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Le cygne noir était un homme

Vladimir Poutine | Les actualités économiques et financières

Alors que la pandémie semblait en voie d’être maîtrisée, à tout le moins dans les pays développés, les marchés se focalisaient sur la trajectoire de l’inflation et la réaction des banques centrales pour juguler ces dérapages inquiétants.

Les prévisions de croissance pour les deux années à venir, bien qu’en ralentissement par rapport à l’excellent cru 2021, se couplaient avec des anticipations d’inflation sur des niveaux élevés appelés, progressivement, à décroître.

L’inflexion de la politique monétaire annoncée par de nombreuses banques centrales provoquait une hausse des taux souverains et un aplatissement marqué des courbes de taux, les prévisionnistes anticipant des hausses de taux directeurs conséquentes aux ÉtatsUnis et, dans une moindre mesure, en Europe. Ces mouvements épousaient notre scénario central pour 2022 : une année de transition en matière de croissance et d’inflation marquée par la normalisation des politiques des banques centrales. Nous indiquions que ces prévisions pouvaient se voir infirmées en cas de résurgence de la pandémie ou par des facteurs géopolitiques (Chine/ Taiwan, Russie et Ukraine/ OTAN).

Alors que la fièvre ne cessait de monter entre la Russie et l’Ukraine, les efforts des occidentaux pour apaiser les tensions ont échoué. Le président Poutine, deux jours après avoir reconnu l’indépendance des républiques populaires de Lougansk et de Donetsk, a ordonné le 24 février l’invasion de l’Ukraine. La condamnation quasi unanime de la communauté internationale n’a pas fait reculer l’autocrate.

Les sanctions infligées à la Russie – notamment la limitation des transactions Swift et le gel des avoirs de la Banque centrale russe (BCR) à l’étranger – aux compagnies russes, aux oligarques et aux personnalités proches du Kremlin, dont V. Poutine, ont provoqué l’effondrement du rouble, de la bourse moscovite et une hausse des taux russes. La BCR a d’ailleurs porté à 20 % son taux directeur pour défendre sa monnaie et un contrôle des changes est imposé.

Cette invasion a également provoqué une hausse violente de certaines matières premières, le prix du pétrole franchissant la barre des 100 dollars le baril.

Ces sanctions n’ont pour autant pas entamé la détermination de Poutine qui a brandi la menace nucléaire. Cette agression a provoqué une réaction de solidarité des pays membres de l’OTAN, de l’Union européenne, de nombreux pays occidentaux, et une résistance farouche des Ukrainiens. Elle a mis un coup d’arrêt au mouvement de hausse des taux souverains, sans remettre en cause la tendance sur le mois. Les marges de crédit des emprunts privés ont augmenté fortement, connaissant le pire mois depuis mars 2020 et novembre 2011. Les bourses mondiales ont corrigé, sans toutefois s’effondrer.

Il nous semble prématuré de faire un pronostic tant les inconnues sont nombreuses. On peut cependant tabler sur l’amplification des tensions inflationnistes et le ralentissement de la croissance. Il est possible que les banques centrales se montrent plus prudentes et que la normalisation des politiques soit moins rapide, et moins forte, que ce que nous imaginions il y a encore quelques semaines.

L’Europe sera fortement impactée à court, moyen et long terme en raison de la dépendance des économies aux matières premières, à la fois pour le pétrole, les matières agricoles et les métaux ferreux qui sont au cœur de la transition énergétique. Les entreprises implantées en Russie seront confrontées à un dilemme – rester ou partir – et les banques opérant dans la zone seront amenées à constater des dépréciations.

La Russie pourrait en rétorsion ouvrir de nouveaux échanges avec la Chine et renforcer à terme la dépendance des pays occidentaux aux matières premières.

Succomber au zoomorphisme serait en l’espèce bien injuste pour l’ours. Vladimir Poutine nous rappelle que la cruauté humaine a rarement son pendant parmi les espèces animales.

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Publié par

Directeur de la gestion chez Ecofi

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