L’environnement de l’investissement en 2024 : fin de l’exception américaine

La croissance économique va ralentir. L’inflation également, mais pas assez. Les performances des actions décevront, mais les obligations feront mieux. La forme exceptionnelle affichée par les États-Unis sur les marchés boursiers mondiaux va s’estomper, tandis que, pour changer, les actions européennes offriront de bonnes surprises. Parallèlement, les économies des marchés émergents (ME) vont surpasser leurs homologues développées, même si, compte tenu des doutes sur l’économie chinoise, nous préférons les obligations émergentes aux actions. Le risque géopolitique ne devrait pas diminuer de manière significative, étant donné que les pays représentant la moitié du PIB mondial organiseront des élections au cours de l’année, ce qui pourrait légèrement faire grimper la volatilité des marchés.

Dans l’ensemble, 2024 ne devrait pas être une année record pour les investisseurs. Cela dit, nous prévoyons également que la corrélation étroite entre les classes d’actifs qui a caractérisé les marchés ces dernières années (les actions et les obligations ont évolué de concert) devrait s’estomper. Les portefeuilles équilibrés devraient ainsi pouvoir améliorer leur diversification (voir Fig. 1).  

Graphique vue d’ensemble actions obligations liquidités
Source: Refinitiv, Pictet Asset Management. Données couvrant la période allant du 08.01.1971 au 08.11.2023.

Croissance modérée, mais inflation persistante

La situation économique n’est pas particulièrement prometteuse: la croissance atone des économies développées, la montée du chômage et une inflation refusant obstinément de revenir dans la cible fixée par les banques centrales seront les principales caractéristiques marquantes de l’environnement des investissements. 

Nous tablons sur un recul de l’inflation dans les économies développées, avec un taux qui passera, selon nous de 4,7% cette année à 3,0% en 2024. Néanmoins, les banques centrales ne devraient pas se lancer dans un cycle d’assouplissement agressif. 

La Banque d’Angleterre sera probablement la première grande banque centrale à abaisser ses taux. Compte tenu de la menace de récession, elle pourrait commencer à assouplir dès le mois de mai. Nous estimons que la Réserve fédérale américaine réduira les taux sur un rythme plus prudent que les attentes actuelles du marché. Nous tablons cependant toujours sur deux réductions au cours du second semestre et la Banque centrale européenne devrait faire de même. 

S’il faut trouver un bon côté à tout cela, c’est que, dans l’ensemble, les plus grandes économies mondiales éviteront la récession. Nous prévoyons une croissance de 0,8% dans les économies développées, après une expansion de 1,5% en 2023. La croissance américaine devrait ralentir de 2,4% à 0,9%. Selon nous, le marché hésite entre récession et atterrissage en douceur aux États-Unis et sous-estime la possibilité d’une croissance anémique. Par ailleurs, compte tenu de l’absence de bulles évidentes sur le marché – les bilans des entreprises sont solides, les valorisations ne sont pas excessives et on n’observe aucun signe d’euphorie chez les investisseurs – un coup de frein a peu de chances de déclencher une grave spirale négative.

La situation économique sera nettement meilleure dans les pays émergents. Nous pensons que les économies émergentes enregistreront une croissance solide de 3,9% l’année prochaine, contre 3,7% en 2023 et 2,8% l’année précédente. Celle-ci devrait profiter de la reprise en Chine après l’étiage qu’elle a connu cette année. 

Soutenir les obligations

Tout comme la croissance économique nominale dans les pays développés, celle des bénéfices des entreprises ralentira, en particulier au premier semestre. Cependant, même en cas de rebond dans un second temps, nous tablons sur des performances d’environ 5% sur l’année pour les actions mondiales, en baisse par rapport aux résultats à deux chiffres affichés en 20231.  

À l’inverse, les obligations devraient profiter d’une baisse de l’inflation et d’un début de cycle d’assouplissement des banques centrales. Nous tablons sur une baisse des rendements obligataires mondiaux d’environ 50 points de base, ce qui devrait permettre aux investisseurs d’enregistrer une performance totale de 7%, contre pratiquement zéro cette année2

Graphique des changes – dollar
Source: Refinitiv, BofA, Pictet Asset Management. Données couvrant la période allant du 15.06.2021 au 27.11.2023.

L’exceptionnelle situation des États-Unis devrait s’arrêter temporairement, voire définitivement, ce qui représente un changement significatif par rapport aux habitudes prises par les investisseurs. L’économie américaine devrait ralentir considérablement, tandis que l’Europe devrait faire mieux que les prévisions pessimistes des investisseurs. Comme les valorisations des actions sont en berne dans l’union monétaire, les actions européennes affichent de bonnes perspectives de surperformance au cours de l’année à venir. Parallèlement, même si la croissance économique solide dans les marchés émergents est de bon augure pour les actions, les risques qui pèsent sur la Chine (le redressement de l’économie reste lent et vulnérable face à un marché immobilier fortement endetté) nous incitent à privilégier les obligations émergentes plutôt que les actions. 

Sur le front des devises, nous prévoyons un repli d’au moins 5% du dollar américain au cours de l’année, sur fond de déception vis-à-vis de l’évolution de l’économie américaine et d’une valorisation qui reste, sur presque tous les indicateurs, bien supérieure aux niveaux neutres (voir Fig. 2).

Parmi les investissements alternatifs, nous pensons que l’or devrait être soutenu par un dollar faible, un pic des taux d’intérêt aux États-Unis et des risques géopolitiques persistants. Son potentiel de hausse semble toutefois limité par une valorisation relativement élevée sur nos modèles. Le capital-investissement est remis en cause: trop de capitaux cherchent à profiter d’opportunités attrayantes trop peu nombreuses et les taux d’intérêt élevés compliquent la vie des entreprises carburant à l’endettement.

Risques extrêmes

Il serait néanmoins imprudent d’ignorer les risques extrêmes associés au scénario que nous venons de décrire. Il est tout à fait probable que, trop pressées de ramener l’inflation dans leur cible, les banques centrales resserrent trop durement leur politique monétaire, provoquant ainsi une récession. Pour nous, la probabilité d’un tel risque s’élève à 25%. Nous estimons par ailleurs à 15% le risque de stagflation, avec une inflation repartant à la hausse malgré un ralentissement économique, en particulier en cas de choc énergétique déclenché par des événements mondiaux.

Il ne faut pas non plus oublier les risques géopolitiques. Les poudrières régionales se multiplient. Aucune résolution n’est en vue pour le conflit Russie-Ukraine. La guerre que mène Israël contre le Hamas à Gaza menace de s’étendre.

En résumé, l’année 2024 donnera aux investisseurs une bonne occasion de se concentrer à nouveau sur les fondamentaux nationaux et sectoriels et d’adopter une approche fine en se concentrant sur les actions et les crédits de qualité et en augmentant la pondération des obligations souveraines.

[1] Indice MSCI All-Country World, en devise locale.
[2] Indice FTSE World Government Bond, en devise locale.

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