Pénuries d’énergie | Les actualités économiques et financières

Le prix des matières recule…mais l’Europe souffre du prix du gaz

Les derniers jours ont vu s’amplifier sur le marché les criantes d’une entrée en récession des grandes économies. De manière notable, cette crainte a résulté en un changement de dynamique sur le marché. En effet, les emprunts d’Etat ont retrouvé leur rôle de valeur refuge, avec un recul très important des taux d’intérêt.

  • Sur les maturités à 10 ans, la baisse depuis le pic de la mi-juin est de plus de 60 points de base des deux côtés de l’Atlantique. Cette baisse s’explique, en partie, par la poursuite des révisons à la baisse concernant l’évolution des taux d’intérêt directeurs des banques centrales. Ainsi, le marché pense que l’inflation reculera très rapidement dans les mois à venir, et de ce fait les banques centrales auront moins besoin de resserrer leur politique monétaire, et devraient même l’assouplir. C’est évidemment un pari assez agressif, et on a déjà vu le marché se tromper fortement depuis au moins 1 an concernant les perspectives sur l’inflation et sur l’évolution de la politique monétaire. Du côté du risque, évidemment, la trajectoire est bien différente, avec un recul marqué des bourses, qui est venu casser l’élan de remontée que nous avions connu à la fin du mois de juin. Le segment du crédit a aussi fortement souffert, avec des spreads qui se sont écartés. Néanmoins, la nouvelle rassurante pour l’avenir est qu’une partie des surévaluations sur les bourses, notamment, a bien été corrigée au cours de la période récente. Toutefois, il nous semble que toutes les mauvaises nouvelles ne sont pas dans les prix. Ainsi, la très forte incertitude sur l’avenir dans un contexte de poursuite de la décélération de l’activité doit nous pousser encore à la prudence, en gardant une sous-pondération dans les portefeuilles des actifs les plus risqués. Il s’agit néanmoins de tenter aussi de profiter des valorisations de certains titres, devenues bien plus attrayantes dans une perspective de moyen terme. Mais, encore une fois, les mois à venir pourraient nous surprendre en mal, avec en particulier le possible approfondissement de la crise énergétique, ce qui implique une très grande sélectivité.
  • Les incertitudes créent évidemment une très grande volatilité sur les marchés, mais on voit bien que le discours qui peu à peu devient dominant est celui de la récession. Une contraction de l’activité aura évidemment des effets marqués sur la demande. En ce sens, le marché a déjà commencé à introduire sur les prix certains effets de cette perte de robustesse de la demande après la période de fort rebond que nous avons connu au cours de la période pandémique. Compte tenu de l’envolée des prix des matières premières au cours de la période passée, nous sommes très vigilants sur l’évolution de ces prix, d’autant plus qu’ils affectent presque directement le panier de la ménagère, et directement les coûts des industriels. Ainsi, au cours de dernières semaines, nous avons vu certains produits commencer à s’ajuster à la baisse. C’est en particulier le cas des métaux industriels. Mais, c’est aussi le cas de certaines denrées alimentaires. Evidemment, il reste les prix de l’énergie dont la dynamique est bien différente. En particulier, aux contraintes d’offre qui existent sur le marché, sont venus s’ajouter les effets de la guerre, avec notamment l’Europe subissant une situation inédite depuis des décennies, c’est-à-dire de se retrouver dans une situation de pénurie. De ce fait, le prix du gaz en zone euro continue de frôler les sommets infligeant une contrainte supplémentaire à la croissance économique.
  • Alimentant les craintes du marché, la dynamique de décélération de l’activité a été très présente dans les indicateurs d’activité du début du mois. Ainsi, le PMI des deux côtés de l’Atlantique ont continué leur recul. La situation des services aux Etats-Unis sera connue cet après-midi. Mais la direction est bien à la poursuite de l’affaiblissement de la croissance devant les chocs que l’activité subit, notamment avec le choc énergétique et le resserrement des conditions financières induit par les politiques monétaires plus agressives. Nous nous attendons à une récession modérée au tournant de 2022 des deux côtés de l’Atlantique. Evidemment, une pénurie prolongée d’énergie en Europe viendrait détériorer nettement ce scénario de contraction de l’activité.

