Selon Alejandro Arevalo et Sabrina Jacobs de Pictet AM, les conditions économiques dans les marchés émergents (ME) n’ont jamais été aussi favorables, avec une croissance prévue du PIB de 4% et une inflation en baisse. La stabilité du crédit des entreprises des marchés émergents se reflète dans une faible augmentation des spreads par rapport aux bons du Trésor américain, offrant ainsi des rendements intéressants pour un risque relativement faible. L’allocation accrue aux obligations d’entreprises des ME est soutenue par des perspectives économiques solides, notamment en Amérique latine et en Chine, où la politique monétaire est favorable. Ces conditions devraient encourager des flux entrants dans cette classe d’actifs sous-détenue, bien que des risques demeurent en raison des tensions commerciales mondiales.
Qu’il s’agisse des perspectives de croissance économique ou des fondamentaux des entreprises, les conditions dans les marchés émergents (ME) semblent de plus en plus favorables. En effet, les perspectives n’ont sans doute jamais été autant positives au cours de cette dernière décennie – une période dominée par l’exceptionnalisme américain, un afflux constant de capitaux vers les États-Unis et le dollar et le renforcement du dollar qui en résulte.
Nos économistes tablent sur une croissance du PIB des marchés émergents de 4% cette année et dans les années à venir, avec un écart de croissance par rapport aux États-Unis s’élargissant à 2,8 points de pourcentage (pp), contre seulement 1,5 point de pourcentage en 2024.
L’inflation, quant à elle, baisse de manière constante dans les pays en développement, ouvrant la voie à de nouvelles baisses des taux d’intérêt.
Si l’on ajoute à cela les anticipations d’un dollar plus faible, miné par les droits de douane américains, il n’est pas surprenant qu’une allocation accrue aux obligations d’entreprises des marchés émergents soit l’une des recommandations de notre Secular Outlook 2025.
L’opportunité ne doit pas nécessairement s’accompagner d’un risque accru. Par exemple, grâce à la demande croissante des investisseurs locaux due à l’augmentation des réserves d’épargne locales, le crédit aux entreprises des marchés émergents est resté relativement stable suite aux turbulences du marché provoquées par la Jour de la libération. Les spreads par rapport aux bons du Trésor américain n’ont progressé que de 55 points de base au cours de la première semaine d’avril, contre 120 points de base pour le haut rendement américain (voir Fig.1).

Cette plus grande résilience reflète des fondamentaux plus solides, tels qu’un endettement plus gérable pour les entreprises des marchés émergents. La prime requise pour les obligations d’une entreprise par rapport à son degré d’endettement, ou spread par niveau d’endettement, est élevée tant par rapport à celle des entreprises américaines (pour chaque catégorie de notation à l’exception de la note B) que par rapport à son propre historique (voir Fig.2). Cela signifie que les investisseurs obtiennent des rendements attrayants pour un risque relativement faible.
En outre, la duration est relativement faible dans le domaine des entreprises des marchés émergents, où elle se situe à environ 4-4,5 ans, contre 7 ans pour les obligations d’entreprises américaines de qualité investment grade. Cela permet de compenser toute augmentation de la «prime de terme», le rendement supplémentaire que les investisseurs exigent pour détenir des obligations à plus longue échéance.

Les planètes étant alignées pour le crédit des marchés émergents, elles pourraient favoriser des flux entrants importants dans la classe d’actifs sous-détenue, créant ainsi un cercle vertueux. Les investisseurs particuliers offshore se désengagent en effet depuis 2021.
Potentiel de croissance intérieure
Dans ce contexte, où se trouvent les meilleures opportunités? En tant qu’investisseurs dans les obligations d’entreprises des marchés émergents, nous pensons qu’il essentiel de bien diversifier son portefeuille entre les pays et les secteurs, tout en gardant à l’esprit la liquidité à tout moment.
Compte tenu des tensions commerciales mondiales et de l’incertitude concernant la politique gouvernementale et les perspectives macroéconomiques aux États-Unis, nous nous concentrons actuellement sur les segments du marché susceptibles de bénéficier de la bonne santé des économies nationales. Cela inclut l’allocation à certaines régions d’Amérique latine, où l’exposition aux droits de douane américains est relativement modeste grâce à la faible part des exportations de biens dans le PIB, et à la faible part des États-Unis dans ces exportations. Le Brésil, l’Argentine et le Pérou, par exemple, entrent dans cette catégorie. Nous apprécions également les liens étroits avec la Chine et le fait qu’un certain nombre de banques centrales latino-américaines aient déjà engagé des baisses de taux, ce qui renforce l’attrait de la région.
En Argentine, les réformes de Javier Milei améliorent significativement la situation économique du pays, parallèlement à un nouvel accord de prêt du FMI de 20 milliards de dollars et à une baisse de l’inflation. Cela a créé des opportunités d’investissement dans certaines entreprises quasi-souveraines et certains services aux collectivités argentins. Nous avons constaté une augmentation des émissions, accompagnée d’une demande soutenue de la part des investisseurs.
Dans le même temps, en Colombie, les troubles politiques ont entraîné une baisse des valorisations. Avec un changement d’orientation politique qui semble de plus en plus probable lors des élections de l’année prochaine, le pays pourrait offrir des opportunités d’investissement intéressantes au cours des 12 prochains mois, d’autant plus qu’une grande partie du risque fiscal est déjà pris en compte.
Nous voyons également un potentiel dans les obligations émises par des sociétés technologiques chinoises, qui affichent de solides positions nettes de trésorerie, une amélioration des perspectives de notation de crédit et des valorisations attrayantes. L’IA est une priorité pour le gouvernement chinois, et nous nous attendons donc à ce que l’environnement réglementaire soit également favorable.
À l’inverse, nous avons réduit nos positions dans certaines sociétés métallurgiques et minières et dans des conglomérats diversifiés, ainsi que dans certains secteurs et régions d’Asie, qui sont susceptibles d’être davantage affectés par un ralentissement de la croissance mondiale ou une escalade des tensions commerciales.