Emploi-USA | Les actualités économiques et financières

L’emploi américain reste le maillon fort de la croissance américaine

Il y a encore quelques jours, les craintes de récession sont devenues dominantes, avec une dissipation de celles sur l’inflation. Dans ce nouveau contexte, les principales Banques centrales allaient devoir changer assez vite leur fusil d’épaule et atténuer leur trajectoire actuelle de resserrement monétaire, voire l’inverser. Les très bons chiffres sur l’état du marché de l’emploi aux Etats-Unis au mois de juin sont quelque peu venus perturber les convictions qu’avait construit le marché. La dynamique de croissance outre-Atlantique pourrait s’avérer plus résiliente et surtout les banques centrales, du moins la Fed, risquent toujours de maintenir une course au galop pour resserrer les conditions monétaires afin qu’elles deviennent restrictives pour calmer la demande et éviter de continuer à alimenter des tensions inflationnistes. Ainsi, les taux d’intérêt sont repartis à la hausse, et l’appétit pour le risque s’est un peu essoufflé.

Nous pensons toujours que la décélération des économies des deux côtés de l’Atlantique se fera assez graduellement, en particulier à cause de la robustesse des marchés d’emploi. En Zone Euro, comme aux Etats-Unis, les taux de chômage sont près des plus bas historiques. Néanmoins, au tournant de l’année nous croyons que des signes plus marqués d’une décélération de l’activité feront jour. C’est une des raisons majeures qui nous font opter pour une allocation d’actifs défensive, en privilégiant toujours des valorisations raisonnables.      

  • Les statistiques de l’emploi américain pour le mois de juin ont été bien plus solides qu’attendu. Le plus remarquable est que plus d’Américains rejoignent le marché du travail, même si celui-ci reste près d’un point en dessous du niveau qui prévalait avant le début de l’épidémie. Aussi, tous les grands secteurs d’activité dans le secteur privé continuent de créer des emplois. La situation du marché de l’emploi reste dont très tendue, ce qui se traduit par la poursuite de la progression du salaire horaire moyen. Il faut retenir deux choses, d’une part l’économie américaine continue son expansion et n’est pas encore très proche d’une récession et, d’autre part, ces chiffres devraient conforter la Fed dans sa politique de hausses de taux rapides à court terme, dont notamment une nouvelle hausse de 75 pb à la prochaine réunion de politique monétaire le 26-27 juillet prochain.

  • Il est probable qu’avant les réunions cruciales de la BCE et de la Fed fin juillet la volatilité restera élevée sur les marchés. Du point de vue macroéconomique, cette semaine nous aurons les chiffres d’inflation américains qui risquent de continuer de progresser du fait de la hausse du prix de l’énergie en juin, mais on regardera surtout si l’inflation sous-jacente, hors énergie et aliments continue à décélérer. Alors qu’on surveillera aussi l’évolution des contagions en Chine, dont une évolution défavorable viendrait à nouveau ternir le redémarrage de l’activité.

Les chiffres de l’emploi américain en juin ont été bien plus favorables qu’attendu. En effet, 372 mille emplois ont été créés, contre 265 attendus par le consensus. Néanmoins, les révisions sur les deux derniers mois ont été de -74 mille. On aurait pu craindre un chiffre plus décevant devant les mauvais chiffres reflétés dans les enquêtes d’activité (que ce soit dans l’enquête ISM des services ou du secteur manufacturier, l’indicateur d’emploi montrait une contraction) ou la montée légère, mais persistante, des allocations chômage depuis quelques semaines. En fait, au contraire, l’enquête nous signale que tous les grands secteurs, hormis le gouvernement, ont créé des emplois au cours du mois.

Le taux de chômage est resté inchangé, à 3,6% soit très proche du plus bas des 50 dernières années à 3,5%, qui avait atteint avant l’épidémie du Covid. En revanche, le taux de chômage étendu, c’est-à-dire celui qui exclut de l’emploi les personnes faiblement connectées au marché du travail, a atteint un plus bas historique à 6,7%.

L’évolution du marché de l’emploi au cours de la période récente a été remarquable. En effet, l’emploi dans le secteur privé est revenu en un temps record à celui qui prévalait juste avant le covid. On est seulement à 0,3% de ce niveau.

