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Les pays occidentaux essaient de faire plier la Russie avec des sanctions sévères

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Sanctions Russie | Les actualités économiques et financières
  • Politique et géopolitique : La riposte de l’armée ukrainienne à l’invasion russe empêche l’objectif de Poutine de contrôler le pays rapidement. Le conflit pourrait s’enliser. Ceci est sûrement une des raisons de l’acceptation apparemment par les deux camps de tenir des discussions près de la frontière biélorusse. Mais, pour l’instant, les combats se poursuivent. Nous n’avons pas d’estimation précise des pertes humaines que ce conflit a déjà engendré.
  • Entre temps, les Etats-Unis comme l’Europe ont accru les sanctions envers la Russie, outre l’inclusion des actifs de V. Poutine à l’étranger, il a été finalement décidé d’exclure certaines banques russes du système de payement SWIFT, qui gère des milliards de transactions bancaires dans le monde. Seul, l’Iran jusqu’à maintenant avait fait face à ce type de sanctions.
  • Cette décision porte évidemment un coup au système bancaire russe, mais pose la question de comment les transactions sur les matières premières que la Russie exporte vont pouvoir être effectuées. Il n’est pas certain que toute la mesure des implications de ses sanctions complexes peuvent avoir sur le système de payements internationaux en provenance de la Russie et donc, leur capacité à déstabiliser le système financier et l’impact que ceci peut avoir sur l’approvisionnement en matières premières, en commençant par le pétrole et le gaz.
  • Pour avoir la mesure de l’escalade des tensions, on a aussi appris que le président Poutine avait mis en alerte maximale les forces nucléaires de la Russie.
  • Marchés : L’hypothèse que les marchés avaient adoptée en fin de semaine dernière, à savoir que la crise pourrait rester cantonnée à l’Ukraine, avec peu de turbulences sur l’économie mondiale, semble être en train d’être bousculée par l’enlisement de cette guerre et les sanctions infligées à la Russie. L’impact de ce conflit pourrait être plus considérable que prévu, certes sur la Russie, mais aussi dans l’approvisionnement en matières premières du monde vu la place de la Russie dans ce domaine. À ce stade, le marché pourrait sur-réagir devant les éventuels risques, notamment sur les prix des matières premières et surtout de leur disponibilité. Il nous faudra attendre quels jours pour savoir comment ce conflit évolue et comment les sanctions adoptées et la réaction de la Russie à celles-ci pourraient créer un choc sur le complexe des matières premières, notamment sur les prix de l’énergie.
  • La prudence est évidemment de mise, afin de préserver la valeur des investissements dans les portefeuilles dans une situation qui peut engendrer beaucoup de volatilité.

L’invasion de la Russie de l’Ukraine ne cesse de créer une situation très tendue dans le monde avec un environnement très changeant. En effet, d’une part, l’intervention brutale de la Russie sur le sol ukrainien qui se voulait rapide semble s’enliser du fait de la résistance des forces armées ukrainiennes. Des combats nourris semblent avoir toujours lieu aux alentours de plusieurs grandes villes ukrainiennes, dont notamment Kiev. Selon les informations de médias, les forces ukrainiennes auraient été capables de repousser les assauts de l’armée russe.

À ce stade, les experts sont devenus très réservés sur l’issue, alors que le diagnostic initial était d’une prise de contrôle assez rapide de l’Ukraine par la Russie compte tenu du rapport de force très inégal dans cette guerre.

La seule bonne nouvelle est l’annonce qui a été faite de la tenue de pourparlers entre les deux camps près de la frontière biélorusse. Néanmoins, on n’a pas beaucoup d’information sur la réunion elle-même et surtout de quand elle pourrait avoir lieu.

Outre l’enlisement de cette guerre, le weekend a aussi vu les pays occidentaux accentuer les sanctions à l’encontre de la Russie.

La mesure qui pourrait avoir les plus grandes conséquences sur l’économie Russe, mais aussi sur l’économie mondiale est l’exclusion de certains acteurs bancaires russes du système de transaction SWIFT, qui joue un rôle vital dans les flux de paiements bancaires. Jusqu’à maintenant, les occidentaux s’étaient refusés de le faire, notamment les européens, compte tenu des conséquences potentielles sur les flux commerciaux et donc sur l’impact sur l’approvisionnement en matières premières et sur leur prix.

Une telle mesure a été seulement mise en place contre l’Iran, dont évidemment la place sur le marché des matières premières n’est pas du tout de la même ampleur que celle occupée par la Russie.

Les craintes que nous pouvons avoir sur cette mesure sont d’une part des problèmes de liquidités pour le système de payement international, même si les transactions avec la Russie sont d’une ampleur faible par rapport aux milliards des transactions qui passent par ce système chaque jour. Quoi qu’il en soit, on peut penser que les éventuelles difficultés peuvent sûrement être gérées par l’activisme des banques centrales en pourvoyant le système avec les liquidités nécessaires pour éviter tout dysfonctionnement qui pourrait prendre une nature systémique.

