L’énigme des taux d’intérêt négatifs

Souvent cité par les professeurs de physique-chimie, Lavoisier a accompagné, façonné notre conscience du monde : “Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme”.

Ainsi, nous n’avons pas plus le pouvoir d’engendrer ex nihilo que de faire disparaître la matière. Elle existe autour de nous, nous la voyons, nous ressentons inexorablement les effets de sa masse positive :  c’est elle qui nous retient sur terre, sous l’effet du puit gravitationnel généré par le noyau terrestre.

Au contraire, tout comme nous échouons à envisager la mort, le néant, ce qui précède le Big Bang ou ce qui succédera à notre univers une fois qu’il se sera écroulé sur lui-même, notre esprit peine à concevoir la négativité, à conceptualiser les causes et les effets d’objets qui pourraient revêtir une masse négative, répulsive, à imaginer l’opposé de la matière : l’antimatière.

Heureusement pour les lycéens attendant avec impatience les résultats de l’épreuve du baccalauréat, le sujet des taux d’intérêt ou prix négatifs n’a pas été posé à l’épreuve de sciences économiques et sociales. Si chacun comprend dès l’enfance que le labeur fourni, et donc, le temps donné mérite rémunération, comprendre et analyser les déterminants des taux d’intérêt n’est pas pour autant une mince affaire.

Le temps est la composante première du taux d’intérêt. Disposant d’un capital temporel fini, nous exigeons d’être rémunéré, quand, en décalant notre consommation à plus tard en prêtant, nous nous privons de ce temps de consommation. S’ajoutent à la rémunération du temps les attentes d’inflation du prêteur qui entend préserver son pouvoir d’achat à terme. Enfin, la prime de risque rémunère la probabilité que le créancier ne rembourse l’intégralité du capital prêté (risque dit spécifique et diversifiable)

L’époque des taux d’intérêt négatifs que nous avons vécue est peut-être une simple anomalie. Elle n’en demeure pas moins difficile à expliquer aux nouvelles générations. Comment justifier que l’on puisse accepter une rémunération négative du temps et du risque ? Comment justifier que tout travail (de l’argent) ne mérite pas salaire ?

Il existe peut-être un exemple concret à proposer cet été, au gré des discussions animant les dîners familiaux. Et si nous faisions un peu tous les jours l’expérience des taux d’intérêt négatifs au creux de nos mains ?

En visionnant une vidéo sur Youtube, TikTok ou Instagram, en rentrant dans une relation contractuelle implicite avec le créateur de cette vidéo, en échange de nous appauvrir de notre temps (et parfois de notre esprit…) ne générons-nous pas une source de revenus au profit d’un parfait inconnu ? Finalement, notre capital temps, si précieux, si fugace, ne sert-il pas un flux de trésorerie positif pour autrui, et donc, un taux d’intérêt implicitement négatif pour nous (coût d’opportunité) ? Ne serait-il pas mieux investi à l’heure de la traditionnelle trêve estivale qui approche, en lectures enrichissantes, moments partagés avec ses proches, ou tout simplement, émerveillement devant la simple beauté de la masse naturelle.

Partir en vacances, c’est avant tout, retrouver la pleine propriété de son temps. En cette époque d’ultra connectivité, cela est devenu un véritable défi. Si la farniente ne rapporte pas d’argent, on peut au moins se consoler de ne pas en faire gagner à autrui à ses dépens. Dans ce monde d’âpre compétition permanente, c’est parfois suffisant pour s’endormir plus facilement sur ses deux oreilles…

Texte achevé de rédiger le 8 juillet 2022 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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