Dans cette entrevue relayée par François-Xavier Chauchat, le prix Nobel Paul Krugman s’entretient avec Hélène Rey (London Business School), experte de la macroéconomie internationale, sur le futur du dollar et le rôle de l’euro. Rey constate que le dollar s’affaiblit paradoxalement alors que les marchés actions US chutent et que les taux obligataires montent — un signal d’usure de la confiance dans les institutions américaines. Elle souligne la fin possible du « privilège exorbitant » des États-Unis, leur capacité à emprunter à faible coût dans leur propre monnaie tout en investissant à des rendements plus élevés.
Quant à l’euro, bien qu’il soit le principal concurrent, il reste affaibli par une intégration économique et monétaire inachevée. Krugman et Rey évoquent aussi l’importance stratégique des systèmes de paiement (Visa, Mastercard) et l’essor des monnaies digitales de banques centrales comme enjeu géopolitique central.
Plutôt qu’un remplacement du dollar, Rey anticipe une fragmentation du paysage monétaire mondial, sans devise de refuge unique, amplifiant la vulnérabilité du système global. Ce moment offre, selon elle, une fenêtre à l’Europe pour renforcer son autonomie monétaire et technologique — en consolidant l’euro, en développant des alternatives de marché et en améliorant ses outils macroprudentiell.
Un entretien qui, sans détour, expose la montée des fragilités du dollar et le potentiel encore trop souvent sous-exploité de l’Europe.
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