D’autre part, si les banques ne peuvent plus assurer le payement des transactions sur les exportations des matières premières en provenance de Russie, on pourrait se trouver dans l’impossibilité de recevoir les produits russes, ce qui provoquerait donc non seulement une pénurie de ressources mais une envolée des prix.

Nous verrons dans les heures et jours qui viennent comment ces sanctions sont mises en place et en leurs impacts.

Ce qui est certain est que l’impact sur l’économie russe sera brutal. D’ores et déjà, les Russes semblent de précipiter vers les banques afin d’obtenir des dollars avec le rouble qui est en train de s’effondrer. Aussi, les agences de notation ont dégradé la note du pays lui attribuant la notée la plus risquée, isolant encore plus la Russie sur la scène internationale. Par ailleurs, certains des alliés russes prennent des distances. La Turquie a annoncé pouvoir bloquer des approvisionnements allant vers la Russie, et la China a appelé au dialogue entre les deux pays et surtout s’est abstenue dans le vote à l’ONU condamnant la Russie pour son agression.

Concernant les matières premières, on constate que les prix commencent à refléter fortement les risques qui pourraient survenir sur ce front.

Le prix du baril de pétrole, Brent, a de nouveau franchit la barre des 100 dollars.

Prix du pétrole : Après les sanctions à la Russie, les prix de l'énergie reprennent leur tendance haussière

Tout signe de détérioration de la capacité de la Russie à continuer à fournir du pétrole créera des plus fortes tensions avec des vrais risques pour l’économie mondiale.

Les tensions ne sont pas seulement visibles sur les prix de l’énergie. Nous avons une situation similaire sur les prix agricoles où la Russie comme l’Ukraine jouent un rôle considérable, comme est le cas du blé.

Blé : la Russie et l'Ukraine pèsent fortement sur le prix du blé qui s'envole

La situation est d’autant plus tendue que le président Poutine a continué à prendre une posture très belliqueuse, notamment en réponse à la réaction des occidentaux. Ainsi, son appel à mettre en alerte maximale ses forces nucléaires ne peut qu’exacerber l’anxiété des tout le monde y compris de la population russe.

Cette situation, se traduit évidemment par la recherche de protection des investisseurs. On voit l’or progresser comme les titres souverains des pays occidentaux. Evidemment, la nature de la crise, qui a lieu au sein de l’Europe, crée une situation de méfiance sur la région. On le constate avec le retrait de l’euro et la progression du dollar qui sert de valeur refuge. Par ailleurs, les possibles tensions sur les liquidités dans les flux bancaires mondiaux suite à l’exclusion de la Russie de SWIFT devrait soutenir le dollar.

Dollar : les risques sur l'Europe et la recherche de sécurité font monter le dollar

Parmi les conséquences déjà historiques que nous sommes en train de vivre avec ce conflit, une des plus remarquables est l’attitude prise par l’Allemagne. Outre le courage du Chancelier Scholz d’avoir finalement suspendu l’accréditation du fonctionnement du pipeline liant le pays à le Russie, « Nord stream 2 », les dernières annonces faites sont une rupture extraordinaire par rapport à la doctrine suivie jusqu’à maintenant par le pays. En effet, tout d’abord, l’Allemagne a décidé de fournir des armes à l’Ukraine, ce que le pays s’était interdit de faire depuis toujours. De manière plus cruciale, le Chancelier a annoncé que le budget de la défense allemande aller être augmenté de 100 milliards d’euros pour le porter à 2% du PIB comme demandé par l’OTAN. Une révolution !

Ces évolutions sont sûrement un signe d’un changement radical qui est en train de s’opérer dans la prise de conscience de l’Europe de la nécessité de mieux assurer sa sécurité dans un monde qui dévie bien plus violent.

À ce stade d’extrême tension, il est difficile de se prononcer sur la direction que va prendre cette crise. La prudence doit l’emporter et on se doit d’éviter la panique. Chercher à protéger la valeur des portefeuilles est évidemment une priorité. Mais encore une fois, il faut avoir la patience de résister à tout mouvement brutal qui pourrait s’avérer nuisible dans cette quête de préserver la valeur aujourd’hui et assurer la performance demain.

Sebastian Paris Horvitz - LBPAM
WRITTEN BY

Sebastian Paris Horvitz - LBPAM

Sebastian Paris Horvitz débute sa carrière en 1993 en tant qu’économiste au sein du Fonds Monétaire International (FMI). En 1999, il rejoint AXA Investment Managers au poste de Directeur de la stratégie d’investissement avant de prendre, en 2010, la Direction de la stratégie d’investissement de la région EMEA et de la gestion discrétionnaire de HSBC Private Banking. En novembre 2020, il rejoint La Banque Postale Asset Management en qualité de Directeur de la Recherche.

Sebastian Paris Hovitz est diplômé de l’Université Paris-IX Dauphine et de l’ENSAE.

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