Le feu rend où on l’allume

Par Nadine Trémollières, Directeur Primonial Portfolio Solutions 

Ralentissement est le nouveau mot en vogue sur les marchés financiers. On parle, en premier, du ralentissement de l’économie mondiale, mais on évoque aussi beaucoup le ralentissement de l’inflation, du commerce mondial, des investissements étrangers en Chine ou encore celui des prix de l’énergie. L’impact de l’inflation a été si traumatisant depuis 24 mois, que les bonnes nouvelles sur ce front (qui selon nous ne sont pas si bonnes que cela) occultent vite les autres conséquences.

Les investisseurs veulent rapidement retrouver les conditions qui ont prévalu ces 10 dernières années, c’est-à-dire bénéficier de la stimulation des banques centrales dès que l’économie fléchit un peu. Mais est-ce que la désinflation est d’ores et déjà suffisante pour retrouver ce «put» des banques centrales et repartir dans un cycle accommodant à un moment où celles-ci voudraient aussi baisser la taille de leurs bilans ? Autant les éléments cycliques de l’inflation sont en train de disparaitre (hausse de la demande des ménages, perturbation des chaines d’approvisionnement, prix des matières premières…), autant certains facteurs semblent être plus structurels et pourraient s’ancrer plus durablement. A l’exemple du vieillissement des populations des pays occidentaux qui entraine d’importants besoins de financement pour payer les retraites. Ou la nécessité d’accélérer la transition énergétique, qui sera source d’inflation. On pourrait aussi arguer que les États qui sont surendettés peuvent laisser monter l’inflation pour monétiser leurs dettes.

Un vent d’optimisme souffle sur les marchés

Pour toutes ces raisons, revenir au niveau d’inflation qui a prévalu pendant la décennie 2010 semble plutôt illusoire. Mais les banquiers centraux pourraient aussi devenir plus conciliants sur l’inflation pour protéger la croissance. D’un autre côté, l’agenda politique très fourni et incertain, notamment aux États-Unis, et les conflits géopolitiques aux quatre coins du globe ne militent pas pour une accélération de l’activité économique mondiale qui serait compatible avec un scénario d’assouplissement monétaire global.

Mais la proximité des fêtes de fin d’année joue probablement, en créant un enthousiasme un peu exagéré qui a entrainé de forts rebonds sur les marchés financiers, toutes classes d’actifs confondues en novembre. Ainsi les actions mondiales (MSCI World en Usd) bondissent de 9,4 %, hausse bien alimentée encore une fois par les valeurs technologiques. Les investisseurs parient sur une première baisse des taux qui pourrait intervenir dès la fin du premier trimestre puis s’accélèrerait en fin d’année. La récession, déjà partiellement installée en Europe, pourrait inciter la Banque centrale européenne à agir même plus vite que la Réserve fédérale américaine. Les mois prochains nous diront si ce scénario n’est pas trop optimiste, ce qui pourrait accentuer la volatilité sur le prix des actifs financiers. 

Une bonne année pour les actions et les obligations

Cependant, force est de constater que visuellement l’année 2023 restera comme une année plutôt positive sur les actifs risqués car le mois de décembre ne devrait pas changer radicalement la situation. Seules les obligations américaines à 10 ans connaissent une troisième année de performances négatives, impactées par la hausse des taux courts qui s’est répercutée sur l’ensemble de la courbe. Mais tous les indices actions et obligataires sur l’ensemble des pays ressortent en hausse. C’est un peu le paradoxe actuel, les actifs financiers (actions et obligations) ont fortement corrigé en 2022 et se reprennent en 2023, alors que l’incertitude sur le rythme et l’ampleur du resserrement monétaire aurait pu peser davantage sur leurs niveaux de valorisations. En revanche, ce sont les actifs financés avec effet de levier, en premier lieu les actifs immobiliers, qui ont le plus souffert cette année. Ils ont dû affronter le double défi de la reconstitution de leur prime de risque couplé à d’importantes demandes de liquidités. Sur certains secteurs, le Private Equity affronte le même défi avec un marché du M&A à l’arrêt à cause du coût de la dette trop élevée. Le même phénomène a été aussi très destructeur pour le marché des infrastructures, notamment dans le déploiement des énergies alternatives qui s’est heurté au mur des taux de financements.

Que faire dans cet environnement ?

Les obligations apparaissent encore et toujours comme les grandes gagnantes de ce nouveau paradigme. Que ce soit par le biais des fonds en euros, d’obligations à échéances ou de fonds crédits plus classiques, les investisseurs ont retrouvé des niveaux de portage attractifs et ont réalloué une partie de leurs capitaux précédemment investis dans les marchés actions ou immobiliers. La reconstitution de la prime de risque, qui avait complètement disparu il y a moins de 3 ans, a remis à l’honneur ce type de placement qui combine le rendement avec un risque limité. Cependant l’afflux de capitaux a fait baisser les « spreads de crédits » et les entreprises n’ont pas encore eu à refinancer les dettes souscrites dans des périodes de taux bas. On commence à voir aux États-Unis une augmentation des taux de défauts sur les entreprises les plus fragiles, et nous ne sommes pas complétement immunisés en Europe contre ce phénomène. A côté de ces expositions obligataires, nous continuons à prôner une diversification sur d’autres classes d’actifs qui peuvent paraitre moins attractives à très court terme, mais qui devraient retrouver des couleurs au fur et à mesure des assouplissements monétaires. De ce fait, nous conservons toujours une exposition sur la pierre-papier, sur le Private Equity et sur les marchés d’actions internationales. 

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