou sportifs reprennent sans restriction sanitaires pour la première fois depuis deux ans. Tel le patient sorti d’une convalescence esseulée, il faut parfois au corps social réapprendre, non sans heurts, à vivre de nouveau ensemble, refaire l’expérience du contact à l’autre sans les ambages de la distanciation sociale organisée par l’Etat…

A Roland Garros mieux qu’ailleurs, totalement libérés du carcan sanitaire, athlètes et spectateurs ont pu redécouvrir l’authenticité originelle des moments de communion sportive qu’ils chérissent tant. Les grands joueurs de tennis ont d’ailleurs toujours inspiré les investisseurs. Ils se reconnaissent dans cet affrontement tant physique qu’intellectuel, qui requiert une instantanéité dans la prise de décision solitaire et dont les normes bannissent tout contact physique direct entre les joueurs jusqu’à l’issue du match. Autrefois joueuse professionnelle de tennis, Isabelle Queval, docteur en sciences de l’éducation voyait dans cet isolement du tennisman sur le terrain une invitation à la pensée de Nietzsche, “une expérience de soi, de ses puissances et de ses faiblesses” entre solitude et volonté de puissance, au cours de laquelle le joueur s’affronte lui-même autant qu’il défie son adversaire…

Sur les marchés, depuis qu’ils négocient par voie électronique, les investisseurs font aussi l’expérience de ce duel sans lien direct entre eux. Lorsque le prix d’un actif est coté sur une place financière, il s’agit de la dernière transaction conclue. Si elle a lieu, c’est parce qu’il y a duel, contradiction d’opinion : c’est parce qu’à ce moment précis, l’acheteur autant que le vendeur sont tous les deux convaincus d’avoir raison au détriment de l’autre que la transaction est possible.

A l’approche du second semestre, le point de divergence le plus marquant s’observe probablement entre le fort mouvement de défiance sur les marchés actions et l’étonnante stabilité des attentes de croissance bénéficiaire pour l’année.

Depuis presque deux ans, la force du rebond de l’économie a propulsé la croissance des profits à un niveau record. Et pourtant, alors que les marchés se préparent désormais à l’imminence d’une récession économique, les analystes financiers qui ensemble constituent le consensus visible de la croissance des bénéfices des sociétés cotées n’ont pratiquement pas révisé à la baisse leurs attentes pour l’année…

Cela peut signifier deux choses : soit le consensus a pris du retard par rapport aux investisseurs, qui, au travers de leurs duels transactionnels, font les prix… Soit, eu égard aux éléments matériels dont ils disposent (résultats d’entreprises, guidances de sociétés, modélisation), les analystes ne voient pas de quoi valider l’hypothèse d’un scénario de récession des profits.

Les dirigeants d’entreprises les plus emblématiques se montrent pourtant eux-mêmes plus prudents. Après Jamie Dimon (JP Morgan) qui prend le contrepied de ses stratégistes, c’est au tour d’Elon Musk d’annoncer un gel des recrutements chez Tesla en raison de perspectives économiques inquiétantes.
Le durcissement des conditions financières commence en effet à se faire sentir du côté des sociétés technologiques les moins profitables : il devient plus dangereux de surenchérir sur les salaires mirobolants des programmeurs de la silicon valley, à qui l’Etat de Californie doit une bonne partie de l’explosion des prix immobiliers de la baie de San Francisco…

Peu à peu, les premiers éléments du puzzle de la contraction économique voulue par la FED se mettent en place. Si l’OPEP peut contribuer à ralentir la hausse du pétrole en augmentant ses quotas, les espoirs d’un atterrissage en douceur ne sont pas totalement perdus…Pour les investisseurs européens, l’attention se tournera cette semaine vers la BCE, l’une des rares banques centrales à ne pas encore être intervenue sur ses taux directeurs. En proie à ses propres turpitudes en matière d’approvisionnement en énergie, l’Europe reste plus vulnérable au risque de hard landing.

Selon Heinz Wismann, « le coup parfait au tennis, c’est celui qui parvient lors du point d’impact de la raquette avec la balle à annuler ensemble la préparation du geste et la conséquence du coup que l’on exécute ». Dans l’esprit du philosophe allemand, passionné du tennis, « c’est une préparation si parfaite que la balle partirait avec la même violence quand bien même vous lâcheriez la raquette au moment de l’impact. Tout joueur aguerri connaît le sentiment de bonheur que procure un tel coup. On est comme touché par la grâce ». Si le championnat de Roland Garros nous montre que chaque année, la perfection est à la portée de l’homme, les marchés eux, depuis deux ans, nous ont malheureusement appris que le portefeuille idéal n’existait pas…

Texte achevé de rédiger le 3 juin 2022 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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