Bruno Colmant met en parallèle la flambée actuelle de l’or avec les tensions monétaires mondiales, rappelant le « Nixon Shock » de 1971 et l’abandon de l’étalon-or. À l’époque, déficits budgétaires et commerciaux américains avaient conduit à la fin de la convertibilité du dollar, déclenchant une inflation durable et une envolée des taux d’intérêt. Aujourd’hui, la politisation de la Fed par Donald Trump et la dépréciation du billet vert menacent à nouveau la stabilité monétaire internationale. Colmant anticipe non pas l’émergence d’une nouvelle monnaie dominante, mais une ère de « seigneurie monétaire » où plusieurs devises – avec l’or en refuge – se partageront la primauté.
On le voit tous les jours : le prix de l’or augmente, et c’est le reflet d’une indécision monétaire que l’on peut attribuer à plusieurs facteurs intuitifs. On observe ainsi la dépréciation du dollar, la probable mise sous tutelle de la Banque centrale américaine par Donald Trump (rappelant les années 70), et la perte subséquente de l’intangibilité du dollar comme étalon monétaire sans risque, en raison de sa politisation. Je le dis depuis des années : une guerre des monnaies se prépare.
Et comme je fus hanté, dans mes recherches monétaires, par l’abandon de l’étalon-or, il faut revenir sur ce qu’on appelle le « Nixon Shock » du 15 août 1971. Cet événement marqua une rupture historique avec l’abandon unilatéral de la convertibilité or du dollar américain, pilier central du système de Bretton Woods mis en place après la Seconde Guerre mondiale. Ses origines profondes résidèrent dans les déficits budgétaires abyssaux liés à la guerre du Vietnam, ainsi que des déficits commerciaux croissants. Ces facteurs avaient conduit à une pression spéculative intense sur le dollar et à un épuisement alarmant des réserves d’or américaines, car les partenaires étrangers convertirent massivement leurs dollars en métal précieux. Face à cette situation intenable, le président Richard Nixon annonça des mesures drastiques qui visèrent officiellement à protéger le dollar, à juguler l’inflation et à relancer l’économie américaine. Ces mesures inclurent également des contrôles des prix et des salaires, ainsi qu’une surtaxe à l’importation, et déstabilisèrent l’ensemble du système monétaire international basé sur les taux de change fixes.
Les répercussions du Nixon Shock furent profondes et durables, et remodelèrent l’architecture financière mondiale. Concernant l’inflation, la fin de la convertibilité or libéra les banques centrales de la contrainte d’une monnaie adossée à une réserve physique, ouvrant la voie à des politiques monétaires plus expansionnistes. Cela alimenta considérablement la « Grande Inflation » des années 1970, où la création monétaire excessive, combinée aux chocs pétroliers, provoqua une hausse généralisée et persistante des prix. En conséquence, les taux d’intérêt furent contraints de s’envoler pour tenter de juguler cette spirale inflationniste. Quant au cours de l’or, son prix fut libéré et connut une appréciation spectaculaire, s’envolant vers de nouveaux sommets historiques. L’or redevint une valeur refuge par excellence, un bouclier contre la dépréciation du dollar et l’incertitude économique, et symbolisa le passage d’un système monétaire basé sur l’or à un système de monnaies fiduciaires flottantes.
Je crois que tout cela va arriver à nouveau, sous d’autres modalités. La perte d’ancrage du dollar ne conduira pas nécessairement à une nouvelle monnaie hégémonique, mais plutôt à une « seigneurie monétaire » où plusieurs devises, incluant l’or, se disputeront la primauté.