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Le siècle de l’ingérence

L’idée d’un âge d’or de la coopération internationale en matière économique est un mythe — à l’échelle globale, l’intervention d’entités supranationales dans la vie économique des États ne date pas des institutions de Bretton Woods. Nous vivons toujours dans une ère de gouvernance économique globale construite au lendemain de la Première Guerre mondiale : comment en sortir ?

À la fin du XXe siècle, un petit nombre d’institutions internationales en sont venues à exercer une influence considérable sur les politiques économiques nationales de nombreux États dans le monde. Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, en particulier, ont conditionné l’aide aux États membres à un large éventail de réformes, aux conséquences politiques et sociales souvent profondes. De l’Afrique à l’Amérique latine en passant par l’Asie, les prêts étaient liés à l’équilibre des budgets publics, à la privatisation des industries d’État, à la suppression des réglementations et à la réduction des droits de douane. 

Le FMI a développé ces capacités au cours de deux décennies d’agitation mondiale, avec la crise de la dette du tiers monde dans les années 1980 et 1990, l’effondrement de l’Union soviétique et la crise financière asiatique de 1997-1998. Dans le même temps, il a été confronté à une crise de légitimité. Dans le monde entier, le FMI a été critiqué pour son ingérence dans la politique intérieure et sa volonté d’imposer des politiques néolibérales aux États du Sud et de l’ancien bloc communiste. Dans les années 2000, conscients de la mauvaise réputation de l’institution, certains responsables du Fonds ont affirmé que son aide serait désormais assortie de moins de conditions. Mais lorsque les conditions sont devenues plus souples, c’est généralement parce que le pays bénéficiaire des prêts avait déjà entrepris tellement de réformes de libéralisation que seules quelques mesures restaient à mettre en œuvre. Et alors que certains membres du FMI insistent de plus en plus sur le fait que l’institution a abandonné son néolibéralisme doctrinaire, elle continue à exiger les mêmes mesures d’austérité de grande envergure lorsque les États lui demandent de l’aide, même au plus fort de la pandémie de Covid-19.

Aujourd’hui, si le FMI reste la seule institution financière internationale disposant des ressources nécessaires pour faire face à des crises financières graves, seuls les États les plus désespérés font généralement appel à lui. Il est probable que d’autres le feront dans les mois à venir, alors que les banques centrales, au premier rang desquelles la Réserve fédérale américaine, augmentent les taux d’intérêt, rendant le service de la dette souveraine beaucoup plus cher. Du Sri Lanka au Pakistan en passant par le Ghana, de nombreux pays connaissent aujourd’hui une situation de surendettement extrême, ce qui laisse présager une nouvelle vague mondiale de défaut de paiement des dettes souveraines. Après les dernières crises mondiales de la dette des années 1980 et 1990, qui ont vu le FMI s’immiscer dans les politiques internes les plus sensibles de certains de ses États membres, une réaction généralisée s’est manifestée contre ce qui était considéré comme une ingérence de sa part. Afin d’éviter les renflouements du FMI, plusieurs États ont cherché d’autres moyens de se prémunir contre l’instabilité financière, notamment en accumulant de grandes quantités de réserves de change. Ce fut le cas non seulement pour les rivaux des États-Unis comme la Chine et la Russie, mais aussi pour de nombreux marchés émergents et pays en développement à faible revenu, dont la Corée du Sud et le Brésil.

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