Russie | Les actualités économiques et financières

Les tsars se suivent… et se ressemblent !

A Tbilissi, rendant visite à sa mère qui s’enquit de ce que devenait son fils, Staline répondit : « Oh, tu sais maman… une sorte de tsar. »

Au travers de deux livres saisissants, Simon Sebag Montefiore (Staline : La cour du Tsar rouge, publié un an avant la révolution orange en Ukraine) et Mikhail Zygar (Les hommes du Kremlin, dans la cour de Vladimir Poutine publié 2 ans après l’annexion de la Crimée) ont mis en lumière à quel point l’organisation du pouvoir détenu par ces deux protagonistes éponymes est proche du régime de la cour tsariste. Leurs comportements ainsi que ceux de leurs cercles proches respectifs sont étonnamment similaires : isolement grandissant, inclination maladive et croissante à faire porter la responsabilité de tout échec aux terroristes contre-révolutionnaires pour Staline, à l’Ouest pour Poutine ; propension des conseillers, nombreux, à nourrir cette paranoïa, à la cultiver pour mieux s’attirer les faveurs du Vodj, produisant faux rapports et accusations à l’appui. C’est une véritable nébuleuse de courtisans qui constituent dans les deux cas le pouvoir russe, moins choisis pour leur expérience que leur loyauté (Poutine en est à nommer ses gardes du corps préfets…). Alors, quand ne pas être sur la liste des victimes potentielles d’un attentat terroriste contre révolutionnaire ou sous le coup des sanctions américaines est considéré par le leader comme une preuve de trahison, il ne faut pas davantage s’émouvoir des menaces d’un Lavrov, d’un Medvedev, que des aboiements outrageux d’un Molotov ou d’un Beria, dénonçant joyeusement leurs camarades pendant les purges staliniennes. Tweets menaçants, allusions au feu nucléaire : la traditionnelle parade des hauts fonctionnaires visant à flatter leur dirigeant se perpétue, au mépris des conventions de la diplomatie. Rien de nouveau, à ceci près que l’armée conventionnelle russe mal équipée, jetée dans le bourbier ukrainien, effraie moins qu’auparavant … D’où la tentation d’évoquer la répression atomique dès les premières heures du conflit.

A tout cela l’ouest, la tête froide, répond par des contremesures financières. Les vieilles démocraties sont d’ailleurs passées expertes en la matière. Au 17ème déjà, la banque d’Angleterre était en première ligne : financement de la guerre contre Louis XIV, stabilisation de l’économie… La Russie moins expérimentée, n’est pas novice pour autant : sa banque centrale a déjà déclenché ses stabilisateurs d’urgence en 2014. A l’époque, elle avait éteint le double incendie de l’effondrement des cours du pétrole et de la chute de 40% du rouble face au dollar par une forte hausse des taux directeurs qui avait fait sombrer le pays dans la récession. A partir de là, elle a soigneusement accumulé, année après année, des réserves de change colossales. Un travail de fourmi par lequel, plutôt que de réinvestir les recettes énergétiques dans le budget de l’Etat, elle a préparé un bouclier financier pour protéger le rouble en cas d’attaque. Patiemment, elle a amassé jusqu’à la 4ème réserve de change au monde : 643 milliards de dollars ! Le fruit de 6 ans de privations… balayé pour la moitié en une nuit !

Car ce sont ces réserves que l’Ouest a sanctionnées : un tir de barrage financier sur l’arrière du front qui coupe net l’arrivée des renforts. Les réserves parquées dans les juridictions des ex-partenaires occidentaux (sauf Chine) ont toutes été rendues inaccessibles à la banque centrale russe. Le trésor de guerre de Poutine a tout simplement été coupé en deux. La mission de tenir le rouble et soutenir l’effort de guerre risque de devenir impossible.

En réponse à la baisse de sa devise, la banque centrale a donc porté ses taux à 20%. Ostracisée, ce n’est pas une récession qui attend l’économie russe, ni même une stagflation mais probablement plusieurs années de dépression économique. Certes, historiquement, les sanctions n’ont jamais vraiment réussi à jeter un gouvernement au sol, ou à totalement se faire effondrer un pays. Et le peuple russe a su faire preuve d’une résilience exemplaire dans les multiples crises qu’il a vécues depuis 120 ans. Mais l’économie russe, privée du bénéfice du réinvestissement de ces pétrodollars, est déjà faible. Le PIB par habitant est 20% sous les niveaux de 2014. Ce peuple, à qui Poutine a promis la prospérité économique n’a vu son économie croitre que d’1% par an depuis l’annexion de la Crimée. Il est aujourd’hui meurtri par une gestion calamiteuse de l’épidémie et par une nouvelle guerre qui a emporté déjà plus de vies russes que cinq ans de présence en Syrie. Peut-être cette fois finira-t-il par faire le lien entre l’atonie économique de son pays et 20 ans de néo-tsarisme décadent.

Texte achevé de rédiger le 4 mars 2022 par Thomas Planell, Gérant – analyste.

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