“Les taux se desserrent, l’étau se resserre”

Ce jeu de mots serait drolatique s’il ne recelait pas une certaine dimension dramatique. En effet, les taux d’intérêt se sont desserrés depuis quelques mois.

Le taux d’emprunt de l’État français à 10 ans est passé de 3,5% en octobre 2023 à 2,8%. Pendant ce temps-là, le déficit budgétaire français est passé d’une prévision pour 2024 de -4,4% à -5,5%, faisant renaître les perspectives de crise de la dette souveraine chez certains commentateurs. C’est d’ailleurs autant l’échelon national que l’échelon local qui ne respecte pas les objectifs budgétaires fixés. Ce phénomène est également observable aux États-Unis. La dette américaine augmente de 850 M$ par mois et le taux d’emprunt à 10 ans des États-Unis est passé de 4,9% à 4,2% sur la même période.

La banque centrale américaine (Fed) a tracé le chemin d’une baisse des taux courts en juin et de trois consécutives en 2025. La BCE, quant à elle, se fait attendre alors que la conjoncture est au point mort ou, au mieux, en décollage en douceur en zone euro. Ce sera une décision clé pour l’économie européenne qui peine à retrouver une dynamique. L’inflation semble maîtrisée même si le parcours de son dégonflement est erratique, freiné aussi par le sursaut du pétrole (87$ par baril de Brent soit plus de 10$ d’augmentation depuis le 1er janvier).

Sur les marchés actions, une euphorie légère se fait sentir car tous les secteurs ont performé depuis le début de l’année. Ainsi, le CAC 40 a progressé de 8,8% tout comme le CAC Mid & Small (+6%). Aux États- Unis, le Nasdaq a progressé de 9,2% contre 10,6% pour l’indice générique S&P 500. Les valeurs technologiques ne font guère mieux que les valeurs générales. L’intelligence artificielle générative demeure toutefois une donnée fondamentale du « narratif » des investisseurs financiers. Présentée comme une innovation majeure, elle demeure aujourd’hui une énigme sur le plan macro-économique.

Si on étudie les dépenses informatiques aux États-Unis, (infotech), elles ne représentent que 5,5% du PIB soit un niveau stable depuis 2020 et leur progression nominale est aussi en ligne avec celle du PIB (+5% alors que cette dernière était double dans les années Internet 10-15%). Si la valorisation boursière de cette thématique suit un parcours exponentiel, il reste tout de même à valider que ce projet d’intelligence non humaine qui concurrence notre cerveau, sera bien un facteur disruptif technologique et économique.

Les Anglo-Saxons ont un proverbe usuel : No Pain, No Gain (« Sans Souffrance Point de Récompense »). On pourrait aussi lui adjoindre No Brain No Pain No Gain (« Sans Cerveau, Sans Souffrance, Point de Récompense »).

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