Les États-Unis sont-ils déjà en récession ?

Christopher Dembik, Senior Investment Adviser chez Pictet AM, réagit à une étude du NBER, menée par Pascal Michaillat, qui évalue à 71% la probabilité d’une récession américaine en mai 2025.
Des immeubles à New York pour illustrer le marché de l'immobilier US
©Fibee

Christopher Dembik, Senior Investment Adviser chez Pictet AM, réagit à une étude du NBER, menée par Pascal Michaillat, qui évalue à 71% la probabilité d’une récession américaine en mai 2025. Michaillat estime que les conditions du marché de l’emploi, historiquement indicatives d’une récession, sont déjà présentes. Toutefois, Dembik souligne plusieurs précautions : la méthodologie de l’étude, qui se base sur des données historiques longues, doit être nuancée par les évolutions structurelles de l’économie et du marché de l’emploi.

Une nouvelle étude du NBER, publiée par Pascal Michaillat, développe un algorithme de détection de récession en temps réel qui estime à 71% la probabilité que l’économie américaine soit déjà en récession en mai 2025. Sa méthode repose sur une étude approfondie et large du marché de l’emploi portant sur les 15 récessions américaines de 1929 à 2021. Sa conclusion est sans équivoque : « les conditions du marché du travail caractéristiques d’une récession ne se profilent pas à l’horizon ; elles sont déjà là ». Cela donne évidemment du grain à moudre à tous ceux qui considèrent qu’une récession est déjà là ou imminente. Pictet Asset Management France

Toutefois, on aurait tort de tirer des conclusions hâtives :

  • La méthodologie utilisée incite à la prudence. Elle repose sur l’analyse de milliers de données sur une très longue période alors que les structures de l’économie et du marché de l’emploi ont substantiellement évolué entre 1929 et aujourd’hui.
  • La récente révision des créations d’emplois en mai et en juin interpelle. Mais rien n’indique qu’une récession soit là ou imminente. Les créations d’emplois dans les secteurs cycliques sont loin d’être à des niveaux préoccupants, tout comme celles hors fonction publique et santé.
  • L’économie américaine se porte bien. Les investissements des entreprises, le secteur manufacturier, le commerce et même l’immobilier sont en meilleure forme aujourd’hui qu’il y a un an. Nous sommes plutôt en phase de stabilisation.

Dernier point essentiel : la structure de l’économie américaine a profondément changé ces dernières décennies, réduisant la nature et la fréquence des récessions. Historiquement, les récessions étaient la conséquence du cycle des affaires (processus de destruction créatrice). C’est désormais moins le cas à cause de trois facteurs qui se combinent : la tertiarisation, la faible tolérance des pouvoirs publics à la récession, et le stimulus budgétaire et/ou fiscal permanent qui est typique dans un régime de domination budgétaire. Lorsque les actifs tangibles, par exemple l’acier ou le pétrole, jouent un rôle crucial dans le bon fonctionnement de l’économie, les récessions cycliques sont fréquentes. C’est différent lorsque l’économie est dépendante des actifs intangibles et que les services et les dépenses publiques représentent respectivement 80% et 45% de l’économie. L’un des succès des États-Unis, c’est d’être le pays le plus avancé dans ce processus. Ils ont réussi à externaliser une grande partie des structures de production qui ont une forte cyclicité afin de se concentrer sur les actifs intangibles qui sont, au passage, créateurs de plus de richesse.

Cela ne veut pas dire qu’ils soient immunisés contre le risque de récession, évidemment. Mais si elle devait survenir, elle serait sûrement liée à une crise du crédit comme ce fut le cas à la fin des années 2000. Pour l’instant, rien de préoccupant à ce niveau.

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