Les prix des matières premières, après des hausses massives au cours de la période de rebond de l’économie mondiale, propulsée par des politiques économiques ultras accommodantes, connaissent aujourd’hui des reculs importantsEn effet, depuis quelques semaines les prix de certaines matières premières ont commencé une descente assez prononcée à partir de niveaux extrêmement hauts. Ces baisses sont en grande partie liées au scénario qui gagne du terrain sur les marchés, soit celui d’une récession ou du moins une décélération très forte de l’activité.

Les craintes de décélération ont souvent une répercussion immédiate sur les prix des métaux. On prête en particulier au prix du cuivre la capacité de prévoir les décélérations économiques voire les récessions. De fait, nous voyons une baisse très forte du prix du cuivre. Ceci reflète bien l’idée d’un affaiblissement de la croissance et donc d’une demande moins prononcée de cuivre. En même temps, ce mouvement semble négliger l’impact que pourrait avoir un réveil fort de l’économie Chinoise, qui reste le pays le plus gourmand en métaux au monde et de cuivre en particulier.  La poursuite de cette baisse dépendra énormément de la force de la perte d’activité à venir. Dans notre scénario de récession modérée et de retour de la croissance Chinoise, on peut s’attendre à une stabilisation du prix du cuivre, d’autant plus que les capacités restent limitées et que le cuivre joue un rôle crucial dans la transition énergétique.

Autre segment qui a connu des ajustements importants est celui des produits agricoles. Evidemment, ce segment est regardé avec attention vu l’envolée des prix récemment et l’impact que ceci peut avoir sur le coût de la vie dans de nombreux pays, notamment émergents.

Les baisses des prix semblent être liées en grande partie à l’estimation que fait le marché sur les approvisionnements. Après une très forte crainte sur la potentielle disparition de l’offre ukrainienne sur un certain nombre de produits, il se trouve que les récoltes dans certains pays pourraient être bien meilleures que prévu, pouvant ainsi compenser des pertes dans les exportations en provenance d’Ukraine et en partie de Russie. Ainsi, par exemple, la production canadienne de blé pourrait être très élevée cette année permettant un approvisionnement assez ample du marché.

Sur le maïs, on se trouve dans une situation similaire. Néanmoins, pour l’ensemble des produits agricoles il faudra encore être prudents. En effet, la situation sur les exportations ukrainiennes pourrait se détériorer davantage que prévu et donner encore un élan haussier aux prix.

Enfin, reste la situation du marché de l’énergie. Les prix restent encore très élevés sur le pétrole, reflétant toujours la guerre en Ukraine et les sanctions vis-à-vis de la Russie. La décision de l’OPEP d’augmenter la production a eu un effet modéré. Toutefois, le prix a tout de même un peu fléchi avec le prix du baril de Brent s’approchant des 100 dollars après avoir frôlé 120 dollars il y a quelques jours.

Néanmoins, c’est bien en Europe que les tensions sur le marché de l’énergie restent les plus importantes. En effet, devant les risques de coupes encore plus importantes à venir de la part de la Russie, le prix du gaz a rebondi très fortement. Ces tensions risquent des persister ce qui viendra contraindre la croissance européenne. Les mauvaises nouvelles ont été amplifiées par des grèves en Norvège qui pourraient limiter l’approvisionnement en gaz.

Du côté de l’activité, les PMI ont confirmé la décélération de l’activité. Ce ralentissement était très visible en Europe, en particulier dans les services. Il semblerait que les chocs récents soient venus freiner l’élan donné par l’ouverture de l’économie après les contagions liées au Covid en début d’année.


Au niveau mondial, la décélération semble moins forte du côté de l’industrie, mais ceci est essentiellement lié à la Chine dont le rebond sur le dernier mois a été très marqué.

En effet, les PMIs chinois ont fortement rebondi démontrant simplement ce que nous attendions, soit un retour fort de l’activité avec l’ouverture de l’économie. Néanmoins, le retour des contagions pose des questions sur la robustesse de ce rebond. Les chiffres à venir seront très importants pour voir la persistance du retour de la croissance.

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