Bourse CAC 40 | Les actualités économiques et financières

Le rebond des marchés financiers se fait attendre

Par Patrick Guérin, Co-Directeur de la Gestion chez Bordier & Cie (France)

Un constat douloureux s’impose à la fin de ce mois : les marchés d’actions auront connu au cours du premier semestre 2022 leur pire performance depuis longtemps. Ainsi, le CAC 40 accuse un repli de près de 17%, soit quasiment ce qu’il avait engrangé sur le même semestre de l’année dernière. Le recul des marchés internationaux est général : l’indice des valeurs technologiques américaines cotées au Nasdaq, très sensibles à la hausse des taux longs, recule de 30%. Seul le marché anglais résiste en raison de sa forte pondération en valeurs pétrolières et minières.

Alors que le plein bénéfice de la réouverture des économies post Covid n’avait pas pu produire tous ses effets, la probabilité d’un scénario de récession s’installe progressivement dans la psychologie des investisseurs.

Impuissants face à un niveau d’inflation tel qu’on ne l’avait pas connu depuis 40 ans, les banquiers centraux sont sommés de réagir en accélérant le rythme du resserrement monétaire. Qualifié de défi majeur pour la BCE, l’engagement inconditionnel (selon les propres termes de J. Powell, le patron de la FED) visant à restaurer la stabilité des prix, met en effet en jeu la crédibilité des autorités monétaires.

Il est vrai qu’avec des variations proches de 10% en glissement annuel aux Etats-Unis comme en Europe en moyenne, l’inflation qui se diffuse à l’ensemble des biens et services devient un problème insoutenable et complexe à résoudre, tant économiquement que politiquement, dans la mesure où elle ponctionne le pouvoir d’achat des ménages.

Il est d’autant plus complexe aux Etats-Unis qu’il est aggravé par la situation spécifique du pays en matière d’emploi : le taux de chômage très bas (3,6% de la population active) entretient mécaniquement les tensions inflationnistes car les entreprises qui recrutent doivent consentir des salaires plus élevés pour attirer des candidats.

Plus globalement, depuis son déclenchement, la guerre en Ukraine pèse lourdement sur l’ensemble de l’économie mondiale et attise les pressions sur les prix, notamment ceux de l’énergie et des produits alimentaires. L’ampleur du choc est mesurable par un seul chiffre : les prix du gaz et de l’électricité en Europe sont aujourd’hui à des niveaux 6 à 7 fois plus élevés que la moyenne des 20 années écoulées !

Afin de réduire les déséquilibres entre l’offre et la demande, les banques centrales utilisent toutes le même levier opérationnel à leur disposition pour lutter contre l’inflation.

Ainsi, les taux directeurs de la FED évoluent aujourd’hui dans une fourchette entre 1,50% à 1,75%. Ils seront revus à la hausse en juillet (+0,50% ou +0,75% selon les chiffres de l’inflation publiés le même mois) et d’autres hausses suivront.

Plus proche de nous, la Banque Nationale Suisse a relevé il y a quelques jours ses taux de 0,50% en jouant de l’effet de surprise, ce qui a eu pour conséquence de ramener le CHF à parité avec l’euro dans la foulée. Et enfin, la BCE a annoncé qu’elle procèdera à son tour à une première hausse de ses taux directeurs d’au moins 0,25% en juillet. Une hausse supplémentaire est attendue en septembre d’au moins 0,25% également. Il s’agira d’un virage radical depuis l’instauration des taux négatifs dans la zone euro en 2014.

En annonçant sa détermination à poursuivre un chemin « graduel et soutenu », la banque centrale européenne a envoyé un message de fermeté aux marchés obligataires qui a, semble-t-il, été bien reçu puisque les taux longs ont depuis significativement reculé dans l’ensemble des pays de la zone, tout comme s’est détendu le spread (l’écart) entre le taux d’emprunt à 10 ans allemand et le taux à 10 ans italien. Tout écart trop important des taux d’emprunt des États européens constitue une menace pour la solidité de la monnaie commune.

Le renchérissement du coût du crédit qui résulte de la hausse des taux vise à progressivement inciter les ménages à réduire le recours à l’endettement pour consommer. De même, les entreprises sont tentées de différer des investissements dont la rentabilité économique deviendrait incertaine. Si ces freins à la demande se matérialisent, l’économie va spontanément ralentir. Ce faisant, l’agressivité des banquiers centraux dans leur lutte contre l’inflation pourrait ainsi s’en trouver modérée.

Quel impact pour les marchés d’actions ?

Les valeurs de croissance et les grandes valeurs technologiques ont subi les plus forts dégagements depuis le début de l’année en raison de leur forte sensibilité à la hausse des taux longs. Nous restons convaincus chez Bordier & Cie de l’intérêt de rester investis sur ce secteur qui est boursièrement en perte de vitesse mais dont le modèle économique conserve toute sa pertinence. D’autant que tous les secteurs, à l’exception de l’énergie et de la défense (guerre oblige), affichent désormais des rendements négatifs, ce qui exige de faire preuve de sélectivité dans les choix d’investissement dans des marchés largement survendus.

Outre le risque fort qu’elle fait peser sur les perspectives de croissance notamment parce qu’elle incite les ménages à épargner davantage, l’inflation exerce une pression baissière sur les marges des entreprises dont les coûts fixes s’envolent sans qu’elles soient toutes en mesure de répercuter ces hausses de coûts sur le client final. Les investisseurs vont donc scruter avec attention les publications des résultats des prochains trimestres dans la mesure où des ajustements à la baisse des bénéfices sont vraisemblables et plus encore les prévisions des dirigeants sur l’année en cours.

Difficile dans ce contexte d’anticiper la tournure des prochains mois sur les bourses mondiales. Comme les banques centrales, les marchés seront « data dependent », ce qui signifie qu’en l’absence de visibilité, le suivi de l’évolution de l’inflation mois après mois sera déterminant. La nette baisse des prix des matières premières ces dernières semaines (pétrole, métaux, céréales), reflétant le ralentissement économique qui se dessine, pourrait conduire dans les prochains mois à une décélération de l’inflation et à un reflux des taux d’intérêt. Ce scénario constituerait un signal positif pour le style de gestion privilégié de Bordier & Cie (France).

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