L’environnement de l’investissement en 2024 : c’est au tour de l’Europe de briller

Les actions mondiales devraient enregistrer des performances stables, mais guère spectaculaires en 2024. Alors qu’elle est restée à la traîne des États-Unis ces[2] derniers mois, l’Europe devrait briller à son tour. Et face au ralentissement de la croissance mondiale, les secteurs défensifs de qualité devraient prendre le dessus sur les actions de croissance plus cycliques.

Les bénéfices des entreprises continueront de décevoir, compte tenu du ralentissement de la croissance des ventes et de la pression sur les marges bénéficiaires exercée par la hausse des coûts d’emprunt et des salaires réels. Nos modèles économiques prévoient une croissance des bénéfices mondiaux d’environ 4% l’année prochaine, soit environ 6 points de pourcentage de moins que les estimations du consensus des analystes.

C’est aux États-Unis que l’écart entre les prévisions de bénéfices du marché et nos propres projections est le plus prononcé. Nous prévoyons que les hausses de taux d’intérêt finiront par y éroder progressivement la croissance économique.

L’excédent d’épargne accumulé par les consommateurs s’épuise et les entreprises réduisent leurs dépenses d’investissement. En effet, nos modèles suggèrent que les investissements non résidentiels vont se contracter. Alors que l’affaiblissement de l’économie prélève son écot sur les bénéfices des entreprises, nous prévoyons que la récente surperformance des actions américaines s’inversera en 2024.

Renaissance européenne

L’Europe devrait, en revanche, faire mieux. Les prévisions de bénéfices y sont beaucoup plus faibles, ce qui limite les risques de déception. Le sentiment baissier chez les investisseurs devrait s’inverser avec la reprise économique – comme l’industrie manufacturière commence à se redresser, la croissance du PIB de la zone euro devrait, selon nous, grimper à 0,7% en 2024, faisant quasiment jeu égal avec la croissance américaine, alors qu’elle affichait un retard de 2 points de pourcentage en 2023. L’argumentaire d’investissement est encore plus convaincant si l’on considère les valorisations et le positionnement. En Europe, les cours supposent un ratio cours/bénéfice[1] à terme sur 12 mois de 12x, contre 19x aux États-Unis (voir Fig. 3). Même une fois ajustée pour tenir compte des différences sectorielles, cette décote dans les valorisations est sans précédent.

Graphique des actions – ratio C/B de l’indice EMU
Source: Refinitiv Datastream, MSCI, IBES, Pictet Asset Management. *Les valorisations sectorielles ont été repondérées d’après les pondérations de l’indice MSCI ACWI. Données couvrant la période allant du 01.01.2002 au 21.11.2023.

Le Japon présente aussi, selon nous, un certain potentiel. Les révisions de bénéfices ont mieux résisté que dans les autres pays développés et les vents favorables, comme la réforme positive de la gouvernance d’entreprise et la fin de la déflation économique, continuent de souffler (pour plus de détails, voir: Les entreprises japonaises sont prêtes pour le changement)

En ce qui concerne les économies émergentes, selon notre cadre, les valorisations des actions sont relativement attrayantes. Cependant, nous devons les replacer face aux risques géopolitiques croissants et à l’incertitude en Chine concernant les perspectives pour un marché immobilier on ne peut plus important et les éventuelles frictions commerciales avec les États-Unis, qui continuent d’occuper une place centrale dans les préoccupations des investisseurs. Nous préférons donc afficher une exposition aux marchés émergents au travers des obligations plutôt que des actions.

Stabilité suisse

Compte tenu des risques en provenance de Chine et d’ailleurs, nous considérons qu’il est prudent d’inclure des positions défensives de haute qualité dans un portefeuille.

Le marché des actions suisse semble être le seul véritable refuge dans l’économie mondiale. Il profite en effet d’une croissance non inflationniste, d’une monnaie forte et d’une bonne discipline budgétaire. À bien y regarder, tout cela se paie: si l’on en croit les indicateurs de cours à terme, la Suisse se place au deuxième rang des marchés d’actions les plus chers. Cependant, si l’on tient compte de ses qualités défensives, notamment le fait que les sociétés du secteur de la santé et des biens de consommation de base représentent une pondération de 60% dans l’indice, la valorisation semble en fait plus attrayante une fois ajustée en fonction des perspectives de croissance. En outre, par rapport aux obligations du pays, les actions suisses s’échangent en dessous de leur tendance, alors que l’on observe l’inverse dans le reste de l’Europe et aux États-Unis.

Notre position défensive s’étend à l’allocation sectorielle. Nous gardons une préférence pour la qualité du fait du contexte de croissance anémique et de taux d’intérêt élevés. Nous privilégions également les titres «value», compte tenu de la prime injustifiée exigée pour les actions «growth». Selon nous, les analystes font preuve d’un optimisme exagéré concernant les valeurs de croissance alors que les priorités en termes d’investissement comme la transition verte et les relocalisations d’activité privilégient plutôt les valeurs «value».

Nous surpondérons l’énergie en guise de couverture en cas d’escalade du conflit au Moyen-Orient. L’énergie se distingue également comme le seul secteur capable d’égaler le rendement offert par les liquidités. Dans les services de communication, nous percevons une dynamique favorable des bénéfices et l’opportunité d’une exposition au thème de l’intelligence artificielle à un prix raisonnable.

Face au ralentissement de la croissance, même s’il est peu marqué, nous surpondérons également les biens de consommation de base défensifs et les actions de haute qualité dans la santé. En revanche, nous nous montrons plus réservés vis-à-vis de l’immobilier et des biens de consommation discrétionnaire.

Termes et définitions
1. ratio cours/bénéfice. Le ratio cours/bénéfice, souvent abrégé en P/E (pour Price-to-Earnings ratio en anglais), est une mesure clé utilisée en…
2. Consumer Expectations Survey ( ces ) Le Consumer Expectations Survey (Enquête sur les Attentes des Consommateurs) est une enquête périodique qui vise à mesurer les attentes et les perceptions des ménages concernant différents aspects économiques, tels que l'inflation, les dépenses de consommation, le revenu disponible, le crédit, l'épargne et l'emploi.
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