Le juste équilibre entre stabilité financière et stabilité des prix

Par Ombretta SIGNORI, Responsable de la Recherche Macroéconomique et Stratégie OFI INVEST ASSET MANAGEMENT.

Les « accidents » bancaires ont marqué le mois de mars, mais la panique et les craintes d’une crise bancaire globale semblent avoir été rapidement circonscrites. La faillite des deux banques régionales américaines Silicon Valley Bank et Signature Bank, et l’absorption de Credit Suisse par UBS orchestrée par le gouvernement suisse sont des événements complètement indépendants, mais leur coïncidence temporelle a fait craindre le pire aux marchés. Pour éviter la contagion, les autorités américaines (Réserve fédérale, Trésor et Autorité de sauvegarde des dépôts) ont mis en place rapidement un mécanisme de garantie des dépôts et garanti l’accès à la liquidité pour les banques. Si la source des problèmes est à chaque fois bien particulière, ces événements nous rappellent que l’ampleur et la rapidité de la remontée des taux directeurs lors de la dernière année ont des impacts retardés sur l’économie réelle, car les ménages et les entreprises mettent du temps à ajuster leurs comportements. La littérature économique estime qu’il faut entre un et deux ans pour que l’effet soit maximal sur l’économie réelle.

Si les craintes sur le système financier s’apaisent, la Fed et la BCE devraient pouvoir poursuivre le resserrement monétaire

En mars, les banquiers centraux ont su gérer le risque financier et la stabilité des prix en parallèle. La Réserve fédérale américaine a relevé les taux directeurs de 25 points de base à 5% et la Banque Centrale Européenne (BCE) de 50 points de base à 3% sur le taux de dépôt. Leur approche est désormais presque exclusive- ment dépendante des données économiques, avec un œil sur l’inflation (sous-jacente) et l’autre sur les conditions de crédit. Nous pensons que si les craintes sur le système financier s’apaisent, la Fed et la BCE devraient pouvoir poursuivre le resserrement monétaire prévu et ensuite rester en territoire suffisamment restrictif pendant plusieurs trimestres. En effet, le contexte  macroéconomique  justifie toujours une convergence des taux directeurs vers 5,25% pour la Fed et 3,50% pour la BCE. Le stress financier récent a diminué la probabilité d’avoir des taux directeurs terminaux en territoire très restrictif.

L’activité économique résiste et l’inflation sous-jacente[1] reste élevée

Des deux côtés de l’Atlantique, les données les plus récentes témoignent d’une activité économique encore résiliante, portée par un secteur des services en expansion et un taux de chômage historiquement bas. L’inflation totale baisse grâce aux effets de base favorables des prix énergétiques, toutefois l’inflation sous-jacente (hors composantes volatiles) demeure trop élevée, et est encore en hausse en zone Euro (5,7% en mars après 5,6% en février). Les Banques Centrales n’auront une meilleure visibilité sur la vitesse de modération de l’inflation sous-jacente probablement que dans la seconde partie de l’année, un facteur clé pour l’orientation de la politique monétaire future.

Cela étant dit, des vents contraires soufflent sur la consommation des ménages américains entraînant une hausse du taux d’épargne depuis septembre dernier, et les conditions de financement des entreprises – déjà bien dégradées – devraient affecter les investissements des entreprises dans les trimestres à venir.

L’économie américaine devrait donc ralentir, et possiblement se contracter plus tard dans l’année. Les épisodes de stress sur les banques régionales américaines représentent une source de risque supplémentaire qui peut aggraver la situation sur le financement de l’immobilier et des activités des petites et moyennes entreprises locales, qui sont responsables en grande partie de l’excès de demande du marché du travail. D’ici là, avec un ralentissement de l’activité qui tarde à se matérialiser aux États-Unis et une zone Euro qui devrait avoir évité (de justesse) la récession cet hiver, le combat contre l’inflation n’est pas encore remporté.

(1) La faillite de SVB peut être attribuée au manque de diversification en termes de clientèle, avec presque uniquement des entreprises technologiques, et à une mauvaise gestion de l’ALM (Asset and Liability Management – gestion Actif – Passif). Signature Bank était une des rares banques américaines à accepter des dépôts en crypto par les entreprises. Credit Suisse était sous le radar des marchés depuis un certain temps à causes des problèmes de rentabilité et la publication retardée des résultats en décembre.

Termes et définitions
1. Inflation sous jacente ( inflation sous-jacente ) L’inflation sous-jacente, également connue sous le nom d’inflation core ou d’inflation de base, est une mesure de l’inflation…
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