Danger | La revue de presse économique et financière

L’épidémie repart, la croissance économique se tasse et l’inflation menace de redémarrer !

Agence SAND

Même en restant au niveau de l’« écume des choses », ce triptyque consternant est exagéré. Gardons donc notre sang froid. Le variant delta se répand, mais là où la vaccination est déjà importante, les formes graves de la maladie sont peu nombreuses. L’ouverture des économies ne devrait alors pas être remises en cause ; si ce n’est marginalement.

Les résultats de l’enquête américaine ISM – services de juin ont déçu. Ils ne sont pas inquiétants, mais ils obligent chacun à intégrer le point d’évidence que « les arbres ne montent pas au ciel ». La croissance économique ralentira ; mais le calendrier et l’ampleur du phénomène à venir restent largement inconnus. Le marché est-il en train de l’intégrer à ses vues ?

S’entendre au sein de l’OPEP est souvent compliqué et c’est donc la même chose pour l’OPEP +. Ce qui ne veut pas dire que l’offre de pétrole ne va pas augmenter au cours des prochains mois.

L’environnement de marché devient brusquement plus compliqué, voire contradictoire. Les repères qu’on construisait pas à pas sont comme plus flous. La réaction a été vive avec une baisse hier tant des taux longs (près de 8pdb aux Etats-Unis à 1,348% pour un titre d’Etat) que des bourses (-0,9% en Europe).

Commençons par les développements récents sur le front de la maladie. Le variant delta de la COVID 19 (delta est la quatrième lettre de l’alphabet grec qui en compte 24 !), plus contagieux que la souche initiale et que le variant alpha, qui avait très largement remplacé celui-ci en Europe et aux Etats-Unis, poursuit son œuvre et le nombre de personnes contaminées se remet à accélérer. C’était nettement le cas au Royaume-Uni depuis la seconde moitié de juin ; le phénomène est désormais visible sur le Continent.

Peut-on déjà tirer un retour d’expérience de la situation britannique ? On a envie de dire que le nombre de nouveaux cas pourrait être important, mais que celui des nouvelles hospitalisations seraient très en retrait. La bonne couverture vaccinale « est passée par là ». Il n’empêche que la situation est inconfortable. Une circulation active du virus crée les conditions de l’apparition de nouveaux variants. Seront-ils une fois encore plus contagieux et les vaccins mis au point à l’heure actuelle seront-ils toujours pleinement efficaces ? Dans tous les cas, le degré nécessaire d’immunité collective doit être revu à la hausse

Dans un premier temps au moins, le processus d’ouverture des économies ne serait que marginalement remis en cause. Les conditions d’accueil dans des endroits fermés (restaurants, salle de spectacle, bureaux, avions, … ?) pourraient être davantage contraints. Mais l’essentiel des activités marchandes se poursuivraient. Restent les questions du moral et de la confiance ; admettons que la chronique épidémique n’est pas du meilleur effet !

La confiance, parlons en justement. Le marché a clairement été déçu par la publication de l’enquête américaine ISM dans les services. Le consensus était en faveur d’un indice d’ensemble se maintenant autour des niveaux-record des mois précédents (pas loin de 64, pour une ligne de partage des eaux entre progression et repli de 50) et le résultat n’est que d’un peu plus de 60. Cela reste très élevé ; alors pourquoi cette déception ? Très probablement parce que cette inflexion, si elle est confirmée par les chiffres des prochains mois, envoie le message que le passage de la période du rebond (forcément courte) à celle de la reprise (espérée comme devant être davantage pérenne) pourrait intervenir plus vite et engendrer un tassement de la croissance économique peut-être plus marqué qu’initialement espéré. On savait le déroulé inévitable et on se cachait probablement les incertitudes sur son calendrier et son ampleur. L’interrogation se pose désormais. Il va falloir y répondre ; mais en se souvenant que les données d’enquêtes sur le mois de juin ne doivent pas inquiéter outre mesure. Simplement « les arbres ne montent pas au ciel » et la croissance américaine, après trois trimestres de performances « stratosphériques » (de T1 à T3) devrait ralentir à compter de T4.

On connaît la sensibilité des marchés financiers au thème de l’inflation. C’est spécialement le cas dans ce moment présent si particulier de redémarrage de l’économie au sortir du pire de la crise du COVID (au moins l’espère-t-on très fort). Avec tout de même l’impression que depuis la mi-mai l’inquiétude est moins grande. Mais avec dorénavant la crainte qu’une poursuite de la hausse des cours du pétrole brut puisse remettre en cause cette amorce de sérénité.

Que s’est-il passé du côté des producteurs de pétrole ? Les pays-membres de l’OPEP et leurs alliés, les deux formant le groupe appelé OPEP+, n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une augmentation de la production. L’objectif recherché paraissait pourtant faire sens. Le « groupe » a nettement réduit son offre au début de l’épidémie de COVID (pas loin de 10 MBJ), avant de « rouvrir les robinets » progressivement. Extraire davantage d’huile dans un moment caractérisé par un consensus sur des perspectives de croissance mondiale à la fois favorables mais un peu incertaines (calendrier et ampleur ; on vient de le voir), est simplement de bonne politique. On évite un renchérissement excessif du pétrole brut, qui pourrait créer des préoccupations inflationnistes malvenues en ces temps de reprise de l’économie mondiale qu’on espère pérenne et sans à-coups, et on permet aux pays producteurs de « remplir leurs caisses » de façon satisfaisante.

En fait, les Emirats Arabes Unis (emmenés par Abou Dabi) exigent, comme contrepartie à leur soutien à la stratégie d’augmentation de l’offre du « groupe », une révision à la hausse de la référence qui sert de base au calcul des efforts demandés à chacun.  Cela leur permettrait de produire davantage. Mais aux autres de devoir alors se « serrer un peu la ceinture ». Et le dialogue de sourd alors de s’installer !

Est-on condamné au blocage ? Sans doute pas et le marché ne paraît d’ailleurs pas parier sur une dynamique des prix durablement plus forte. Plusieurs forces de rappel existent :

  • Un accord finalement trouvé au sein du « groupe » ; peut-on dire que c’est assez probable ?
  • Une moindre discipline des pays-membres, dans un contexte caractérisé par une demande plus forte, un prix du pétrole élevé et des capacités de production excédentaires.
  • Un possible retour de l’Iran sur le marché, une fois une certaine réconciliation avec les Etats-Unis intervenue ; ce qui est l’hypothèse à privilégier.

Vous avez trouvé cette publication intéressante ?

Cliquez sur une étoile pour la noter !

Note moyenne / 5. Nombre de votes :

Aucun vote pour l'instant. Soyez le premier à noter cette publication.

Merci pour votre vote !

Vous pouvez ajouter un commentaire (optionnel).

Dites-nous en plus (optionnel) :

Total
4
Shares
Publications similaires