Ceci traduit bien la force de la reprise et des tensions qui sont apparues sur le marché du travail au cours de la dernière année. La force du rebond de la demande a créé des pénuries très fortes dans certains secteurs. Rappelons que les offres d’emplois, telles que rapportées dans l’enquête JOLTS du ministère du travail, sont tout simplement historiques avec toujours plus de 11 millions d’offres répertoriées en mai !  Toutefois, il reste encore des poches de sous-emploi. Ainsi, le secteur de la restauration, très riche en emplois, malgré un rebond spectaculaire, est toujours bien en dessous du niveau de postes de travail qui prévalait avant la crise pandémique.

Mais ce marché du travail tendu se traduit par une poussée des salaires. A cette poussée peu y croyaient, y compris la Fed il y a un an. En effet, comme ce fut le cas pendant au moins les deux dernières décennies, l’idée dominante était que la capacité des salariés à demander des hausses de salaires était devenue structurellement faible, et que, par ailleurs, les hausses des prix qu’on constatait dans la période de rebond à la sortie de la pandémie n’étaient que temporaires. Il n’y avait donc pas de danger de voir des demandes d’indexation des salaires aux prix.

Aujourd’hui, on le sait, ce raisonnement s’est avéré faux. Aux Etats-Unis, l’économie est entrée en surchauffe poussant les salaires à la hausse.

Dans le rapport d’emploi, on constate que la progression mensuelle des salaires se poursuit à bonne allure mais sans accélérer davantage. Ainsi, en glissement annuel, le salaire hebdomadaire moyen a progressé de 5,1% en juin, mais est en recul par rapport au mois précédent.

Cette progression qui reste forte, même s’il y a donc une légère décélération, ne peut qu’être une source d’inquiétude pour la Fed dans sa quête de ramener l’inflation vers son objectif de 2%. Ainsi, ce rapport devrait confirmer, ce qui est maintenant un large consensus, une autre hausse de 75pb du taux Fed funds lors de la prochaine réunion de politique monétaire les 26-27 juillet.

Aussi, ce rapport sur l’état du marché du travail outre Atlantique, confirme ce que nous pensions, c’est-à-dire que l’économie américaine est toujours dans une phase d’expansion, susceptible de maintenir des pressions inflationnistes. Du point de vue macroéconomique, ces chiffres d’emploi nous indiquent que l’économie américaine n’est donc pas en récession. Ceci est important à souligner, car il y a un risque que la croissance du PIB soit de nouveau négative au 2T22, après les -1,6% (en rythme annualisé) au 1T221, et qui sera publié juste après la réunion de la Fed. Nous avons une prévision de stagnation. Ceci tient à des facteurs spécifiques, notamment aux mouvements de stockage, qui ne reflètent pas les forces sous-jacentes de cette économie. L’économie ralentit, c’est une certitude, mais n’est pas encore en récession.

Si on se réfère à l’indicateur de récession développé par C. Sahm, une ancienne économiste de la Fed, nous ne sommes pas encore à la veille d’une récession. Toutefois, nous pensons que le 4T22 pourrait présenter des caractéristiques bien plus fragiles, avec en particulier des signes cette fois-ci bien plus marqués de détérioration du marché de l’emploi. Mais encore une fois, comme nous l’avons indiqué dans nos publications précédentes, à ce stade, il est difficile de prévoir une récession de grande ampleur.

L’évolution des marchés sur la période récente a vécu avec la crainte d’une récession imminente et d’un retournement assez rapide de la politique monétaire. Ainsi, la perte de croissance, et donc la détérioration du marché de l’emploi, seraient d’une telle ampleur que la Fed devrait changer de politique assez rapidement.

Les chiffres de l’emploi ont changé cette dynamique. Le marché obligataire a donc de nouveau révisé à la hausse les anticipations de hausse des taux directeurs. Nous conservons la vue pour la Fed d’une progression un peu plus modérée du resserrement monétaire, avec toutefois un niveau terminal plus élevé pour le taux directeur que ce qui est aujourd’hui anticipé par le marché.

On le sait maintenant, les banquiers centraux des deux côtés de l’Atlantique sont partis tardivement dans cette course pour modérer la croissance afin de maintenir la stabilité des prix. Le pari est qu’ils réussiront sans trop de casse. C’est évidemment la véracité de ce pari qui restera une source d’incertitude forte dans les trimestres à venir pour l’ensemble des marchés. En Zone Euro, s’ajoutera la capacité de maintenir la stabilité financière, notamment d’apporter un outil suffisamment puissant pour éviter toute fragmentation, d’autant plus que certains membres de la BCE ont déjà préparé le marché à une solution implacable. Il ne faut pas décevoir.

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