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Les primes de risque liées à la guerre en Ukraine se sont partiellement dégonflées

Si l’impact économique du choc est indubitablement négatif, les craintes sont atténuées par les effets positifs de la baisse des restrictions sanitaires en Occident, et par la stabilisation des prix du pétrole.

Alors que les prévisions de croissance économiques sont révisées à la baisse, particulièrement pour le deuxième trimestre, le débat sur l’ampleur et la durée du ralentissement reste très ouvert, d’autant que le momentum de croissance reste fort. Par exemple, l’accélération de la consommation de services aux Etats-Unis en février (+0.6% en volume en février, graphique 1) n’a pas beaucoup de raisons de s’arrêter, celle-ci s’ancrant sur une dynamique de rattrapage après le choc Covid. En mars l’enquête PMI des services a remonté nettement aux Etats-Unis et n’a que faiblement rebaissé en Europe. C’est d’autant plus important que le secteur des services est de très loin le premier fournisseur d’emploi dans l’économie.

Du côté du canal de transmission principal de la guerre en Ukraine – le prix et la disponibilité des matières premières – les nouvelles récentes sont ambiguës, avec un mieux du côté du pétrole mais des interrogations toujours fortes sur le gaz russe.

L’administration américaine entend fournir un million de barils par jour au marché pendant six mois à partir du mois de mai en se délestant d’une partie de ses réserves stratégiques. Par ailleurs, de nouveaux circuits de transport et de facturation en direction de l’Asie (dont l’Inde) permettent de maintenir une offre de pétrole russe à l’économie mondiale. Enfin, le ralentissement économique chinois attisé par les reconfinements dans de nombreuses provinces permet de modérer la demande. Au total le prix du baril se maintient sous les 120$/130$ (graphique 2), niveau souvent cité comme celui qui, s’il était dépassé, pourrait mener l’économie mondiale à un scénario beaucoup plus dur.

Pour ce qui concerne le gaz russe, en revanche, les incertitudes restent grandes. Les exigences de Vladimir Poutine d’être payé en rouble n’ont évidemment aucun fondement économique ou financier, la Russie ne pouvant manquer d’une devise qu’elle peut elle-même imprimer. La décision de Poutine ne peut donc être interprétée que comme une menace de couper les approvisionnements de gaz à l’Europe dans le cadre d’une guerre économique. Les pays européens ont commencé à se préparer à cette éventualité pour l’hiver prochain (graphique 3), mais aucun plan ne pourra permettre de se priver de cette source d’approvisionnement à si brève échéance. Les plans de Poutine restent cependant très difficiles à cerner, et la Russie a bien évidement besoin de l’argent des européens.

Dans nos gestions internationales, nous maintenons une exposition modérée au risque, mais nous avons ajouté une position longue tactique (en future) sur les actions européennes pour accompagner l’accalmie sur les matières premières, et prendre acte de la possibilité d’avancées diplomatiques sur le front ukrainien. Nous avons par ailleurs mis en place une couverture contre les aléas liés aux élections présidentielles françaises – où un deuxième tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’annonce serré – par une position sur l’écart de taux à 10 ans entre la France et l’Allemagne.

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